08 juin 2016

Bénévolat, bonheur, santé, longévité : une corrélation ? Des réponses scientifiques.


L’idée d’associer l’engagement envers une juste cause à l’épanouissement individuel et la santé est une idée assez récente qui s’inscrit bien dans l’air du temps mais qui est aussi prise très au sérieux par la science, si l’on en croit l’important développement d’un champ scientifique qui étudie, depuis une trentaine d’années, les corrélations entre attitudes et engagements altruistes, bien-être, santé et longévité et parmi lesquelles s’inscrivent les études sur les effets bénéfiques du bénévolat. "Faites-vous du bien à vous même en faisant du bien aux autres",semblerait dire ce nouveau domaine d’investigation scientifique. Un phénomène que l’on peut considérer comme particulièrement intéressant, si l’on veut bien considérer que les justifications en faveur de l’engagement relevaient auparavant plutôt d’affirmations normatives telles que le primat du collectif sur l’individu, le devoir moral et un certain esprit de sacrifice au nom de « l’intérêt supérieur » de la cause défendue. Ce nouveau champ d’intérêt de la science pourrait bien constituer une argumentation en faveur du bénévolat assez novatrice finalement ? Quel est ce champ scientifique et que disent ces études ?
Le contexte dans lequel se sont développées ces études

Pour le comprendre, il convient de préciser rapidement qu’elles s’inscrivent dans le cadre d’importants changements de paradigmes qui se sont produits récemment dans différentes disciplines scientifiques telles que l’éthologie, les neurosciences, et, dans les sciences sociales, la psychologie et même certains courants de l’économie ! Alors que ces disciplines avaient jusqu’ici mis en avant des valeurs individualistes, de compétition et de croyance en la sélection naturelle comme moteur unique de l’évolution, la révolution dans ces sciences a consisté à tourner le regard vers l’importance de la coopération, des comportements pro-sociaux, de l’empathie, des attitudes altruistes et de montrer leurs effets bénéfiques au niveau de l’individu, de la collectivité et de l’évolution de l’espèce. Et ceci, sans même compter la nécessité absolue de nouvelles attitudes sur le devenir de la Terre ! Ainsi, la théorie de l’évolution a montré comment la coopération au sein des espèces est beaucoup plus efficace que la lutte, si l’on en croit des auteurs comme Joan Roughgarden et Thierry Hoquet, auteurs du « gêne généreux : pour un darwinisme coopératif » ; la psychologie a montré, depuis les années 2000, l’importance de l’empathie et des attitudes prosociales pour la croissance personnelle de l’individu et même la « science économique » commence à relativiser l’idée que l’enrichissement matériel serait la seule source de bonheur, à travers des études empiriques qui ont montré qu’au-delà d’un certain niveau, l’accroissement du revenu n’est plus source de bien-être et que ce sont les liens sociaux qui apportent le plus.
Ce que disent les études et enquêtes sur les effets personnels du bénévolat pour la personne qui aide

La « psychologie positive », branche de la psychologie expérimentale s’est particulièrement intéressée aux effets du bénévolat en termes de bien-être, d’épanouissement personnel, et de santé mentale et même physique. Dans son ouvrage, « la psychologie positive », Rébecca Shankland, l’une des pionnières de la discipline présente un certain nombre d’enquêtes sur le sujet. Ainsi, des chercheurs en psychologie sociale ont montré que l’implication associative contribuait à « réduire la souffrance psychique et les effets négatifs des situations stressantes » et « augmentait le bien-être physique et psychique ». Certains parlent même de « shoot de l’aidant » pour désigner cette augmentation des affects positifs et de la satisfaction par rapport à la vie qu’apporte l’engagement envers autrui. Cela concerne d’ailleurs toutes les tranches d’âge car des recherches expérimentales ont montré que les adolescents altruistes présentaient moins de risques de dépression et de suicide que les autres et l’altruisme répété aurait, selon d’autre chercheurs cités par Shankland, un impact positif sur la santé physique et mentale visible encore 50 ans plus tard ! Tandis que chez la personne âgée, d’autres chercheurs ont montré que l’implication bénévole leur apportait une satisfaction par rapport à leur vie actuelle et un désir de vivre plus élevés que les individus de groupes témoins. Avec de surcroît une longévité plus importante.
Et les bénéfices concernent aussi la santé physique stricto sensu. Ainsi, une étude canadienne montre que faire du bénévolat réduit aussi les risques de maladies cardiovasculaires. La générosité ne réchauffe pas seulement le coeur, elle le protège aussi !, selon des chercheurs de l’Université de ColombieBritannique à Vancouver, dans une étude parue dans le Journal of the American Médical Association. Cette étude, faite sur des lycéens, a montré que les jeunes « plus généreux » présentaient un niveau de cholestérol plus bas, moins de graisse en plus des bienfaits purement psychiques.

Comment expliquer ces impacts du bénévolat sur la santé, qu’elle soit mentale ou physique ?
Concernant les maladies physiques telles que la tension artérielle le lien est indirect. Ainsi, selon Rodlescia Sheed, professeur de psychologie à l’Université Carnegie Mellon, « le fait d’avoir des relations sociales réduit le stress et augmente l’estime de soi. Deux facteurs déterminants pour lutter contre certaines pathologies ». « Le bénévolat pourrait être un moyen efficace de réduire la tension artérielle tout en évitant de passer par les médicaments » déclarent certains chercheurs.
Bien sûr, les effets paraissent plus faciles à expliquer sur le bien-être et la santé mentale. Les comportements pro sociaux en général sont souvent synonymes de réduction des conduites à risques, de construction de liens plus solides entre les individus, d’amélioration de l’estime de soi, de sentiment d’utilité ou de meilleur sens donné à sa vie.
Un certain nombre d’auteurs ont tenté de fournir des explications théoriques à ce lien bonheur/engagement. Ainsi Jacques Lecomte, psychologue, auteur de « Donner un sens à sa vie », considère que si une part du bonheur relève de l’hédonisme, la quête de plaisir, une autre part, celle liée à l’engagement, relève de « l’eudemonia », terme qu’il emprunte à Aristote qui entendait par là une « vie réussie » et axée sur la vertu. Selon Lecomte, le bonheur lié à ce type d’action (l’engagement) relève de « l’eudémonisme », qu’il oppose au bonheur hédoniste, selon lui plus fragile car trop dépendant des conditions extérieures. Dans le même esprit, une étude menée notamment par le moine bouddhiste Matthieu Ricard parue dans la Review of general psychology en 2011, oppose un modèle de bonheur durable qui serait basé sur le fonctionnement d’un « soi-décentré » donnant une place importante à autrui, à un bonheur « soi-centré » correspondant à la maximisation du plaisir et qui serait beaucoup plus instable car trop dépendant du contexte et des aléas de la vie.
Enfin, la meilleure qualité des relations sociales, l’impression de mieux contrôler sa vie et l’amélioration de l’estime de soi sont aussi des sources de réduction du stress, de l’anxiété et de la dépression engrangées par le fait d’apporter de l’aide aux autres. Ainsi que, élément particulièrement important, la motivation intrinsèque pour l’action !
       Mais est-ce à dire que l’altruisme et l’engagement se réduisent à une question de bien-être ?
CC    Cela reviendrait à dire qu’in fine, ils ne feraient qu' obéir à des motivations très égocentriques ! Il n’en est rien pour Matthieu Ricard car selon lui, ce type d’effets décrits ne sont que des sous-produits secondaires de l’engagement altruiste et n’excluent nullement la part importante de désintérêt et de motivation pour le bien des personnes que l’on aide. Au reste, les études semblent montrer que ces bienfaits apparaissent surtout si l’on a une motivation intrinsèque pour l’action et un réel souci  altruiste pour la personne que l’on aide indépendamment de notre bien propre.
Ainsi, si on veut engranger des bienfaits personnels à l’engagement bénévole, mieux vaut être sincère dans sa démarche. On peut imaginer qu’un égoïste qui déciderait de s’engager car il aurait entendu parler de ces bénéfices ne verrait rien se produire chez lui d'où l'intérêt d'être authentiquement altruiste !
                                                            Bernard Grozelier

29 mai 2016

Des congés pour exercer une activité bénévole. Rappel.

On l'oublie parfois, les salariés et les agents publics disposent de certains droits à congé afin de faciliter leurs activités bénévoles. Il est bon de les rappeler.


Le congé de formation économique, sociale et syndicale

Ce congé, d'une durée maximale de 12 jours ouvrables par an, permet à tout salarié ou agent public de participer à des sessions de formation  à l'exercice de fonctions syndicales. Dans le privé, sont concernés tous les salariés, sans condition d’ancienneté. Pour eux, le contrat de travail est suspendu, mais la durée du congé est assimilée à une période de travail effectif, ce qui conserve les droits aux prestations sociales et familiales. Pour les agents publics, le traitement est intégralement maintenu.
La demande est adressée au moins un mois avant le début du stage. Pour les agents publics, une non réponse vaut acceptation.

Le congé de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse

Les salariés ou agents publics âgés de moins de 25 ans peuvent bénéficier d'un congé de formation afin de participer aux activités d'organisations sportives, de jeunesse et d'éducation populaire. La durée est de 6 jours par an fractionnable. La demande doit se faire au moins 30 jours avant le début de la formation.
Dans le privé, l’employeur peut refuser d'accorder le congé en fonction du nombre de salariés déjà bénéficiaires dans l'année en cours ou si l'absence du salarié se révèle préjudiciable à l'entreprise. Dans le public, le congé est de droit, hors nécessités du service. Le contrat de travail est maintenu pendant le congé, mais la rémunération suspendue. Il est possible de cumuler ce congé avec le congé de formation économique, sociale et syndicale, dans la limite de 12 jours par an.

Le congé de représentation

Ce congé est d'une durée maximale de 9 jours par an (fractionnables en demi-journées) afin de permettre aux salariés ou agents publics bénévoles de représenter une association dans une association dans une commission ou une instance publique.
La demande doit être formulée par écrit au moins 15 jours en amont de chaque réunion. La décision doit être communiquée dans les 4 jours. Pendant le congé, le statut est maintenu, avec assimilation à une période de travail effectif. Le salarié reçoit une indemnité de 7,1 euros par heure non rémunérée.
Dans le public, le traitement est intégralement conservé.

Le congé de solidarité internationale

Ce congé, d’une durée de 6 mois maximum, vise à permettre à tout salarié du privé disposant de 12 mois d’ancienneté, consécutifs ou non, de participer à une mission d'entraide hors de France, dans une association à objet humanitaire.

L'employeur doit être informé au moins un mois à l'avance. En cas d'urgence, un congé d'une durée maximale de 6 semaines peut être sollicité, sous préavis de 48 heures. S’il refuse, l’employeur doit le faire, en motivant son refus, par lettre recommandée dans un délai de 15 jours. Pendant le congé, contrat de travail et rémunération sont suspendus, mais le statut est maintenu, avec obligation de réintégration à l’emploi antérieur au retour.

                                   Le congé solidaire

Le congé solidaire résulte d’un accord entre l’association Planète Urgence et le Ministère des Affaire Etrangères. D’une durée de 2 à 4 semaines, il vise à permettre à tout salarié ou agent public de participer à un projet d’aide au développement dans un pays du Sud.
Le salarié ou agent public effectue un don de temps sur ses congés et/ou RTT annuels. S’il le souhaite, l’employeur peut participer en finançant la mission, ce qui est relativement fréquent et qui entre alors dans le cadre d’une action de mécénat


Il faut encore signaler le congé sabbatique d'une durée de 6 à 11 mois ouvert à tout salarié du secteur privé (moyennant une ancienneté d'au moins 36 mois) désireux de mener un projet personnel.

Notons enfin que certains de ces congés devraient être remodelés dans le cadre de l'"engagement  citoyen" prévu par le projet de loi "Egalité et citoyenneté"

Pour en savoir plus




22 mai 2016

Importance et poids du monde associatif, les chiffres

Une récente enquête de l'INSEE, portant sur l'année 2013, nous confirme
l'importance et le poids du monde associatif dont les ressources s'élèvent à 104 milliards d'euros, et nous renseignent sur leur fonctionnement, en distinguant selon que les associations emploient ou non des salariés, ce qui rend l'étude intéressante.

La France compte 1,3 millions d'associations, la plupart faisant appel au bénévolat.

Quatre grandes activités concentrent le gros du monde associatif. Le sport, où se déploient  307.500 associations, les loisirs, le divertissement, la vie sociale (281.000), la culture et les activités artistiques  (237.000) et la défense des causes et des intérêts particuliers (217.000).

Quelques éléments significatifs :

Ressources humaines
Les bénévoles : Selon l'INSEE, «en 2013, le nombre de participations bénévoles s’élève à 23 millions, dont 21% dans les associations employeuses, un même bénévole pouvant participer à l’activité de plusieurs associations».  Au total, ces participations correspondent à 680.000 emplois en équivalent temps plein, un même bénévole pouvant participer à plusieurs associations

Les salariés ne sont présents que dans 12% des associations (soit 161.000 associations)mais ils représentent 1,9 millions d'emplois, un même salarié pouvant occuper plusieurs emplois. Il faut compter dans ce chiffre les intérimaires et des volontaires du service civique (4% des associations employeuses), les stagiaires (17%) et des personnels mis à disposition par d'autres organismes publics ou privés (13%)
Ils représentent 7% de l'emploi salarié en équivalent plein temps

Ressources financières
Sur 104 milliards, 90% des ressources financières sont concentrées dans les associations employeuses (94 milliards)

Les cotisations des adhérents représentent 8% du budget des associations employeuses, et 35% des associations non employeuses.
Les subventions publiques représentent un part plus importante dans le budget des associations employeuses que dans celui des associations non employeuses qui bénéficient davantage de mécénat et de dons.
Quant aux recettes d'activités (publiques et privées), les associations employeuses sont très largement concernées.

Plus de la moitié des associations bénéficient d'avantages en nature.... 
           
Pour en savoir plus, se reporter à  L'enquête commentée

29 avril 2016

"Egalité et citoyenneté", un projet de loi prometteur ?

Un projet de loi intitulé « égalité et citoyenneté » vient d’être présenté en Conseil des ministres le 13 avril dernier. Il veut répondre à « l’apartheid territorial, social et ethnique » selon la formule choc de Manuel Valls au lendemain des attentats de janvier 2015. Il s’agit d’un texte qui entend lutter contre les fractures sociales qui sont apparues à la faveur de ces évènements dramatiques et que mettent aussi en évidence les récentes       mobilisations des jeunes en faveur de l’insertion.
Les trois titres du projet ("Citoyenneté et émancipation des jeunes" - "Mixité sociale et égalité des chances dans l'habitat" - "Pour l'égalité réelle") traduisent une réelle volonté du gouvernement en matière d'insertion.

Dans ce projet, plusieurs dispositions sont importantes pour l’engagement des jeunes, le bénévolat et les associations. En voici un court résumé en attendant une analyse plus approfondie lorsque la loi sera votée :

          • Il est créé un « congé d’engagement ». Ce congé de participation à la gouvernance associative de six jours, n’est pas rémunéré, peut être fractionné en demi-journées, est ouvert à tout salarié, fonctionnaire ou agent public afin de permettre de siéger, à titre bénévole, dans l’organe d’administration ou de direction d’une association. Il s’agit de favoriser l’exercice de responsabilités associatives et de faciliter leur conciliation avec la vie professionnelle.
Travailler moins pour s’engager plus en somme ! La mesure concernera les présidents, trésoriers, secrétaires, le cas échéant leurs adjoints mais aussi les membres des conseils d’administration. Ce congé sera réservé aux associations poursuivant un objectif d’intérêt général soit, malgré tout, deux tiers des quelques 1,3 millions d’associations françaises et environ 3 millions de personnes…           
          •  Le service civique est étendu à des organismes d’intérêt général. Sont ainsi concernés les sapeurs-pompiers, les organismes HLM ou les entreprises publiques détenues à 100% par l’Etat. Il s’agit en effet de multiplier les offres, conformément à une promesse de François Hollande qui souhaite généraliser ce dispositif adressé aux 16-25 ans.         
          • L’engagement citoyen des étudiants sera mieux reconnu avec la validation obligatoire, au sein des formations supérieures, des compétences et connaissances acquises dans le cadre d’une participation bénévole, d’un engagement dans la réserve opérationnelle de la défense ou d’un service civique.                  
          •  La réserve citoyenne, qui avait été lancée après les attentats de janvier dans l’Éducation nationale et la Défense, est généralisée, ce qui devrait permettra à tout citoyen de s’’engager bénévolement et ponctuellement au service de l’intérêt général pour répondre à des crises urgentes, telles que des catastrophes naturelles par exemple.

Quelques liens qui résument les principales dispositions de ce projet de loi :
http://www.europe1.fr/politique/les-principales-mesures-du-projet-de-loi-egalite-et-citoyennete-2718862

http://www.lefigaro.fr/politique/2016/04/11/01002-20160411ARTFIG00011-ce-que-prevoit-la-future-loi-egalite-et-citoyennete.php 

http://www.francetvinfo.fr/politique/service-civique-reserve-citoyenne-et-logements-sociaux-que-contient-le-projet-de-loi-egalite-et-citoyennete_1403125.html

Le texte intégral du projet de loi « égalité et citoyenneté »
http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl3679.asp 


                                                              Bernard Grozelier

29 mars 2016

Une activité bénévole pour les bénéficiaires du RSA ?


Une initiative qui a fait grand bruit
Le conseil départemental du Haut-Rhin a approuvé le 5 février dernier à l'unanimité (avec abstention de l'élue socialiste) "le principe d'instaurer un dispositif de service individuel bénévole que pourraient effectuer les  bénéficiaires du RSA" en leur imposant 7 heures de bénévolat par semaine. Il ne s'agit pour l'instant que d'une déclaration d'intention, à visée plus politique que juridique, les modalités de mise en œuvre ainsi que le périmètre opérationnel du dispositif restant à définir
A une question orale posée à l'Assemblée Nationale par Eric Straumann, député et président du conseil départemental du Haut-Rhin, sur le point de savoir si le gouvernement envisageait de déférer cette délibération devant le Tribunal Administratif, Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé a répondu :
« Dans votre délibération, vous faites allusion à de prochaines délibérations qui permettront de préciser la décision que vous avez prise. Donc, en tout état de cause, pour le moment, le gouvernement attend de voir quelles prochaines délibérations vous pendrez dans votre collectivité".
Cette réponse a pu être  interprétée dans un sens politique par certains, dont Eric Straumann, comme la manifestation d'un certain intérêt du gouvernement pour une réflexion sur une mesure de nature à constituer un atout supplémentaire pour une insertion des bénéficiaires du RSA.
Toutefois, la ministre Marisol Touraine s'est déclarée hostile à cette proposition, estimant qu'il était impossible de conditionner le versement du RSA à du bénévolat et qu'il soit interrompu pour ceux qui n'auraient pas effectué de bénévolat.

Ce qu'en pensent les associations
Du côté du monde associatif, cinq associations de défense du bénévolat (France Bénévolat, Passerelles et Compétences, Tous bénévoles, Pro Bono Lab et Benenova) rappellent dans un communiqué que "le bénévolat est une pratique libre et volontaire, non définie par la loi". De son côté le Mouvement associatif indique : « la bonne réponse ne se trouve pas dans une obligation punitive, mais bien plutôt dans une politique volontariste d'encouragement, de mise en relation, de facilitation : faire connaître les infinies possibilités du bénévolat, créer des espaces de rencontres adaptés, physiques ou numériques, entre associations et citoyens, inciter et non pas imposer. »
(Le terme d'"obligation punitive", signalons-le en passant, est assez choquant, celui d'"obligation morale" aurait mieux convenu - NDLR !)

Ca se discute...
Les réactions n'ont pas été clairement et définitivement hostiles, que ce soit de la part du gouvernement (qui "demande à voir") que de la part des associations qui s'en tiennent à une position dogmatique sur la définition du bénévolat , tout en entr'ouvrant cependant la voie à la mise en œuvre d'une politique de sensibilisation au bénévolat et de rapprochement avec les associations.
Les témoignages sont nombreux, tant de certains travailleurs sociaux que de bénéficiaires du RSA eux-mêmes, pour dénoncer une sorte d'exclusion sociale, ou tout du moins citoyenne. Des reportages ont montré le sentiment d'exclusion et d'assistanat, la solitude et le désoeuvrement de certains bénéficiaires qui ont perdu toute référence à une vie sociale et citoyenne. Pour eux, le bénévolat semble être une incitation bénéfique "à se lever le matin", à avoir un but dans la journée,  à se présenter à un rendez-vous, à se sentir redevenir un citoyen utile, à apprendre quelque chose, à entrevoir plus concrètement une réinsertion...autant de raisons pour considérer que cette orientation présente un intérêt certain.
Certes, le bénévolat ne peut être que volontaire sans "récompense financière" ! alors, ne nous accrochons pas à une position dogmatique et idéologique, et appelons-le autrement pour les bénéficiaires du RSA : prestation citoyenne, par exemple, ce qui n'a rien de "punitif" ! si le volontariat demeure bien la base incontournable de l'engagement, rien n'empêche d'inciter fortement les bénéficiaires du RSA en leur présentant les avantages que cet engagement représente pour l'avenir de leur insertion et l'enrichissement de leur CV.
En tout état de cause, c'est un sujet d'importance qui implique le monde associatif. Un million de personnes bénéficient du RSA, dont la moitié connaît des problèmes de maladie,  de garde d'enfants, de transport, de fragilité psychologique, par conséquent très éloignée de l'emploi...il serait donc difficile, en effet, d'imposer cette mesure à l'ensemble des bénéficiaires. Un RSA à deux vitesses ?

et chez les autres ?
La France n'est pas la seule, et encore moins la première où se lance un tel débat, et un rapide tour d'Europe nous apprend que cette incitation à travailler en contrepartie d'aides sociales n'est pas une exception.
En effet, le Portugal a créé un "tribut solidaire" qui impose aux bénéficiaires d'allocations chômage ou de minima sociaux de travailler pour la communauté afin de «faciliter» leur réinsertion sur le marché du travail, en échange de leurs indemnités.
En Espagne, les chômeurs doivent signer un «engagement d'activité» lors du dépôt de leur dossier. La durée d'indemnisation varie de quatre mois à deux ans.
En Allemagne, depuis 2005, les allocations chômage, sont désormais versées durant douze mois maximum. Le demandeur d'emploi a ensuite accès à une indemnité baptisée «prestation chômage bis» (sorte de RSA) de 400 euros par mois. Mais le chômeur est obligé d'accepter des "petit jobs" (appelés jobs à 1 euro"), sans charges sociales, proposés par les communes et les associations, pour une durée maximum de 30 heures par semaine.
L’Angleterre va bientôt mettre en place la diminution progressive puis la suppression des indemnités chômage "longue durée" après plusieurs refus d' emploi.
Dans les pays du Nord, modèles d'État-providence : Au Danemark, les allocations chômage ne sont plus versées que pendant deux ans maximum. Les chômeurs doivent accepter les offres de leur commune. Il peut s'agir d'un véritable emploi, mais aussi, faute de mieux, d'un travail d'intérêt général, d'une formation ou d'un stage.
En Suède, où le montant de l'indemnité chômage est dégressif, le refus d'un emploi «convenable» entraîne la diminution, puis la suppression des indemnités.

En Europe, la tendance est donc au travail, en échange du maintien des indemnités sociales équivalentes au RSA.
Notons enfin que cette idée vient d'être reprise par le conseil général de l'Isère. 
De son côté, la commune d'Aulnay-sous-bois (qui gère elle-même le RSA alors que dans la plupart des communes, ce service relève du conseil départemental) réfléchit à un projet de signature d'une "charte" par laquelle le bénéficiaire s'engagerait à "s'impliquer dans les missions et activités qui lui sont confiées" et à "respecter les horaires et disponibilités convenues", le volontariat demeurant néanmoins la base de l'engagement.

Le débat n'est donc pas clos !
 "obligation punitive" ou mesure d'encouragement ?

Louise Forestier

21 février 2016

BénéVolt, Prix Jeune & Bénévole... des jeunes qui s'engagent !

BénéVolt, une fourmilière de jeunes bénévoles
10 février 2016, un jour gris et triste comme tant d'autres à Paris, un vent froid, de la pluie, la lumière du jour éteinte...Dans les magnifiques locaux de la mairie du 18è, a lieu la seconde édition de " BénéVolt", la soirée de l'engagement citoyen organisée par la Mairie de Paris. Préalablement prévue le 10 décembre dernier, elle avait été annulée et reportée.

Dès la porte franchie, c'est une vaste fourmilière qui s'offre au visiteur dans le grand hall de la mairie où sont installés de nombreux stands d'associations tenus par des jeunes bénévoles qui s'affairent pour faire connaître leur association et partager leur engagement. L'ambiance est conviviale et joyeuse, on discute, on explique, on invite à découvrir, on distribue de la documentation....
Peu présents à cette manifestation, les seniors des associations que l'on appelait autrefois "caritatives" ! des jeunes et des associations, aux accents résolument citoyens et souvent militants, bien loin de l'assistanat purement caritatif !

...et parmi eux,
 
Julien, Léa, Priscille, Clémence et Jérôme
Ce sont les cinq jeunes bénévoles qui ont remporté le prix "Jeune § Bénévole" 2015 qui leur a été remis en fin de soirée par Pauline Véron, adjointe à la maire de Paris, chargée de la vie associative et de la jeunesse.
Il s'agit d'un prix initié et organisé chaque année depuis 2011 par l'association "Tous Bénévoles"  (association qui met en relation des associations et des  bénévoles). Il récompense des jeunes bénévoles qui ont livré leur témoignage en partageant leur enthousiasme pour l'engagement au service des autres. Les votes des internautes ont sélectionné dix nominés, parmi lesquels un jury composé de représentants d'associations et d'organismes officiels, a désigné les gagnants.

Julien, 25 ans, est engagé auprès des Papillons Blancs de Paris. Léa, 16 ans, est bénévole à  l'association Aïda, Priscille, 19 ans, a rejoint les Petits Frères des Pauvres de Toulouse, Clémence, 20 ans,  quant à elle, offre de son temps à  l'association Famille Rurales de Nancy et Jérôme, 26 ans, met sa compétence de juriste au profit de la Fédération France Nature Environnement.

Ils gagnent des séjours solidaires en France et à l'étranger pour enrichir leur expérience de jeune bénévole.

Nous leur disons "bravo" et leur souhaitons une belle "carrière" dans le monde associatif.

17 janvier 2016

Bob Lawrie, bénévole à Calais...qu'auriez-vous fait à sa place ?

Bob Lawrie, c'est ce bénévole anglais qui a tenté de faire passer illégalement
une fillette afghane de 4 ans en Angleterre, avec l'accord du père de la fillette, afin qu'elle rejoigne une partie de la famille déjà installée en Angleterre. Des chiens policiers "ont reniflé" la petite fille, Bahar, cachée dans le véhicule de Bob Lawrie. Il vient d'être condamné à 1000 euros avec sursis pour "mise en danger de la vie d'autrui".

"Ce que j’ai fait était stupide, j’étais émotionnellement épuisé. Je suis désolé. Je n’ai pas bien réfléchi. J’ai essayé de faire en sorte qu’elle puisse rejoindre sa famille qui habitait à seulement huit miles d’où j’habite"... "Je suis juste quelqu’un qui, dans la folie d’un moment, a fait quelque chose d’illégal, parce que je ne voulais pas qu’une petite fille de 4 ans passe l’hiver dans la jungle de Calais.» Telles sont les paroles de Bob Lawrie après son interpellation.

Cet ancien militaire britannique de 49 ans, devenu chef d'entreprise, s'est
lancé dans le bénévolat lorsque qu'il a pris conscience du drame des réfugiés. Il se rend à Calais. Il y rencontre des réfugiés de toutes nationalités, écoute leur histoire, leur vie brisée. Pour leur fabriquer un abri digne de ce nom, il lance un appel au don, collecte de l'argent et bricole des baraques.

Il fait ainsi la connaissance du père de Bahar.... la suite nous la connaissons, il se prend d'amitié avec lui, rejette plusieurs fois sa demande...mais finit par "craquer"  « Je lui avais toujours dit non. Puis, lors de mon dernier voyage, nous étions assis autour d’un feu de camp et Bahar est venue se blottir sur mes genoux. Toute rationalité m’a quitté et je savais ce que je devais faire.» .....« Pas besoin de me dire que je suis un idiot, je le sais déjà. J’ai fait une erreur, je n’ai aucun doute là-dessus. Je ne dis pas : “Hé, regardez-moi, je suis un héros”, je dis : “J’ai pris la mauvaise voie, trouvons la bonne.” »

A des degrés divers, nous sommes, avons été ou serons tous, en tant que bénévoles, confrontés à une réalité qui peut nous situer en "boarder line" (aider des sans papiers par exemple). Bob Lawrie se refuse à être considéré comme un héros, et ses propres paroles constituent le fil conducteur de la réflexion que nous devons mener en résumant le processus opératoire de sa prise de décision : "émotionnellement épuisé", "dans la folie d'un moment" "toute rationalité m'a quitté" "je savais ce que je devais faire" "j'ai pris la mauvaise voie"...

Traduction : L'émotion m'a submergé au point de m'épuiser, me rendre fou en dehors de toute rationalité. Je ne pouvais faire que ce que j'ai fait, je n'avais plus le choix, j'ai sans doute pris une mauvaise voie en me plaçant "hors la loi", mais quelle est la bonne ?

C'est sans comparaison, bien sûr, avec les grands débats qui alimentent  les prises de positions en réponse à la délicate question du droit à la désobéissance civile , et de l'espace de liberté dont nous disposons, malgré tout, même devant les pires situations, d'Antigone à Rosa Parks, Martin Luther King, en passant par "les Justes"....des héros de l'insoumission.

Qu'aurions-nous fait, comment aurions-nous réagi au spectacle d'une petite fille de quatre ans vivant dans la boue de la jungle de Calais ?

Il n'y a pas de réponse. La bonne décision relève de la conscience de chacun, de sa liberté, si étroite soit-elle, du sentiment d'empathie enfoui au plus profond de son être.

Le tribunal n’a finalement pas retenu le délit d’aide à l’immigration illégale. Robert Lawrie a été condamné à 1.000 euros d’amende avec sursis pour mise en danger de la vie d’autrui ! Condamné pour avoir tenté de sauver une vie ? coupable de solidarité ? vide juridique face à une manifestation de fraternité ?

"Il faut laisser les gens aider les autres", a déclaré Vincent Lindon (on se souvient de sa magnifique prestation dans "Welcome") au sujet de cette condamnation.

 "On ne peut aider tout le monde, mais tout le monde peut aider quelqu'un (Bob Lawrie interviewé à Londres après son jugement).

C'est cette phrase que nous retiendrons en guise de morale de cette histoire.