Rien ne va plus !
Vous êtes en conflit
ouvert avec une armoire soit disant facile à monter, votre maison a besoin d'un
grand coup de ménage, vous êtes découragé(e) devant le fastidieux nettoyage des
vitres, mais il faut faire quelque chose car elles sont tellement sales que le
temps paraît éternellement gris, personne pour aller chercher Jules à l'école
le mardi soir, Mathilde a besoin d'un petit coup de pouce en
maths, votre ordinateur montre des signes de faiblesse, vous avez envie de
faire la grasse matinée et d'éviter l'incontournable corvée des courses du
samedi matin, le chauffe-eau "fait tout sauter" dès qu'on
le met en marche, l'évier fuit, vous devez déménager un canapé sans ascenseur,
les tringles à rideau du salon sont achetées depuis près de trois mois mais
elles ne sont toujours pas fixées, votre voisin est un vieux monsieur qui
croule sous les paperasses à remplir pour obtenir une aide à domicile, vous
avez une robe que vous adorez qui aurait besoin d'un petit coup de jeunesse
.....et bien d'autres choses du quotidien qui vous font rêver d’une fée (ou
d’un lutin) qui viendrait à votre secours…
"Lulu dans ma rue" est une "conciergerie" de quartier dont l'idée revient à Charles-Edouard Vincent, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées et diplômé de Stanford, qui a décidé de se consacrer à des projets relevant de l'économie sociale et solidaire.
C'est lui qui, avec l'appui de Martin Hirsch, alors directeur général d'Emmaüs, a créé "Emmaüs Défi", une association qui tente de redonner espoir aux sans abris en leur proposant une réinsertion par le travail. Nous lui avions consacré quelques lignes dans un article sur le prix Reporters d'Espoirs. Egalement un article de Youphil qui retrace son parcours.
"Lulu dans ma rue" existe depuis 2015 et a pour vocation de générer
de l’activité économique à l’échelle locale, tout en redynamisant le lien
social dans le quartier. « Lulu dans ma rue », ce sont des kiosques
auprès desquels on trouve tous les services dont on peut avoir besoin dans la
vie quotidienne, allant du bricolage au soutien scolaire, en passant par le
dépannage informatique, les livraisons, la fourniture de "gros bras",
etc...tout un panel de services assurés par des "lulus", au prix de 5
à 20 euros par demi-heure
Aujourd'hui il existe deux kiosques dans Paris. Un à Saint-Paul, le second dans
le 17è arrondissement. Grâce à une convention signée avec la Ville de Paris, d'autres
sont prévus dans le courant de l'année 2017 (dans les 14ème, 15ème, 18ème et 20ème arrondissements)
Voulant en savoir plus,
je me suis rendue au kiosque de Saint-Paul, après avoir
pris rendez-vous avec
Alexandra qui m'accueille, ainsi que Marianne, super concierge affectée ce jour
là à la tenue du kiosque.
Une cafetière est à la disposition des passants
ainsi qu'une table et deux chaises pour se reposer un peu, et
un "bac à livres" où l'on peut se servir et/ou déposer un livre qu'on
a lu et que l'on veut partager. Le kiosque est aussi un lieu de rencontre, un
lieu de ralliement des lulus, de centralisation des demandes.
Un mot sur Alexandra :
elle est étudiante à Paris Dauphine et a décidé de prendre une année de césure
entre sa première et sa deuxième année de master Marketing afin de s'immerger
dans le monde de l'économie sociale et solidaire, domaine qu'elle a résolument
choisi comme cadre professionnel.
Des demandes parfois insolites
Si les prestations de bricolage,
ménage, repassage, couture, port de charges lourdes, soutien scolaire, garde
d'enfants et dépannages informatiques forment le noyau dur, on trouve tout un
tas de "services" aussi inattendus qu'utiles pour les demandeurs :
Une maman enceinte, très fatiguée, a fait venir un Lulu pour qu'il monte
une construction en lego avec son enfants, une
vieille dame cherchait un joueur de cartes, une dame avait repéré une paire de
chaussures à sa taille la veille des soldes mais ne pouvait pas se déplacer…
"On peut demander quasiment tout ce que l'on veut, la seule limite étant l'imagination de nos clients", précise Alexandra. C'est tout dire !
On fait comment ?
Il suffit de faire la
demande auprès du concierge de quartier dans le kiosque, sur le site ou par téléphone. On crée un
compte client et on paie directement la prestation auprès du Lulu qui la
fournit. Une facture est ensuite adressée au client.
Un grand nombre de
prestations bénéficient d'une déduction fiscale au titre des services à la
personne.
Il faut enfin préciser
que des kiosques à journaux répartis dans le quartier, constituent des
"points relais Lulu" qui peuvent enregistrer des demandes
d’intervention.
Des Lulus compétents et dignes de confiance
Ne devient
pas "Lulu" qui veut !
Il faut présenter un réel talent, une compétence confirmée dans un domaine donné. Des rencontres sont
organisées chaque semaine par des membres de l'équipe avec
les candidats "Lulus" afin de leur présenter l'organisation et le
fonctionnement...5 à 10% de ceux qui contactent sont retenus chaque semaine.
Un entretien individuel
permet ensuite d'affiner les candidatures (conditions d'intervention, disponibilités…),
et de tester la motivation. Qualités humaines et
compétence sont les deux exigences incontournables fixées par l'équipe.
Un coaching est prévu
pour chaque Lulu qui débute (accompagnement dans les premières interventions,
formation à la relation clientèle, formations techniques...). Les plus anciens forment les nouveaux et une chargée d'insertion professionnelle est à la disposition des Lulus qui souhaitent de l'aide pour la construction de leur parcours pour la suite.
Chaque Lulu est
micro-entrepreneur. La structure s'occupe de toutes les démarches et assure le
suivi de l'activité (en émettant les factures notamment) ainsi
que les déclarations obligatoires. Un contrôle qualité est exercé après
chaque intervention. Les Lulus sont motivés à 100%, déclarés, assurés et formés.
Et si aucun Lulu n'est
en mesure de fournir une prestation (opération trop lourde, compétence
inexistante ou insuffisante...) ? Pas de problème. Lulu a une solution au sein
d'un réseau d'artisans du quartier avec lesquels les Lulus travaillent main dans la main. C'est notamment le cas des interventions de
serrurerie dans le quartier Saint Paul.
Qui
sont-ils ?
150 Lulus interviennent
depuis janvier 2017 dans tout Paris, avec une forte activité dans le centre. Leur nombre s’accroît régulièrement
On trouve parmi eux des
retraités désireux d'améliorer leur revenu et de maintenir un lien
social, des étudiants, des bénéficiaires du RSA, des actifs et des chômeurs pour lesquels être Lulu
constitue un projet de ré-orientation professionnelle, un tremplin de
réinsertion, une solution d'attente qui redonne confiance.
Une équipe d'animation soudée, une ambiance de quartier
Une vingtaine de salariés et de bénévoles assurent le pilotage de l’activité (administration recrutements…). Leur moyenne d'âge est d'environ 30 ans. Parmi eux, les concierges qui se relaient pour tenir les deux kiosques ouverts tous les jours sauf le dimanche.
Chaque mois, au cours
d’un « apéro Lulu » ou d'un "déjeuner Lulu" l'équipe
et les Lulus se retrouvent pour capitaliser les expériences, s’échanger
des conseils, analyser les difficultés rencontrées.
Une fois par mois, également, est organisé
un "apéro de
quartier" avec tous les Lulus et les habitants. Ayant été gentiment
invitée par Alexandra, j'ai pu apprécier l'ambiance bon enfant, chaleureuse et
joyeuse, grâce aussi à la présence d'un duo de bossa nova.
Des chiffres
A ce jour,9500 clients ont eu recours à Lulu, 17.850 interventions ont été réalisées, un taux de satisfaction de 98%, 400 demandes officielles d’ouverture de conciergeries de quartier « Lulu dans ma rue », en France et à l’étranger….C’est ça, Lulu !
Pour en savoir plus et notamment sur la diversité des services proposés
Un dernier scoop : depuis quelques jours, une "Lulumobile" parcourt Paris pour faire connaître "Lulu dans ma rue" et stationne ponctuellement pour répondre aux questions des passants et prendre éventuellement des commandes
Merci à Alexandra qui a eu la gentillesse et la patience de répondre à mes questions !
Bravo, une fois encore à cette jeune génération qui s’engage, entreprend, et a résolument décidé de ne pas céder à la sinistrose et à la résignation.
"Lulu dans ma rue" répond à un vrai besoin ! C’est véritablement une belle aventure !
Louise Forestier