12 octobre 2018

Associations, engagement..... des questionnements.

En bref....

Le cri d'alarme des associations (1)

Outre la baisse de l'emploi salarié constaté dans les associations en raison, notamment, de la diminution progressive des emplois aidés, des associations, et non des moindres, lancent un cri d'alarme en constatant l'impact de la suppression de l'ISF sur les dons. Pour Patrice Blanc, président des Restos du Cœur, cette suppression a entraîné une chute de 70% des dons, soit une baisse du budget de 800.000€.L'Institut Pasteur, quant à lui, lance un appel à ses donateurs, les dons représentant 1/3 du budget. Cette tendance "en chute libre" est confirmée par Pierre Siquier, président de France Générosités qui regroupe une centaine d'associations (Fondation Abbé Pierre, MSF, Ligue contre le cancer....)
Si l'intérêt fiscal n'est pas modifié (déduction de 75% du montant des dons à certains organismes), le nombre d'assujettis à l'impôt sur l'immobilier qui demeure, ne concernera qu'un nombre restreint de donateurs potentiels, trois fois moins que ceux qui étaient redevables de l'ISF.
Jean-François Chambon, directeur de la communication de l'Institut Pasteur, estime ainsi que la perte d'élèvera à 60% par rapport à 2017. Le constat est le même pour la Croix Rouge dont la perte est estimée à 50% des dons liés à l'ISF
Pierre Siquier assure que la fin de l'ISF "a entraîné, en moyenne, une diminution de 55% des dons des plus fortunés" à destination des associations membres de France Générosités

Outre la suppression de l'ISF, les associations craignent également que l'augmentation de la CSG pour les retraités n'ait un impact négatif sur les dons . "La grande majorité des dons faits aux associations viennent de personnes âgées de plus de 65 ans. Chez nous, elles représentent environ 60% des donateurs"..."il est certain que toute mesure fiscale défavoravle aux retraités aura un impact sur les dons"(François Riffaud, directeur de la communication d'Action contre la faim)

Les associations pointent également l'impact psychologique négatif que pourrait avoir le prélèvement à la source, la perception  du pouvoir d'achat paraissant plus faible. (Jean-François Riffaud d'ACF)

Bénévolat, engagement

RSA contre bénévolat
Après la polémique suscitée en 2016 par l'initiative du département du Haut-Rhin de conditionner l'octroi du RSA à des heures de bénévolat, après  de  nombreuses réactions hostiles du monde associatif reprises par la ministre de l'époque et une procédure lancée par le préfet devant la juridiction administrative, le Conseil d'Etat, jugeant en appel, a finalement admis que si le contrat conclu entre le département et le bénéficiaire du RSA est "élaboré de façon personnalisée", il peut "prévoir légalement des actions de bénévolat à condition qu'elles puissent contribuer à une meilleure insertion professionnelle du bénéficiaire et restent compatibles avec la recherche d'un emploi" 
L'affaire a de nouveau été renvoyée par le Conseil d'Etat vers la cour d'Appel de Nancy. Sans attendre la conclusion judiciaire de cette affaire, l'actuelle présidente du conseil départemental, Brigitte Klinkert a fait savoir que 800 contrats avaient été signés avec des allocataires depuis fin 2017 (pour 7 heures de  bénévolat par semaine), le caractère obligatoire devenant peu à peu la règle.

Ce dossier n'a pas fini de faire polémique, l'arrêt du Conseil d'Etat bousculant quelque peu la notion même de bénévolat basé sur le "bon vouloir".
Certaines associations refusent purement et simplement ce type de "bénévolat" qu'elles assimilent à du travail dissimulé. D'autres reconnaissent l'apport positif en vue d'une réinsertion, mais réclament que le caractère obligatoire soit nettement écarté.

Rappelons que la plupart des pays européens qui ont un système d'aide sociale de type RSA sont beaucoup plus contraignants en termes de recherche d'emploi et de bénévolat. De façon générale, en Europe, la tendance est donc au travail, en échange du maintien des indemnités sociales équivalentes au RSA.

Principe de fraternité contre délit de solidarité
Le Conseil constitutionnel, dans une décision du 6 juillet dernier, en réponse, notamment, à Cédric Herrou, agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants dans la vallée de la Roya, appuyé par la CIMADE et la Ligue des droits de l'Homme, a jugé pour la première fois que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle, dans la mesure où il s'agit d'une aide humanitaire, désintéressée, sans considération de la régularité du séjour sur le territoire national.  Cette décision met donc fin au "délit de solidarité" décrié par les associations d'aide aux migrants.

Dans une tribune au Monde du 12 juillet 2018, Emmanuel Aubin, professeur à l’université de Poitiers, rappelle : « ayant rejoint l’égalité et la liberté pour former, depuis 1848, la devise nationale, la fraternité est passée, le 6 juillet, d’une dimension philosophico-politique au rang de norme juridique. La décision est historique et redonne du lustre à la fraternité qui semblait être diluée dans la solidarité nationale ».

Le service national universel, promoteur du service civique ?
Le gouvernement a annoncé qu'il allait progressivement mettre en place, à partir de l'été 2019, un service national universel (SNU) composé d'une première phase obligatoire d'un mois vers l'âge de 16 ans, puis d'une éventuelle mission facultative de trois à douze mois "pour ceux qui ont envie de s'engager davantage encore".
Pour Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique, cette annonce constitue une "perspective de développement supplémentaire" pour le service civique dont le nombre de volontaires devrait atteindre 150.000 en 2018.  En effet, lors de la journée de bilan autour du rapport d'activité 2017, il avait exprimé le souhait que le service civique soit maintenu et devienne le "navire amiral" du futur SNU. Le souhait semble exaucé !  


Louise Forestier

(1) Franceinfo.tv du 28/09/18

29 septembre 2018

Polémiques sur le Service Civique

Alors que l'Agence du service civique s'attelle à promouvoir "Le Pouvoir d'être utile" – thème de sa campagne de communication de rentrée –, Julien Brygo et Olivier Cyran, journalistes indépendants, rompent l'unanimisme ambiant en faveur de ce type d'engagement. Dans le chapitre de leur livre Boulots de merde ! (La Découverte Poche, septembre 2018, 10,50 €) qu'ils consacrent au service civique, les auteurs dénoncent d'un même mouvement le contenu dénué de sens de certaines activités confiées aux volontaires et l'utilisation abusive de main d'œuvre au rabais en lieu et place de "vrais" salariés.
Certes, la mise en cause de l'intérêt des tâches remplies par les volontaires est certainement très minoritaire. Ainsi, selon l'étude post mission 2017 réalisée par l’Agence du service Civique, 9 jeunes sur 10 se déclarent satisfaits ou très satisfaits de la fonction qu'ils ont occupée. Ce n'est pas le cas des deux Dunkerquois, dont Brygo et Cyran rapportent les propos dans leur enquête à charge. Eux ont eu la nette impression que leur rôle ne rimait à rien. Stéphanie, 22 ans, et Mike, 19 ans, étaient chargés de faire du porte-à-porte dans des quartiers très pauvres de Dunkerque pour prêcher le développement durable. L'idée était de proposer des éco-gestes aux habitants pour faire baisser leurs factures d'eau et d'électricité (fermer le robinet quand ils se brossent les dents, dégivrer leur frigo de temps en temps, ne pas oublier d'éteindre la lumière,....). Mais, a-t-on besoin de volontaires pour faire passer ces messages ? "Les gens, ils savent ça !", répond Mike, dégoûté. A force de portes qui lui ont été claquées au nez, Mike a nourri une répugnance souveraine pour cette mission. "Ils nous ont vendu du rêve, en nous disant qu'on allait vivre une expérience inoubliable. (...) L'image du service civique est belle, mais le contenu est faux", estime le jeune homme. Toutefois, il reconnaît avoir complétement révisé son jugement quand, par la suite, il a changé de mission. Mike ne cache pas le plaisir alors pris à rencontrer des personnes âgées dans une maison de retraite. Leur parler, entendre leur histoire, les voir aller mieux parce qu'on est là, "là, je me sentais utile", témoigne-t-il.

En matière de service civique, cependant, tout n'est pas qu'une question d'utilité – ou de ressenti tel. Fins connaisseurs de la précarité qui est aussi la caractéristique de leur condition de pigistes, les auteurs ouvrent plus largement le débat sur ce volontariat comme "gisement bien commode pour combler les manques et les trous dans les institutions publiques ou sociales". Les sages de la Cour des comptes partagent cette inquiétude. Dans leur rapport 2018, ils mettent en cause "des situations contestables", telles celles de "volontaires placés au contact du public dans les services des préfectures et recevant des étrangers", ou de "volontaires à Pôle emploi chargés de tâches normalement réservées aux agents". Dans le secteur associatif, ajoutent-ils, "la tentation est grande pour une structure de recourir à ces jeunes dont le coût est faible, voire nul, en lieu et place d’un salarié ou d’un bénévole".

 
Caroline Helfter 

 

17 septembre 2018

Bénévolat : à chacun-e, ses motivations


Convivialité ou solidarité ? Il n'y a pas à choisir : tous les chemins peuvent mener au bénévolat ! Tel est l'enseignement d'un sondage réalisé en avril dernier par Webassoc, communauté de professionnels du web aidant – bénévolement – les associations humanitaires, caritatives et environnementales à se renforcer avec Internet.






                                                                Crédits Lorelei Lebuhotel

Pour les répondants – 457 au total, dont 69 % de femmes –, le principal motif d'engagement est de participer à un monde plus solidaire (surtout mis en avant par les plus de 25 ans), puis de donner du sens à sa vie et/ou à ses compétences (essentiellement chez les plus jeunes) et, en troisième lieu, d'être utile aux plus fragiles (chez les plus de 60 ans).

Sous l'angle de ces motivations, il n'y a pas de grosses différences entre les femmes et les hommes. En revanche, les ressorts d'ordre professionnel (ajouter une ligne valorisante à son CV) ou liés à la sociabilité (rencontrer des personnes partageant ses valeurs, contribuer à un projet commun) sont nettement plus souvent avancés par les femmes que par leurs homologues masculins. Hésiteraient-ils à se confier ? De fait, si toutes les raisons sont bonnes pour être bénévole, il en est de plus ou moins faciles à reconnaître... A cet égard, outre la possibilité d'ajouter une ligne à son CV, les plus fréquentes motivations jugées inavouables sont "avoir des choses à raconter pendant son chômage", "se donner bonne conscience" et "boire des bières en bonne compagnie". Ce dernier item, ajouté au sondage à la demande des réseaux sociaux, représente une motivation pour près d'un quart des répondants...

Une autre notion a été évoquée spontanément par les enquêtés : celle de joie. La joie de donner, de partager, de rencontrer, apparaît comme le résultat évident de l'engagement et en devient l'un des principaux mobiles, soulignent les auteurs de l'enquête.

Caroline Helfter

Source : Webassoc
https://www.webassoc.fr/webassoc/nos-actions/prix/sondage-benevolat/
 

08 août 2018

Générosité sonnante et trébuchante


         

Payer de sa personne au travers d'activités bénévoles n'est pas la seule façon de mettre en œuvre ses qualités de cœur. Dons, mécénat, legs, collectes, quêtes, financement participatif : il existe de multiples manières sonnantes et trébuchantes de manifester sa solidarité. L'Observatoire de la philanthropie de la Fondation de France en a établi un chiffrage inédit. Cette première édition du Panorama national des générosités estime au minimum à 7,5 milliards d'euros le montant total de l'engagement des Français en 2015, exception faite du bénévolat et des dons entre personnes. 61 % de ce montant émane de particuliers. "Les donateurs prennent conscience qu'ils peuvent jouer un rôle aux côtés de la puissance publique dans la prise en charge de l'intérêt général", souligne Laurence de Nervaux, responsable de l'Observatoire de la philanthropie. De fait, pointent les auteurs de l'étude, non seulement les besoins sont importants – par exemple dans le domaine de l'aide aux populations vulnérables, du soutien à la recherche médicale ou de la préservation de l'environnement –, mais surtout la philanthropie a le pouvoir d'agir différemment, en étant plus agile pour lancer des expérimentations et apporter de nouvelles réponses.

       Les donateurs sont encouragés à s'engager financièrement au profit de la collectivité par les possibilités de déductions fiscales. Ainsi, 5,7 millions de foyers fiscaux ont déclaré des dons en 2015, soit 15 % des foyers imposables. Le montant de ces dons déclarés est en nette croissance : 2,62 milliards d'euros au titre de l'impôt sur le revenu, soit une augmentation de 70 % depuis 2006. Cette progression résulte de l'augmentation du nombre de foyers déclarant des dons (+ 20 %) et surtout de l'augmentation du don moyen (+ 44 %). De son côté, la déduction fiscale au titre de l'impôt de solidarité sur la fortune a été le fait de 49 000 foyers pour un total de 243 millions d'euros, soit près de 9 % du montant total des dons déclarés par les particuliers.
         Pour sa part, le montant total du mécénat d'entreprise est estimé à 2,9 milliards d'euros. Plus de 61 000 entreprises sont concernées. Ce sont les petites et les moyennes qui sont les plus nombreuses à investir le domaine de l'intérêt général : le montant du mécénat déclaré par les entreprises de 1 à 100 salariés est passé de 91 à 194 millions d'euros entre 2000 et 2015.
 
         Quant aux legs, qui ne donnent pas lieu à une déduction fiscale, l'étude estime leur montant total à près d'1 milliard d'euros. Près de 50 % des legs sont au bénéfice de fondations reconnues d'utilité publique, comme la Fondation de France. Les trois causes qui mobilisent le plus souvent les testateurs sont la recherche médicale (23 %), l'éducation (13 %) et la solidarité (13 %).


 Caroline Helfter

07 juillet 2018

Surfer vers l'engagement

 
Plateforme de mise en relation entre candidats au bénévolat et organisations en quête de volontaires, l'association Tous bénévoles a réalisé une étude pour mieux cerner les attentes des utilisateurs de son site – soit quelques 750 000 visiteurs par an. 1157 d'entre eux ont été interrogés en 2016. Ont-ils ou non une idée précise de ce qu’ils viennent chercher ? Veulent-ils prioritairement consulter les offres ou être accompagnés dans leur recherche ? Quel type de missions souhaitent-ils remplir ?

Des urbaines jeunes et actives

Premier enseignement de cette enquête : trois-quarts des personnes qui utilisent internet pour trouver une opportunité d'engagement sont des femmes (74 %). L'association avance deux raisons pour expliquer cette massive représentation féminine : d'une part, de nombreuses femmes préfèreraient une mise en relation numérique, car elles ont le sentiment d'être mal accueillies dans les associations ; d'autre part, les projets très précis et assez souvent limités dans le temps que les intéressées peuvent trouver sur internet correspondraient mieux à leurs attentes.

En ce qui concerne leur âge, les candidat-e-s au bénévolat se répartissent équitablement en deux moitiés respectivement situées en deçà et au delà de 35 ans. Il y a une différence notable à cet égard dans la répartition femmes- hommes : les premières sont plus jeunes et plus souvent étudiantes (24 % contre 14 % d'étudiants) ou salariées (32 % contre 26 % d'hommes) ; ces derniers sont plus âgés et plus souvent retraités (27 % contre 19 % des femmes).

Enfin, s'agissant de leur lieu de résidence, les personnes qui utilisent la plate-forte Tousbenevoles.org sont près de 9 fois sur 10 des urbains : 51 % habitent une ville de plus de 200 000 habitants, 35 % une ville de moindre importance. Symétriquement, seuls 14 % des surfeurs vivent en zone rurale. Problème de mauvaise couverture par internet ou de plus grande proximité physique des ruraux avec le tissu associatif local ? Les deux hypothèses se défendent.

Les missions recherchées

48 % des personnes qui viennent sur le site de Tous Bénévoles ont une idée précise de la mission qu'elles visent, 34 % préfèrent réagir aux offres des associations, seules 19 % escomptent un accompagnement dans leur recherche. "L’intérêt de l’outil numérique pour faciliter les mises en relation n’est donc plus à démontrer : il suffit d’emblée à 80% des visiteurs", soulignent les auteurs de l'étude, qui pointent néanmoins l'importance du rôle d'intermédiation à jouer auprès des utilisateurs-trices ayant besoin d'être guidé-e-s.

   Les visiteuses du site les plus jeunes (étudiantes et salariées) souhaitent des missions courtes : quelques heures le soir et le week-end, ou quelques jours en soirée ou pendant leurs vacances. Ces jeunes femmes visent prioritairement la participation à des actions concrètes sur le terrain (animation, distribution, accompagnement, ...), l'organisation d'événements ou la conduite de projets. Symétriquement, les personnes voulant s'investir dans des missions régulières sont plus âgées – plus de 46 ans. Ce sont plus souvent des hommes (indépendants, retraités ou en recherche d'emploi), qui vivent à la campagne et sont désireux d'exercer des responsabilités. Ils viennent d'ailleurs fréquemment sur le site avec une idée précise de la mission qu'ils recherchent, à la différence des jeunes femmes, plus soucieuses qu'eux d'être accompagnées pour concrétiser leur désir d'engagement.

 
Caroline Helfter

 
Pour en savoir plus, voir "La France bénévole 2018. Franchir le pas", étude de Recherches et solidarités réalisée sous la direction de Cécile Bazin, Isabelle Persoz et Jacques Malet. https://recherches-solidarites.org/wp-content/uploads/2018/04/La-France-benevole-02-05-2018.pdf
 

08 juin 2018

OpenAsso, une plateforme collaborative au service du monde associatif

Le 4 juin dernier, était organisée la soirée de lancement et de présentation d'OpenAsso, la plateforme collaborative du monde associatif.

Le constat
D'après Recherches et Solidarités, la France compte environ 1,3 millions d'associations, des grandes, des moyennes, des petites, qui "produisent" 3,5% du PIB français et interviennent dans des domaines très variés. Près de 70.000 associations se créent chaque année. Par ailleurs, 13 millions de français donnent de leur temps pour mener à bien les projets associatifs.
Toutes les associations, animées en grande partie par des bénévoles, ne disposent pas toujours, loin s'en faut, des réponses aux questions de toutes sortes qu'elles se posent dans leur gestion et leur fonctionnement au quotidien, mais aussi dans leurs choix d'organisation, et elles ne disposent pas d'espace et d'outils leur permettant d'échanger des informations et des conseils avec d'autres acteurs associatifs.

Ce manque est comblé avec OpenAsso ! Les associations disposent désormais d'un service gratuit leur permettant de poser des questions et d'obtenir des réponses fournies pas d'autres associations ou des experts.
"En ces temps quelque peu tourmentés pour les associations, leur avenir repose en partie sur leur entraide et la coopération" (Pascal Loviconi, fondateur d'Accointance)

De quoi s'agit-il ?
Fondée à l'initiative d'AssoConnect (1) Solidatech(2) et Recherches § Solidarités(3), la plateforme regroupe un grand nombre de partenaires qui apportent, chacun, leur expérience et leur savoir faire, et répondent aux questions posées par les associations. Parmi eux, la Ligue de l'Enseignement (30.000 associations), Animafac (étudiants et jeunes), le Mouvement Associatif (fédération de fédérations d'associations), Tous Bénévoles (relations associations-bénévoles) , Accointance (conseil et formation en financements associatifs), Fidal (plus grand cabinet d'avocats d'affaires français)... (la liste entière est à consulter sur le lien en bas de page). A ces partenaires, s'ajoute une cinquantaine d'experts sur des thématiques précises telles que "expertise comptable", "fundraising"...

Claire Dubien, responsable du développement de Solidatech résume en ces termes la philosophie et l'objectif poursuivis : "il manquait un espace d'échange entre associations pour qu'elles puissent partager leurs expériences et s'entraider dans la construction de leurs projets associatifs, une solution numérique nous semblait être la meilleure réponse pour s'affranchir des contraintes géographiques et logistiques" 

Comment ça marche ?
Pour devenir membre de la communauté, il suffit de créer un compte (c'est gratuit !) et ainsi, avoir accès à un espace de questions/réponses, sous forme d'échanges, et disposer d'un grand nombre d'informations et de conseils fournis pas les associations, les partenaires et les experts.


Le lien ci-dessous est la meilleure façon d'appréhender et de comprendre le fonctionnement de celle-ci.  
 https://www.openasso.org/page/305469-accueil

 

Louise Forestier


(1) AssoConnect est une société qui développe une plateforme d'outils en ligne destinés aux associations afin de leur fournir, à des "tarifs solidaires", les logiciels adaptés à leur gestion au quotidien, en fonction de leur domaine d'activité (sport, culture, défense des droits, éducation, etc...)
(2)Solidatech, quant à elle, propose des logiciels, équipements informatiques et formations, là aussi à des "tarifs solidaires"
(3) Recherches § Solidarités est un réseau associatif d'experts qui publie des études, des statistiques, des analyses sur toutes les formes de solidarité.

18 mai 2018

Rêv'Elles : rêver grand et se lancer

En cette fin d'après-midi caniculaire, une centaine de personnes sont rassemblées à Paris dans une atmosphère survoltée. Elles se retrouvent ce vendredi 20 avril au Conseil régional d'Ile-de-France pour célébrer la clôture d'un stage intitulé : "Rêv'Elles ton potentiel". Trente jeunes filles, âgées de 16,5 ans en moyenne, y ont consacré leur première semaine de vacances scolaires. Il s'agit d'une formation mixant dynamique de groupe et développement personnel, destinée à permettre aux intéressées de faire émerger leurs rêves d'avenir, de se révéler à elles-mêmes leurs principales forces et qualités, et de puiser l'énergie, les informations et les contacts nécessaires à la mise en branle des futurs envisagés.



Photo Dilan Pozza
La session qui prend fin ce jour-là est la 13e de ce type organisée depuis 2013. Module innovant d'aide à l'orientation scolaire et professionnelle transposé d'une expérience britannique, il a été mis en place par l'association Rêv'Elles à l'intention de jeunes Franciliennes de 14 à 22 ans vivant dans des quartiers prioritaires. Pourquoi elles ? Parce qu'"aux obstacles socio-culturels auxquels se heurtent tous les enfants issus de milieux modestes, s'ajoutent, pour les jeunes filles, l'auto-censure et une certaine pudeur de l'ambition", répond Athina Marmorat, fondatrice de Rêv'Elles. Et d'enfoncer le clou : "dans une société qui a appris à s'accommoder des inégalités entre les genres et où les modèles féminins de réussite se font trop rares ou trop discrets, les jeunes filles ont besoin qu'on leur redonne de l'espoir".

Mo-ti-vées !
A écouter les adolescentes de la promotion Joséphine Baker – comme à l'Ena, les stagiaires de Rêv'Elles baptisent leur groupe, mais en se rangeant bien sûr toujours, quant à elles, sous la bannière d'une femme –, Athina Marmorat a gagné son pari. Les jeunes filles réunies sont visiblement gonflées à bloc, pleines d'optimisme et d'envie d'en découdre avec la vie. Comme la slameuse Diariata N'Diaye, dont elles reprennent le refrain à tue-tête, les stagiaires se revendiquent "femmes libres et indépendantes". Ce sont aussi des femmes extrêmement motivées, ce qu'a démontré, toute la semaine, la ponctualité de Franciliennes souvent obligées de se lever très tôt pour rallier la capitale malgré la distance et les grèves de cheminots. Ainsi Yousra, 15 ans, qui habite la Seine-Saint-Denis, devait se réveiller à 5h30 pour se rendre dans le 13e arrondissement de Paris où le stage avait lieu. Accessoirement, il a aussi fallu que l'adolescente se familiarise avec l'utilisation des transports en commun. Mission accomplie : "maintenant, elle sait aller seule à Paris, c'est formidable !", se réjouit sa maman.



Athina Marmorat (au micro).  Photo Fabrice Viotty
Les grandes découvertes
En arrivant, les stagiaires marchent un peu sur des œufs. "On ne sait pas du tout dans quoi on s'embarque, témoigne Emilie. L'aventure s'avère visiblement féconde. Ce que les jeunes filles découvrent, au fil de la semaine, c'est d'abord elles-mêmes. "J'avais très peur de grandir, j'ai gagné beaucoup de confiance pour l'avenir", déclare Emilie. "J'ai grandi et je me suis regardée d'un œil nouveau", complète Ange. Et Lina de rebondir : "j'ai appris beaucoup sur moi, sur les autres et surtout sur le métier que je veux faire ".

Pendant les trois premiers jours, les adolescentes alternent ateliers collectifs et séances de coaching individuel visant précisément à les aider à mieux se connaître et à fortifier leur estime d'elles-mêmes, à développer leurs facultés d'expression, à élargir et mieux cerner leurs aspirations professionnelles. Le jeudi, on sort des murs pour se confronter à la réalité du monde du travail : le groupe dédoublé est allé passer la journée dans deux grosses entreprises, le cabinet d'audit KPMG et la multinationale de la chimie Dow Chemical. Repérage des métiers exercés dans ces entreprises, échanges avec des salariées et brèves simulations d'entretiens de recrutement avec des professionnelles des ressources humaines : cette immersion dans un univers aux codes inconnus ouvre aux jeunes filles des horizons qui ne le sont pas moins et peut même susciter des vocations. Le vendredi, enfin, point d'orgue de ce parcours : les stagiaires rencontrent des femmes actives aux profils variés – architectes, créatrices d'entreprise, femmes politiques, etc. –, à qui elles exposent leur projet d'orientation professionnelle ou un projet plus général de vie, et qui s'ouvrent à elles de leur propre itinéraire. Baptisées "rôles modèles", ces aînées tendent à leurs cadettes un kaléidoscope irisé d'images d'identification positive. 

Des femmes inspirantes
Flavie Maurat, directrice des achats chez Atos, géant mondial de services du numérique, fait partie de ces femmes inspirantes prêtes à donner de leur temps pour conseiller et stimuler la génération montante. "L'approche s'inscrit bien dans ma volonté d'aider, de transmettre, qui plus est à des jeunes filles, donc à un public pour lequel mon expérience en tant que femme peut être bénéfique", explique Flavie Maurat. "Le but est d'échanger avec les jeunes et de répondre à leurs questions par rapport à leurs envies d'orientation, de voir aussi si, dans nos réseaux, on peut les connecter à des gens susceptibles de leur être utiles", ajoute Flavie Maurat. D'ailleurs elle-même, dont c'est la première participation à un stage Rêv'Elles, a donné son mail personnel à une adolescente qui souhaite embrasser une carrière commerciale. Plus ancienne dans la démarche, Nezha Kandoussi, linguiste et agente de designers et d'artistes, a déjà eu l'occasion d'accompagner quelques jeunes filles dans la durée. Par exemple en leur organisant des rencontres avec des designers, ou en coachant de façon assez rapprochée une adolescente en échec scolaire, qui était intéressée par les langues étrangères, mais ne savait pas dans quelle profession se lancer pour tirer parti de cet intérêt. "Nous avons un système qui est toujours dans l'acquisition de connaissances, alors qu'elles sont aujourd'hui à portée de main", analyse Nezha Kandoussi. "Ce qu'il faut développer, c'est le savoir-être. On doit chercher à mettre en phase des vocations et des métiers, plutôt que simplement inscrire les gens dans des cases et les faire entrer dans des boîtes, au sens propre comme au sens figuré".
 
Et après ?
Depuis 2013, 373 jeunes filles ont bénéficié d'un stage "Rêv'Elles ton potentiel", proposé trois fois par an. Aiguillées vers cette formation par le milieu associatif ou scolaire, ainsi que par les médias, les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille, les candidates sont plus nombreuses que les places. D'où une sélection faite sur des critères sociaux et sur leur motivation. Lors du stage d'avril, Flavie Maurat a identifié deux catégories de participantes : de très bonnes élèves qui manquent de confiance en elles et des jeunes filles en situation de décrochage scolaire, qui ont besoin de faire le point. Que deviennent les stagiaires une fois la session achevée et l'enthousiasme groupal dissipé ? Pour que le soufflé ne retombe pas, les jeunes filles bénéficient d'un an d'accompagnement au travers de deux ateliers collectifs et deux séances de suivi individuel. Elles peuvent aussi participer à différentes activités organisées par l'association – visites pédagogiques, sorties culturelles ou cafés-débats sur des problématiques liées au pouvoir d'agir au féminin.

Document remis aux participantes à la fin du stage

Nawel, a participé il y a trois ans à un parcours Rêv'Elles. Alors âgée de 20 ans, elle avait arrêté ses études et enchaînait les petits boulots. "Je ne savais pas quel chemin prendre – ni s'il y avait vraiment un chemin pour moi", confie-t-elle. Le stage lui a permis de trouver sa voie, assure la jeune femme qui termine un master 2 de gestion des entreprises et veut créer la sienne. "J'ai compris l'importance de faire ce que l'on veut faire, de s'en donner les moyens et de ne rien lâcher. J'ai aussi compris que si je ne me bougeais pas, personne ne le ferait à ma place", souligne-t-elle. La formation Rêv'Elles est "une chance inouïe pour les jeunes filles", commente Jamila Abidi, mère de deux adolescentes qui en ont bénéficié. "Dommage que ça n'existe pas pour les garçons. Ni pour les mamans....".
Caroline Helfter