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12 novembre 2018

L'engagement sociétal plébiscité par les lycéens



    Au cours des dernières décennies, on a souvent parlé de "bof génération" pour pointer un certain désenchantement de la jeunesse. Ce temps serait-il révolu ? C'est ce qui semble ressortir d'une enquête nationale sur le rapport des lycéens à l'engagement, dont la première vague de résultats a été rendue publique fin septembre. Cette étude a été réalisée par le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) au printemps dernier, auprès de 6603 élèves en classe de terminale dans des lycées publics ou privés d'enseignement général et technologique, d'enseignement professionnel ou des établissements polyvalents.
    Le crédit accordé par les lycéens aux institutions politiques est faible : seuls 22 % d'entre eux disent faire confiance au gouvernement et 12 % militent dans des associations politiques. Mais, les élèves de terminale ne se désintéressent pas pour autant de la vie de la cité. Ainsi, plus de 4 jeunes sur 10 (44 %) déclarent avoir participé en 2017-2018 ou au cours de leurs précédentes années de lycée à une association humanitaire et/ou de défense de l'environnement, les plus actifs à cet égard étant les jeunes scolarisés dans des lycées privés (52 % contre 42 % dans le public). 
    Les filles se montrent davantage concernées par les causes humanitaires (54 % contre 46 % de garçons), les jeunes gens le sont légèrement plus qu'elles par la défense de l'environnement (51 % contre 49 %). Les premières comme les seconds s'engagent significativement plus quand ils sont issus d'un milieu familial favorisé.

Quid pour l'avenir ?
    Il est bien sûr difficile de tirer des plans sur la comète, mais néanmoins réconfortant de voir 74% des élèves déclarer leur souhait de faire du bénévolat lorsqu'ils seront adultes. Les filles beaucoup plus que les garçons (83 % contre 66% d'entre eux). Pris dans leur ensemble, les lycéens les plus nombreux à se déclarer partants pour de futures activités bénévoles sont les élèves scolarisés en lycées d'enseignement général et technologique (79 %), suivis par ceux de lycées polyvalents (73 %) et enfin les jeunes de lycées professionnels (65 %). 
A contrario, une petite proportion de lycéens apparaît très en retrait en termes d'implication citoyenne. Il s'agit des 4 % d'élèves qui refusent toute idée d'engagement futur. Ce sont plus souvent des garçons que des filles, et surtout des élèves de lycées professionnels (11 % d'entre eux sont dans ce cas). 
    Un autre type d'élèves se montre moins investi que ses contemporains en termes d'intentions d'engagement citoyen, notamment de bénévolat : il s'agit des lycéens qui déclarent d'excellents résultats (soit 7 % des élèves de l'enquête du Cnesco). "Contre intuitivement, pour cette élite scolaire, les perspectives déclarées de participation civique s'établissent à des niveaux faibles, similaires à ceux des élèves qui affirment présenter des résultats mauvais", explique Nathalie Mons, présidente du Cnesco. 
    Le constat que les publics scolaires socialement défavorisés tout comme les meilleurs élèves mettent à distance l'utilité de l'engagement citoyen doit appeler une attention particulière de l'école, estime la sociologue, soulignant que ce sont principalement les engagements à l'âge scolaire qui fondent les engagements civiques à l'âge adulte.
Caroline Helfter

Pour en savoir plus

 

18 mai 2018

Rêv'Elles : rêver grand et se lancer

En cette fin d'après-midi caniculaire, une centaine de personnes sont rassemblées à Paris dans une atmosphère survoltée. Elles se retrouvent ce vendredi 20 avril au Conseil régional d'Ile-de-France pour célébrer la clôture d'un stage intitulé : "Rêv'Elles ton potentiel". Trente jeunes filles, âgées de 16,5 ans en moyenne, y ont consacré leur première semaine de vacances scolaires. Il s'agit d'une formation mixant dynamique de groupe et développement personnel, destinée à permettre aux intéressées de faire émerger leurs rêves d'avenir, de se révéler à elles-mêmes leurs principales forces et qualités, et de puiser l'énergie, les informations et les contacts nécessaires à la mise en branle des futurs envisagés.



Photo Dilan Pozza
La session qui prend fin ce jour-là est la 13e de ce type organisée depuis 2013. Module innovant d'aide à l'orientation scolaire et professionnelle transposé d'une expérience britannique, il a été mis en place par l'association Rêv'Elles à l'intention de jeunes Franciliennes de 14 à 22 ans vivant dans des quartiers prioritaires. Pourquoi elles ? Parce qu'"aux obstacles socio-culturels auxquels se heurtent tous les enfants issus de milieux modestes, s'ajoutent, pour les jeunes filles, l'auto-censure et une certaine pudeur de l'ambition", répond Athina Marmorat, fondatrice de Rêv'Elles. Et d'enfoncer le clou : "dans une société qui a appris à s'accommoder des inégalités entre les genres et où les modèles féminins de réussite se font trop rares ou trop discrets, les jeunes filles ont besoin qu'on leur redonne de l'espoir".

Mo-ti-vées !
A écouter les adolescentes de la promotion Joséphine Baker – comme à l'Ena, les stagiaires de Rêv'Elles baptisent leur groupe, mais en se rangeant bien sûr toujours, quant à elles, sous la bannière d'une femme –, Athina Marmorat a gagné son pari. Les jeunes filles réunies sont visiblement gonflées à bloc, pleines d'optimisme et d'envie d'en découdre avec la vie. Comme la slameuse Diariata N'Diaye, dont elles reprennent le refrain à tue-tête, les stagiaires se revendiquent "femmes libres et indépendantes". Ce sont aussi des femmes extrêmement motivées, ce qu'a démontré, toute la semaine, la ponctualité de Franciliennes souvent obligées de se lever très tôt pour rallier la capitale malgré la distance et les grèves de cheminots. Ainsi Yousra, 15 ans, qui habite la Seine-Saint-Denis, devait se réveiller à 5h30 pour se rendre dans le 13e arrondissement de Paris où le stage avait lieu. Accessoirement, il a aussi fallu que l'adolescente se familiarise avec l'utilisation des transports en commun. Mission accomplie : "maintenant, elle sait aller seule à Paris, c'est formidable !", se réjouit sa maman.



Athina Marmorat (au micro).  Photo Fabrice Viotty
Les grandes découvertes
En arrivant, les stagiaires marchent un peu sur des œufs. "On ne sait pas du tout dans quoi on s'embarque, témoigne Emilie. L'aventure s'avère visiblement féconde. Ce que les jeunes filles découvrent, au fil de la semaine, c'est d'abord elles-mêmes. "J'avais très peur de grandir, j'ai gagné beaucoup de confiance pour l'avenir", déclare Emilie. "J'ai grandi et je me suis regardée d'un œil nouveau", complète Ange. Et Lina de rebondir : "j'ai appris beaucoup sur moi, sur les autres et surtout sur le métier que je veux faire ".

Pendant les trois premiers jours, les adolescentes alternent ateliers collectifs et séances de coaching individuel visant précisément à les aider à mieux se connaître et à fortifier leur estime d'elles-mêmes, à développer leurs facultés d'expression, à élargir et mieux cerner leurs aspirations professionnelles. Le jeudi, on sort des murs pour se confronter à la réalité du monde du travail : le groupe dédoublé est allé passer la journée dans deux grosses entreprises, le cabinet d'audit KPMG et la multinationale de la chimie Dow Chemical. Repérage des métiers exercés dans ces entreprises, échanges avec des salariées et brèves simulations d'entretiens de recrutement avec des professionnelles des ressources humaines : cette immersion dans un univers aux codes inconnus ouvre aux jeunes filles des horizons qui ne le sont pas moins et peut même susciter des vocations. Le vendredi, enfin, point d'orgue de ce parcours : les stagiaires rencontrent des femmes actives aux profils variés – architectes, créatrices d'entreprise, femmes politiques, etc. –, à qui elles exposent leur projet d'orientation professionnelle ou un projet plus général de vie, et qui s'ouvrent à elles de leur propre itinéraire. Baptisées "rôles modèles", ces aînées tendent à leurs cadettes un kaléidoscope irisé d'images d'identification positive. 

Des femmes inspirantes
Flavie Maurat, directrice des achats chez Atos, géant mondial de services du numérique, fait partie de ces femmes inspirantes prêtes à donner de leur temps pour conseiller et stimuler la génération montante. "L'approche s'inscrit bien dans ma volonté d'aider, de transmettre, qui plus est à des jeunes filles, donc à un public pour lequel mon expérience en tant que femme peut être bénéfique", explique Flavie Maurat. "Le but est d'échanger avec les jeunes et de répondre à leurs questions par rapport à leurs envies d'orientation, de voir aussi si, dans nos réseaux, on peut les connecter à des gens susceptibles de leur être utiles", ajoute Flavie Maurat. D'ailleurs elle-même, dont c'est la première participation à un stage Rêv'Elles, a donné son mail personnel à une adolescente qui souhaite embrasser une carrière commerciale. Plus ancienne dans la démarche, Nezha Kandoussi, linguiste et agente de designers et d'artistes, a déjà eu l'occasion d'accompagner quelques jeunes filles dans la durée. Par exemple en leur organisant des rencontres avec des designers, ou en coachant de façon assez rapprochée une adolescente en échec scolaire, qui était intéressée par les langues étrangères, mais ne savait pas dans quelle profession se lancer pour tirer parti de cet intérêt. "Nous avons un système qui est toujours dans l'acquisition de connaissances, alors qu'elles sont aujourd'hui à portée de main", analyse Nezha Kandoussi. "Ce qu'il faut développer, c'est le savoir-être. On doit chercher à mettre en phase des vocations et des métiers, plutôt que simplement inscrire les gens dans des cases et les faire entrer dans des boîtes, au sens propre comme au sens figuré".
 
Et après ?
Depuis 2013, 373 jeunes filles ont bénéficié d'un stage "Rêv'Elles ton potentiel", proposé trois fois par an. Aiguillées vers cette formation par le milieu associatif ou scolaire, ainsi que par les médias, les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille, les candidates sont plus nombreuses que les places. D'où une sélection faite sur des critères sociaux et sur leur motivation. Lors du stage d'avril, Flavie Maurat a identifié deux catégories de participantes : de très bonnes élèves qui manquent de confiance en elles et des jeunes filles en situation de décrochage scolaire, qui ont besoin de faire le point. Que deviennent les stagiaires une fois la session achevée et l'enthousiasme groupal dissipé ? Pour que le soufflé ne retombe pas, les jeunes filles bénéficient d'un an d'accompagnement au travers de deux ateliers collectifs et deux séances de suivi individuel. Elles peuvent aussi participer à différentes activités organisées par l'association – visites pédagogiques, sorties culturelles ou cafés-débats sur des problématiques liées au pouvoir d'agir au féminin.

Document remis aux participantes à la fin du stage

Nawel, a participé il y a trois ans à un parcours Rêv'Elles. Alors âgée de 20 ans, elle avait arrêté ses études et enchaînait les petits boulots. "Je ne savais pas quel chemin prendre – ni s'il y avait vraiment un chemin pour moi", confie-t-elle. Le stage lui a permis de trouver sa voie, assure la jeune femme qui termine un master 2 de gestion des entreprises et veut créer la sienne. "J'ai compris l'importance de faire ce que l'on veut faire, de s'en donner les moyens et de ne rien lâcher. J'ai aussi compris que si je ne me bougeais pas, personne ne le ferait à ma place", souligne-t-elle. La formation Rêv'Elles est "une chance inouïe pour les jeunes filles", commente Jamila Abidi, mère de deux adolescentes qui en ont bénéficié. "Dommage que ça n'existe pas pour les garçons. Ni pour les mamans....".
Caroline Helfter

12 mars 2018

Le service civique, 8 ans après.

Le 6 mars,  sous l'égide de l'Agence du Service Civique, étaient organisées à Paris les premières rencontres du Service Civique, 8 ans après la création de celui-ci par la loi du 10 mars 2010, qui permet à des jeunes de 16 à 25 ans (30 ans pour les handicapés) d'effectuer une mission d'intérêt général de six à douze mois dans une association, une collectivité ou un établissement public, indemnisée 580 € net par mois. Ces rencontres étaient l'occasion de réunir tous les acteurs (volontaires, associations, Etablissements publics, services de l'Etat, et collectivités territoriales) mais aussi des entreprises partenaires, afin de faire le bilan de 8 années de fonctionnement (270.000 jeunes engagés), en tirer des conclusions et des perspectives d'avenir. "Un rendez-vous de la jeunesse, de la citoyenneté et de l'engagement".

Une soirée riche en informations et témoignages.

Le service civique, soutenu et valorisé par les pouvoirs publics

La présence de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education Nationale (chargé également de la Jeunesse, l'éducation populaire et la vie associative) marquait l'intérêt et le soutien du gouvernement, rappelant la "voie de l'engagement" lancée par le président de la République à l'occasion des vœux.
"Un monde de plus en  plus technologique doit être aussi de plus en plus humain. Le service civique contribue à cette  humanité".

En effet, le service civique, en promouvant l'engagement, est aussi une école de la vie, vecteur d'émancipation et de liberté, d'autonomie et d'estime de soi, mais se situe aussi au service de l'intérêt général (il a cité notamment les missions au sein de l'Education Nationale, précisant que l'opération "devoirs faits" permettra le recrutement de 15.000 volontaires au total au sein de l'Education Nationale).



Il rappelle le succès rencontré par le service civique, passé de 10.000 volontaires en 2010 à 125.000 en 2017 et dont l'objectif pour 2018 est de passer à 150.000 jeunes (pour un budget de 448 millions d'euros) et d'en renforcer la présence, notamment dans les zones rurales, les EPHAD, l'Outremer.

Il met enfin l'accent sur l'acquisition de compétences nouvelles par les jeunes volontaires qui disposent ainsi de clés supplémentaires leur ouvrant les portes d'une vie professionnelle. Pour les entreprises partenaires, le service civique est une étape constitutive du parcours des jeunes.

Se projetant vers un avenir proche, le Ministre voit le service civique comme le "grand frère" du futur service national, une sorte de pionnier...

La parole aux jeunes volontaires

Des témoignages

Des jeunes, pour la plupart "de la première génération" sont venus témoigner de l'apport positif de leur expérience et de l'orientation que leur vie avait prise,  grâce au service civique, et parmi eux :
  • Kevin devait être pâtissier, le service civique a changé son orientation, il a repris des études pour travailler en direction de personnes en situation de handicap.
  • Aline a beaucoup appris en allant "sur le terrain". Le service civique a été déterminant. Elle travaille désormais dans une ONG.
  • David, étudiant en architecture, a découvert une autre voie au cours de son service civique et est devenu journaliste en côtoyant une radio associative. 
  • Maxime avait "décroché" scolairement. Grâce à Unis Cité de Marseille, il s'est remis dans une dynamique positive et s'est découvert des compétences qui lui ont permis d'enrichir son CV. Il est devenu éducateur;
  • Audrey raconte enfin que les missions qu'elle a accomplies lui ont permis par la suite de trouver facilement des stages et un emploi, les recruteurs ayant apprécié son "passage" en service civique et les compétences sociales acquises

... et de nombreuses questions

Et parmi elles :
  • Ne pourrait-on valoriser davantage le service civique en créant un "label service civique" pour des entreprises partenaires ?
  • Comment améliorer les conditions d'exécution de certaines missions au sein de l'Education Nationale (encadrement, missions  détournées de la définition initiale, manque d'écoute) ?
  • Pourquoi ne pas intervenir davantage dans les lycées pour parler de l'engagement ?
  • Comment valoriser les compétences acquises pour pouvoir accéder à des formations ?
  • Quel est le statut du service civique ? un salarié ? un étudiant ? alors pourquoi ne pas bénéficier de certains avantages (tel le pass Navigo)..."alors que nous sommes engagés pour la nation ?"


Les réponses du ministre
La présence d'entreprises partenaires prouve leur attachement à l'institution et la création, aujourd'hui, d'un "club de validation du service civique" répond à la préoccupation de "labellisation service civique".
A propos des compétences acquises au cours d'un service civique, il faut examiner la possibilité de le valoriser dans une VAE et le considérer comme une première étape vers autre chose (contrat d'apprentissage ?)
Concernant l'Education Nationale, le ministre a pu donner les précisions suivantes:10.000 volontaires vont être affectés à l'opération "devoirs faits" et on veillera à davantage de clarté et de cohérence dans les missions  et plus d'opportunités de tremplins vers l'emploi au sein de l'Education Nationale. Les tuteurs pourront être des enseignants et non plus des chefs d'établissements. Par ailleurs, davantage de moyens vont être mis à disposition en direction des lycéens (moyens publicitaires). La réforme du lycée laissera plus de place à l'engagement. On y parlera davantage du Service Civique. 
Sur la question du statut,tout en reconnaissant la pertinence des questions posées et la nécessité d'engager une réflexion, aucun engagement ne peut être pris à l'heure actuelle.

Huit ans d'existence... et après ?

Trois enjeux pour 2018

Yannick Blanc, Haut Commissaire à l'engagement civique, Président de l'Agence du Service Civique est venu ensuite développer les trois axes stratégiques pour 2018 après avoir annoncé le recrutement de 150.000 jeunes volontaires :
  • S'assurer de la qualité du service civique (correction des défauts et des dérives signalés, amélioration des outils de contrôle des "situations à risques" (c'est à dire des missions pouvant se substituer à un emploi), réflexion et définition de nouveaux programmes de missions)
  • Valoriser le service civique "composante de la réforme de la formation professionnelle", notamment auprès des recruteurs (club de valorisation du service civique, signature d'une "charte de valorisation du service civique") 
  • Participer à la création et au développement d'un "corps européen de solidarité" (sorte d'Erasmus), avec un objectif de 100.000 jeunes. Avec ses 125.000 jeunes engagés en 2017, la France est le premier pays d'Europe dans ce domaine et sera leader.
Il n'est pas question de remettre en cause le service civique tel qu'il existe depuis 8 ans, mais une articulation avec le service national en 2019, devra être trouvée. Des questions se posent néanmoins (cf article des Echos du 7 mars 2018) compte tenu du manque de précisions sur le service national à l'heure actuelle.

Une campagne promotionnelle "le pouvoir d'être utile"




Il s'agit d'une campagne de communication auprès du grand public, à partir du 7 mars,  destinée à valoriser l'engagement, montrant le bénéfice qu'il apporte à la société dans son ensemble et l'apprentissage qu'il permet aux jeunes d'acquérir. Il s'agit d'une campagne d'affichage dans des lieux publics et d'un film montrant de vrais volontaires en mission sur le terrain, dans leur travail quotidien, diffusé sur le web, les réseaux sociaux, la télévision (BFMTV), des salles de cinéma.

A visionner

Du côté des entreprises

L'Agence du Service Civique (intervention de Ludovic Abiven, directeur général) a souhaité, à l'occasion de ces rencontres, et avec des entreprises et institutions partenaires, créer un club de valorisation du service civique, autour d'une charte d'engagement pour la valorisation et la promotion du service civique dans les entreprises, dont la signature est initiée en séance avec les représentants de trois entreprises (Casino, Adecco, UP).

"le service civique doit être examiné au même titre qu'une autre compétence professionnelle" (représentante du groupe UP)
"les entreprises commencent à se poser la question de savoir comment une personne peut évoluer. Le volontariat est un plus" (représentant du groupe ADECCO)
Le représentant du groupe Casino, quant à lui, est "intéressé par les compétences acquises grâce au service civique, notamment la capacité à entrer en contact avec le public".

Et pour rappel : 87% des responsables ressources humaines ont une bonne idée du service civique, 75% d'entre eux le perçoivent comme un atout dans un parcours professionnel, 64% déclarent que la réalisation d'un service civique peut les inciter à recruter un jeune (enquête IFOP ci-après)

Le baromètre IFOP - rappel

La soirée s'est terminée par la présentation du baromètre IFOP 2017 pour le service civique à consulter et télécharger sur le site de l'IFOP

Cette étude confirme que :

  • le service civique bénéficie d'un haut niveau de notoriété. Plus de 90% des  personnes interrogées (jeunes, moins jeunes, RRH) déclarent en avoir entendu parler
  • 90% des jeunes en ont une bonne image, voire une très bonne image
  • Dans un nuage de mots apparaissent en priorité "engagement", "aide", "civisme" "solidarité" "expérience" "service" "mission"....(mais aussi, pour les moins de 25 ans, "rémunération", talon d'Achille du Service Civique !)
  • Pour les personnes interrogées, le service civique est tout d'abord un moyen pour les jeunes d'acquérir de l'expérience. Vient ensuite le moyen de s'engager socialement et d'être utile aux autres.
  • 67% des jeunes se déclarent intéressés par l'exercice d'un service civique
  • En tête des intérêts manifestés: la culture et les loisirs, le sport et l'environnement. On note une légère baisse  d'intérêt pour l'éducation, l'action humanitaire, la solidarité.
  • La valorisation  par les entreprises apparaît, pour près de 40% des jeunes comme une piste prioritaire de développement  du service civique. 80% d'entre eux, en effet, estiment que les entreprises ne le reconnaissent pas suffisamment.
  • 82% des personnes de 26 ans et plus, ayant entendu parler du Service Civique, le recommandent
  • globalement, l'image du Service Civique est bonne pour 87% des responsables ressources humaines qui en ont entendu parler.

Louise Forestier

24 février 2018

Médecins du Monde au chevet des mineurs étrangers non accompagnés

"Je dors dans un foyer sur un matelas récupéré dans une poubelle, je suis seul en France", indique Ibrahima, 17 ans (tous les prénoms ont été modifiés). "Je dors dans la rue, j'ai déjà été agressé par une personne, je ne me sens pas en sécurité de dormir dans la rue", déclare Bertrand, 16 ans. "J'ai été deux fois à l'hôtel et hébergé par une personne qui m'a proposé des relations sexuelles, rien n'a été facile pour moi ici", confie Mamadou, 17 ans. Des témoignages de cet ordre, émanant de mineurs étrangers sans famille ni adulte investi de leur responsabilité sur le territoire français, Médecins du monde (MDM) en a recueilli pléthore. De fait, après le parcours souvent difficile – c'est peu de le dire –accompli par ces jeunes migrants, l'arrivée en France ne signifie pas forcément la fin des souffrances.

Les mineurs non accompagnés (MNA) sont nombreux à venir dans les centres d'accueil et de soins de MDM. Il s'agit presque toujours de garçons, dont l'âge moyen avoisine les 16 ans et qui, dans près de 90 % des cas, vivent à la rue. Constatant leur état alarmant au plan médical, mais aussi administratif et social, l'association a mis en place des programmes spécifiques à leur intention. Le premier a démarré à Paris en 2015, les autres à Caen, Rouen et Nantes, l'année suivante. L'idée est de proposer un accompagnement psycho-médico-social adapté, d'une part aux primo-arrivants dont la situation n'a pas encore été étudiée par les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance, chargés de protéger les enfants en danger, quelles que soient leur nationalité et la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ; d'autre part, aux adolescents qui, après évaluation de leurs papiers et de leur récit – parfois aussi en dehors de toute analyse de leur cas, sur la seule foi de leur apparence physique  – se sont vu signifier un refus de protection (1). L'inconditionnalité de la prise en charge des jeunes qui se déclarent mineurs non accompagnés ne s'entend, en effet, que si leur minorité et leur isolement sont avérés. Ils sont alors inexpulsables jusqu'à leur majorité.

                                                       (photo Dragan Lekic)

Remettre du sens dans des parcours chaotiques

En 2017, 243 adolescents ont été accueillis à la permanence parisienne de MDM dédiée aux mineurs non accompagnés (2). Ils s'y sont présentés spontanément, avertis de son existence par le bouche-à-oreille, ou ont été orientés vers elle par différents acteurs (associations, collectifs citoyens, avocats, etc.). "Les jeunes que nous rencontrons, quasi exclusivement des garçons, sont surtout venus d'Afrique subsaharienne (Côte d'Ivoire, Mali, Guinée)", précise le Dr Daniel Bréhier, co-responsable de ce programme animé par une équipe de 30 professionnels (généralistes, pédiatres, psys, accueillants-accompagnants, assistante sociale, ...) – dont 27 bénévoles.

Les mineurs reçus à Paris par MDM n'ont pas été "mandatés" par leur famille pour partir en quête d'un avenir meilleur en Europe, explique le Dr Bréhier. Ils se sont mis en route à la suite de conflits familiaux, notamment survenus après la mort de leur père et/ou de leur mère. Lorsqu'il s'est agi du décès paternel, les jeunes ont été pris en charge par leur oncle qui ne les a pas traités comme ses propres enfants – ils ont dû arrêter l'école et travailler dans les champs ou sur les marchés. Quand c'est la mère qui a disparu, le père s'est remarié et ce sont les relations avec la belle-mère qui ont fait difficulté. Dans les deux cas, les adolescents ont commencé par fuguer, puis ils ont fini par partir, avec d'autres, sans savoir où ils iraient.

Entrecoupés d'arrêts ici ou là, pour travailler ou parce que les mineurs sont emprisonnés, "ces voyages durent des mois et des mois, voire des années", souligne le Dr Bréhier. Les jeunes y sont constamment confrontés à la violence, à la peur et à la mort. En France, c'est à la rue, aux institutions et à la mise en cause de leur parole qu'il leur faut faire face.  "Compte tenu de l'importance de la parole en Afrique, cette suspicion est particulièrement éprouvante pour eux", commente le psychiatre.

A leur arrivée à la permanence de Médecins du monde, les adolescents présentent souvent un état de santé général très dégradé : en 2017, 39 % d'entre eux ont dû être immédiatement accompagnés vers une prise en charge hospitalière. Ils sont encore plus nombreux à souffrir de troubles psychiques. Il ne s'agit pas de pathologies psychiatriques proprement dites, mais de réactions à ce qu'ils ont vécu (troubles du sommeil, de la mémoire, anxiété, syndrome de stress post-traumatique). "Les jeunes disent avoir la tête qui chauffe, ils sont fatigués de lutter contre les pensées qui les assaillent, ils ont également du mal à se repérer dans le temps, lieux et durées sont confondus", détaille le Dr Bréhier. Rien d'étonnant, du coup, à ce que leurs récits soient aussi chaotiques qu'ont pu l'être leurs périples. Or, lors de l'évaluation de leur situation, des détails extrêmement circonstanciés leur sont demandés et les incohérences de leurs déclarations conduisent à en questionner la véracité et, partant, celle de l'âge qu'ils allèguent.

Précisément, aider les mineurs à remettre un peu de continuité et de sens dans leur vie et dans leurs histoires est au fondement du soutien que Médecins du monde leur apporte. Cela passe par des entretiens individuels, ainsi que par des groupes de parole où les MNA se retrouvent à une dizaine. Des consultations sociales permettent, par ailleurs, de répondre à leurs besoins fondamentaux en les orientant vers des structures adaptées et de favoriser l'ouverture de leurs droits.

Un nécessaire temps de mise en confiance

"Les obstacles dressés à l'encontre de l'accès aux droits et aux soins des enfants non accompagnés et les négligences institutionnelles dont ils font l'objet constituent des facteurs qui renforcent la vulnérabilité" de ce public extrêmement fragilisé et surexposé aux dangers, pointe Médecins du monde. Le 8 février, plusieurs avocats ont d'ailleurs alerté les autorités sur la situation "très préoccupante" de 128 mineurs de 13 à 17 ans, nommément identifiés, "livrés à eux-mêmes dans les rues de Paris, sans abri, par des températures négatives". C'est ce type de constat qui conduit MDM à militer pour un nouveau modèle d'accueil et de prise en charge des primo-arrivants. Les demandes d'évolution portent tant sur un changement dans les pratiques et l'esprit de l'accueil des mineurs (fin des refus-guichet – refus de protection fondé sur le "faciès" du jeune, le jour même où il se présente pour une évaluation (3) –, mise à l'abri inconditionnelle, écoute bienveillante), que sur une refonte du dispositif lui-même. L'idée est de dissocier totalement l'accueil de l'évaluation, et de faire de l'accueil un moment privilégié de répit et de soins.  "Comme il existe un temps incompressible avant l'évaluation – en moyenne 2 semaines à Paris –, ce temps doit permettre de favoriser la mise en confiance des jeunes et leur accès immédiat à des soins physiques et psychiques dispensés dans un endroit neutre", déclare Sophie Laurant, co-responsable du programme parisien de MDM.

Ces améliorations, cependant, sont-elles de saison ? A l'heure où l'Etat entend retirer aux services départementaux d'Aide sociale à l'enfance la responsabilité de l'hébergement provisoire d'urgence et de l'évaluation des jeunes se disant mineurs non accompagnés, Médecins du monde en doute fort. Bien sûr, les départements ont besoin de se voir allouer plus de moyens financiers pour faire face au nombre d'arrivées grandissant d'adolescents étrangers (4). Mais, transférer à l'Etat, compétent en matière d'immigration, la prise en charge initiale de ces jeunes, en les écartant du dispositif de protection de l'enfance, revient à nier leur minorité et les dangers qui les menacent, s'insurge l'association. Ces mineurs sont d'abord des enfants, avant d'être des migrants, plaide-t-elle.

Caroline Helfter


(1) De nombreux mineurs, qui ont été évalués "adultes" par l'Aide sociale à l'enfance, passent souvent plusieurs mois à la rue avant de voir leur minorité reconnue par un juge.

(2) Permanence pour les mineurs non accompagnés le mercredi de 14h15 à 18h s'il s'agit d'une première consultation, 15 Bd de Picpus, 75012 Paris. Contact : mie.idf@medecinsdumonde.net

(3) Selon MDM, 4000 des 7000 mineurs qui se sont présentés en 2017 au dispositif d'évaluation des mineurs isolés étrangers de Paris s'en sont vu refuser l'accès sur la base de leur apparence physique.

(4) Un rapport remis en janvier au Premier ministre indique qu'il y a eu 71 962 évaluations de minorité et d'isolement en 2017. Dans 58 % des cas (soit 41 741 jeunes), les adolescents ont été reconnus mineurs.


De rêves et de papier
547 jours avec les mineurs isolés étrangers

(éditions La Découverte, 2017, 16 €)

Ils s'appellent Ali, Oumar, Daniel, Fatoumata, Mirjet, Souley ou Youssef. Rozenn Le Berre les a côtoyés pendant un an et demi comme éducatrice spécialisée chargée d'évaluer leur situation. "Pour chacun de ces jeunes ou moins jeunes, j'ai contribué à orienter la décision", explique-t-elle. "Oui ou non. Mineur ou majeur. L'école ou la rue. L'espoir de régularisation ou le centre de rétention". Puis, elle a pris sa plus belle plume pour donner à voir "la violence de ces destins qui s'échouent sur les rives de l'administration française". Pari réussi : c'est passionnant.

C.H.

11 février 2018

Volontariat international : équilibrer les échanges.

Les voyages, c'est bien connu, forment la jeunesse. Ouverture d'esprit, rencontre des autres, découverte de façons différentes de vivre et de penser : on n'en finirait pas de lister les bénéfices du contact personnel avec "le grand livre du monde" — selon une expression des philosophes des Lumières. Pourtant, si les jeunes Français ont depuis longtemps la possibilité d'exercer leur solidarité auprès des populations du Sud, leurs alter ego de ces pays n'ont pas les mêmes opportunités en France. De fait, quelque 20 000 jeunes habitants de l'Hexagone, toutes modalités d'engagement confondues, partent chaque année à l'étranger pour une mission de volontariat. Mais, ce volontariat "transformateur de la personne et transformateur de société", fonctionne à sens unique, pointe Yves Pelletier, ancien responsable de programmes à France Volontaires, organisme public dédié à ce type d'engagements. "On fait de l'international, on n'accueille pas", commente-t-il. D'où l'intérêt du volontariat international de réciprocité, que promeut France Volontaires depuis quelques années. L'idée est simple : "je vais chez toi, tu viens chez moi". Plus diplomatiquement exprimé, il s'agit de remédier à l'asymétrie des relations Nord-Sud en développant des échanges de volontaires entre la France et les pays qui accueillent des jeunes Français. Pas forcément des échanges "un pour un" dans une vision comptable et simultanée de la réciprocité, mais des échanges bi- ou multi-latéraux entre partenaires, qui tendent à s'équilibrer.


C'est en 2010, avec l'instauration du service civique, que la réciprocité des engagements volontaires à l'international se voit juridiquement et financièrement encouragée. La loi du 10 mars 2010, qui crée ce dispositif de volontariat pour les 16-25 ans (30 ans si les jeunes sont en situation de handicap), permet en effet à tous les pays accueillant des volontaires français d'envoyer eux aussi leurs ressortissants effectuer une mission d'intérêt général en France, pour une durée de 6 à 12 mois. Pendant leur séjour, les intéressés bénéficient de la sécurité sociale et d'une indemnité mensuelle de 477 euros que leur alloue l'Agence de service civique – de la même manière qu'elle le fait pour les volontaires français qui partent à l'étranger. La structure française d'accueil (association, fondation, collectivité territoriale, établissement public) se voit, quant à elle, défrayée de 100 euros par mois pour le tutorat du volontaire, mais elle a à sa charge le logement et la souscription d'une complémentaire santé et d'une assurance rapatriement pour ce dernier, ainsi que, très généralement, ses frais de voyage.

Des rencontres improbables

Rencontre entre le projet porté par un organisme non lucratif dans les domaines de l'éducation, du développement, de la santé, de l'action humanitaire, de l'environnement, de la culture, du sport, ..., et le projet personnel d'engagement d'un jeune, le volontariat international de réciprocité est souvent l'occasion de rencontres assez improbables. Par exemple, celle de Ramasta et de Claudia, venues du Burkina-Faso l'an dernier, avec les jeunes Normands qui fréquentent la mission locale de L'Aigle/Mortagne-au-Perche (Orne) où elles ont été chargées d'un rôle d'accueil et de médiation, celle de Jarbas, Brésilien de 22 ans, avec les élèves du lycée agricole de Radinghem (Pas-de-Calais), où il a réalisé en 2016 une mission d'agrotourisme, ou encore celle de Pranjal, 24 ans, originaire de Pondichéry (Inde), avec des collégiens de Mayenne, en Pays de Loire, à qui il a fait partager, d'un même mouvement, sa connaissance de l'anglais et son amour des danses de " Bollywood".

A l'association Cool'eurs du Monde de Bassens (Gironde), qui coordonne depuis 4 ans des programmes de volontariat international de réciprocité, on insiste beaucoup sur la simultanéité des échanges et le caractère à la fois collectif et individuel de la démarche. Ainsi en 2014-2015, dans le cadre du premier projet de ce type monté par l'association, 10 volontaires Aquitains ont rejoint le Sénégal cependant que 9 jeunes Sénégalais ralliaient la France. Deux temps collectifs avaient été organisés pour les intéressés – appariés en binômes en fonction de leurs centres d'intérêt (rugby, hip-hop, développement local, ...) et censés rester en lien durant leurs missions respectives. "Avant le départ des Français, les Sénégalais ont passé 10 jours avec eux en Gironde", précise Jean-Marc Dutreteau, directeur de l'association. Au terme de leur engagement, tous les volontaires se sont à nouveau retrouvés pour relire collectivement leur expérience. En procédant sur ce modèle, Cool'eurs du Monde a orchestré, depuis 2014, une soixantaine d'échanges mutuels entre volontaires, avec des jeunes venus d'une quinzaine de pays – principalement le Sénégal, le Maroc et le Burkina-Faso. "L'idée est aujourd'hui de nous diversifier au niveau des continents et des Etats", souligne Jean-Marc Dutreteau, qui lorgne du côté du Pérou, de l'Equateur, du Cambodge et du Vietnam.

C'est avec le même souci de variété des partenariats et d'équilibre de la réciprocité que les Cemea Bourgogne (Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active) ont piloté, entre 2012 et 2017, plusieurs échanges tri-latéraux entre Bourguignons, Chiliens de la région du Maule et Sud-Africains de la province Cap occidental : 6 volontaires français partaient pour 6 mois en Afrique du Sud et 4 au Chili ; parallèlement, 6 Sud-Africains et 4 Chiliens venaient en Bourgogne. L'éducation au développement et l'ouverture sur le monde étaient au cœur de ces mobilités croisées, au terme desquelles les volontaires voyaient leur expérience valorisée dans leur projet personnel et professionnel. De fait, il y un vrai besoin de reconnaissance de ce qu'apporte aux jeunes – et aux pays – cet engagement à l'international, souligne Pierre Soëtard, directeur de pôle à France Volontaires. Cet apport s'évalue à la fois en termes d'enrichissement interculturel et d'accroissement des compétences, comme celles dont les volontaires font montre quand, à leur retour, ils se lancent dans la création d'activités économiques. 

Généraliser le principe de la réciprocité

L'accueil de volontaires étrangers continue cependant à pécher par sa modestie. En 2016, 1367 Français ont effectué un service civique à l'international, pour environ 150 jeunes non ressortissants de l'Union européenne missionnés dans le même cadre en France. Il est vrai que le montage de tels projets n'est pas simple et prend du temps, reconnaît Pierre Soëtard. Les associations françaises sont notamment confrontées à la question des financements complémentaires mobilisables pour assurer l'accompagnement des jeunes accueillis et couvrir leurs frais de logement. Le coût des loyers étant particulièrement élevé dans les grandes villes, il y a l'alternative de l'hébergement chez des particuliers. Cette formule présente également l'avantage de permettre aux étrangers de se frotter à la vie de famille hexagonale, mais elle ne s'avère pas toujours appréciée ni des volontaires, ni des logeurs.

 En dépit des difficultés, un nombre croissant d'Etats se disent convaincus que la dimension internationale du volontariat doit être encouragée pour nourrir des liens de coopération et de solidarité plus robustes. Une centaine d'acteurs de 22 pays – représentants d'organisations nationales et internationales de volontariat, d'associations d'envoi ou d'accueil, d'agences de développement – se sont retrouvés à Niamey (Niger), fin novembre, pour l'affirmer. "Dans un monde en pleine mutation, où le vivre ensemble est un défi pour toutes les sociétés, le développement de la réciprocité des engagements est une nécessité", s'accordent-ils à déclarer. Cela implique de renforcer et d'élargir les partenariats et, bien sûr aussi, de mobiliser des investissements à la hauteur de l'enjeu. Pour dépasser le stade de la simple pétition de principe, un groupe d'une dizaine d'organisations de 4 continents (Asie, Amérique latine-Caraïbes, Afrique et Europe) a été constitué. Il tiendra sa première réunion fin février au siège de France Volontaires, en banlieue parisienne. A suivre, donc.



                                                                                Caroline Helfter


Pour toute information complémentaire : https://www.france-volontaires.org/-Reciprocite-.html

29 janvier 2018

Devenir bénévole, c'est bon pour son CV !

Etre bénévole, c'est aussi penser à son avenir !
Savez-vous que de plus en plus, en France, des universités et des grandes écoles poussent les étudiants à s'engager dans une activité bénévole afin de faciliter leur admission ou gagner des points dans leurs examens ?
Savez-vous qu'un décret du 10 mai 2017, issu de la loi Egalité et Citoyenneté, entérine la reconnaissance de l'engagement des étudiants en demandant aux établissements d'enseignement supérieur de prévoir un dispositif de validation des compétences, connaissances et aptitudes acquises par leurs étudiants dans l'exercice d'activités associatives, sociales ou professionnelles ?
Mais savez-vous aussi que dans les pays anglo-saxons (USA, Canada...), un CV qui ne fait pas état d'une activité bénévole a peu de chances d'être retenu par un recruteur qui considère alors qu'il y a un "manque" dans le CV ?

En France, le bénévolat inscrit dans un CV est encore souvent sous-estimé, voire non reconnu par beaucoup de recruteurs : crainte que le candidat n'y consacre trop de temps et d'énergie ou qu'il n'adhère pas aux objectifs et à la culture de l'entreprise, en un mot, "qu'il sorte du cadre".

Et pourtant, une étude de l'AFEV, déjà ancienne, montre l'apport que constitue, pour les entreprises, le bénévolat des jeunes en recherche d'emploi, que ce soit en terme de développement personnel (autonomie, responsabilisation, confiance en soi, ouverture au monde, adaptabilité, sens relationnel, écoute, débrouillardise...) qu'en terme de compétences utiles à l'entreprise (organisation, animation, travail en équipe, capacité d'analyse et de synthèse, compétences spécifiques à l'activité bénévole exercée, conduite de projets, prise de parole en public, communication...)

Des CV qui ne disent pas tout
En effet, comment cerner toutes les qualités d'un candidat au seul examen du "CV traditionnel" axé avant tout sur la formation et les compétences professionnelles ?
L'assurance d'une "tête bien faite" est-elle suffisante ? Est-ce l'assurance de la meilleure adéquation possible à un emploi donné, au dynamisme et aux capacités d'innovation indispensables dans une société en crise ?

Et pourtant : 
- L'engagement dans l'animation d'une équipe sportive ne prépare-t-il pas à l'encadrement d'une équipe de travail ?
- Un poste de responsabilité dans une association culturelle n'est-il pas l'occasion d'acquérir des compétences pour négocier, animer des réunions, parler en public, gérer un budget, communiquer ?
- Un travail de  terrain dans un centre social n'est-il pas formateur en matière d'écoute, de dialogue et de savoir-faire face à la diversité des bénéficiaires ?
- Une responsabilité dans une association humanitaire n'a-t-elle pas permis d'acquérir des compétences en logistique et en organisation ?
- La participation à un think tank sur des questions de société n'ouvre-t-elle pas la voie à la conduite de dossiers à connotation stratégique ?

Aujourd'hui, l'engagement et la prise de responsabilités extra professionnels sont insufisamment valorisés et peu présents dans les CV des candidats...tout au plus à la rubrique "divers" ou "loisirs", véritables fourre-tout, à côté de la pratique du badminton !

Des CV qui disent tout
C'est pourquoi, le rapport 2013 sur l'état social de la France et de ses régions, réalisé par l'ODIS (Observatoire du Dialogue et de l'Intelligence Sociale), a proposé, parmi plusieurs leviers d'action, le "CV citoyen" qui offre l'opportunité aux candidats de se faire mieux connaître dans leurs aspirations, leurs compétences acquises et leur capacité d'innovation et d'engagement, sans pour autant minimiser la formation et l'expérience professionnelle. Il s'agit d'un enrichissement.
Pour comprendre ce qu'est le CV citoyen, voici une video et la présentation qu'en fait Jean-François CHANTARAUD, directeur de l'ODIS.


Alors, n'hésitez plus à vous engager et à enrichir votre CV, quel que soit votre niveau de formation et quel que soit le poste envisagé, qu'il s'agisse ou non d'un premier emploi ! Nous avons tous des compétences à valoriser, à côté de la formation et de l'expérience professionnelle.

                                                                    Louise FORESTIER


28 décembre 2017

L'épanouissement au coeur des engagements étudiants

S'épanouir sans être égoïste, servir l'intérêt général sans se sacrifier sur l'autel du militantisme, telle est la philosophie de l'engagement étudiant dégagée, dans sa thèse de sociologie, par Claire Thoury, déléguée générale du réseau Animafac.


Ce travail que l'intéressée a présenté le 6 décembre, lors de la soirée Paris Je m'engage organisée par et à la Mairie de Paris, s'appuie sur une soixantaine d'entretiens auprès d'étudiants engagés dans des structures associatives (étudiantes ou pas), des syndicats étudiants, des partis politiques, ou dans le mouvement social Nuit debout, ainsi qu'auprès d'anciens étudiants engagés afin de savoir comment les mobilisations s'inscrivent dans la durée. 

"Faut le vivre, c'est dingue ! Je n'ai jamais l'impression de travailler, je m'amuse, je joue un jeu", s'ébahit Anthémios, membre d'une Junior-Entreprise, association étudiante à vocation économique et pédagogique. Léa, quant à elle, déclare que son engagement lui a permis d'être "embarquée dans un tourbillon de bonheur". Investie dans une association consacrée au développement durable, la jeune femme s'est "rendu compte que les gens de l'asso, ce sont vraiment (ses) amis. Je fais l'asso encore plus pour les voir que pour faire des projets finalement", confie-t-elle. Pour Paul, impliqué dans l'organisation d'un festival de musique, c'est  "l'impression d'être utile" qui renforce son plaisir à agir. 

"Il n'y a jamais aucune référence au devoir ou au sacrifice dans le discours des étudiants", commente Claire Thoury. Quel que soit le projet, l'enjeu de l'épanouissement ne peut être ignoré ni minimisé. La cause importerait-elle peu, pourvu qu'on ait l'ivresse ? Pas du tout, réagit immédiatement la chercheure, "le projet est fondamental", mais on ne s'engage pas uniquement pour lui. L'engagement des étudiants témoigne d'une "articulation très subtile entre quête de sens et quête d'épanouissement".

Dans les modèles classiques de militantisme, l'association des individus qui s'engagent dans une structure fait masse et la masse crédibilise la cause et le projet. On était sur la figure d'un militant qui adhère à une grande organisation avec des consignes précises pour défendre les idées que celle-ci porte. Aujourd'hui, ce sont les engagés qui font la ligne et le jour où elle ne leur convient plus, ils s'en vont. Pragmatique, l'étudiant engagé n'est plus prêt à sacrifier son épanouissement au profit d'une cause ou de la structure. Cela ne retire rien à l'intensité de l'implication, qu'on la mesure au temps passé à la réalisation d'un projet, aux attentes vis-à-vis de celui-ci, ou à la façon dont l'engagement se diffuse dans toutes les sphères de la vie des engagés. Par delà leur diversité, les engagements des étudiants contemporains ont en effet en commun le fait d'être particulièrement intenses, note la chercheure.

"Outil de subjectivation, réponse aux épreuves identitaires, expérimentation du politique, rite initiatique non organisé de passage à l'âge adulte, moyen de s'émanciper d'un système éducatif rigide", l'engagement occupe une place centrale dans l'existence des étudiants jusqu'à devenir un élément constitutif de leur identité, souligne Claire Thoury. Cette expérience structure durablement la vie des individus. Ainsi, les anciens étudiants estiment que, s'ils ne s'étaient pas engagés, leur vie présente serait différente tant au plan privé que professionnel, ainsi qu'en termes de valeurs, de rapport aux autres et à eux-mêmes.


                                                                              Caroline Helfter

14 avril 2017

Silence.....on lit !

Une initiative dont on a beaucoup parlé dans les medias, comme d'une initiative novatrice et originale, a attiré mon attention pour la simple et bonne raison qu'il s'agit d'un petit village de Haute-Provence que je connais bien, Banon.


Déjà célèbre pour son magnifique village fortifié, ses champs de lavande, ses fromages de chèvre roulés dans des feuilles de chataignier, sa librairie, Le Bleuet, figurant parmi les 5 ou 6 plus grandes librairies indépendantes de France, Banon s'illustre cette fois par une initiative mise en œuvre au collège, ce qui ne figurera pas dans la liste des "curiosités à voir absolument" promues par l'Office de Tourisme. C'est pourquoi il faut en parler ici car il ne s'agit pas d'une simple curiosité anecdotique, mais d'une expérience dont les bienfaits dépassent largement le cadre scolaire.

De quoi s'agit-il ?
Il s'agit d'une démarche engagée par la principale du collège de Banon, avec l'aide de l'association "Silence, on lit" qui promeut la lecture dans les établissements scolaires.
Tous les jours, après déjeuner, tel un rituel,  le collège est plongé dans un silence total pendant 15 minutes, pendant lesquelles tous les élèves et tout le personnel sans exception se plongent dans un livre de leur choix, tout étant autorisé, hormis les livres de classe et les journaux.
"Un moment de cohésion dans le silence", note un professeur d'anglais, "je lisais pas, maintenant je lis de temps en temps", confie un élève. Quinze minutes plus tard, les livres se referment et la vie du collège reprend.

15 minutes de lecture par jour....c'est 1h15 de lecture par semaine, 5 heures de lecture par mois au minimum, presque 50 heures dans l'année...autant d'heures gagnées  sur la télé, les smartphones, les tablettes et les ordinateurs...

la video      

Une idée qui vient de loin
Vous pensez certainement qu'il s'agit d'une initiative de l'Eduction Nationale, d'une directive adressée à tous les collèges de France ? Ce serait une bonne nouvelle, mais malheureusement, il n'en est rien !
L'idée, qui fait son chemin, en revient à l'association "Silence, on lit", initiatrice du projet, qui le diffuse et accompagne les établissements scolaires qui désirent y adhérer. Ils sont de plus en  plus nombreux  à manifester leur intérêt auprès de l'association.
Cette idée a germé à partir d'une expérience de 15 ans découverte...en Turquie, au lycée  francophone Tevfik Fikret d' Ankara, par l'un des fondateurs de l'association, le cinéaste Olivier Delahaye venu présenter à Ankara son film "Soleils" (qui sort bientôt en France).
Au bout de quinze ans, cette "pratique" a révolutionné,  non seulement le rapport à la lecture, mais également le rapport aux enseignants et entre les élèves. Voir le très intéressant article publié sur Slate.fr en juin 2016 

Une idée qui n'est pas réservée aux collégiens...
Je vous laisse découvrir le site de l'association, sur lequel on lit que ce concept n'est pas réservé aux établissements scolaires, mais également aux entreprises, et que les bienfaits de la lecture ne se limitent pas au cadre de l'apprentissage.
Allons plus loin...pourquoi pas aux grandes associations ? aux centres aérés ? aux maisons de retraite ? aux centres sociaux, associations et bénévoles qui diffusent accompagnement à la scolarité, apprentissage du français ou autres, etc..,  

Une réflexion sur le monde associatif et le bénévolat
Une lettre adressée au ministère de la culture par Olivier Delahaye, restée sans réponse - rien d'étonnant, pourquoi prendre exemple sur ce qui se fait ailleurs et qui réussit ! - celui-ci s'est adressé à l'Académie Française où il a rencontré un vif succès, notamment auprès d'Erik Orsenna et Daniele Sallenave. C'est à partir de là qu'est née l'association et que des contacts ont été pris avec des proviseurs de lycées.

La réflexion qui m'est venue est celle-ci :
Pourquoi fait-on grand cas d'une initiative (rapportée par de nombreux médias) qui devrait figurer parmi les consignes incontournables du ministère de l'Education Nationale, au vu du constat récurrent de la désaffection des enfants et ados pour la lecture et de l'importance de l'illétrisme en France (7% de la population âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France, soit 2.500.000 personnes en métropole) ? Dans un autre domaine cela me rappelle les paroles, sans doute un peu provocatrices, lancées par Michel Onfray, après les premiers attentats terroristes à Paris. Il s'élevait contre le fait qu'à l'école, on délaissait l'apprentissage de la citoyenneté et des valeurs républicaines au profit de l'apprentissage du tri sélectif ! Ceci était une boutade, bien sûr, mais qui soulignait les choix opérés par les pédagogues de tout poil du ministère de l'Education Nationale, au détriment des "savoirs de base" réclamés par la grande majorité de la population....et des candidats aux élections !

Fort heureusement,  le monde associatif est là, qui répare, pallie, prend des initiatives, dénonce, intervient aux côtés des pouvoirs publics ou de manière autonome et apporte chaque jour la confirmation de l'importance grandissante des actions de la société civile qui "prend les choses en main".

En allant plus loin, les associations ne sont résolument plus les œuvres de bienfaisance telles qu'elles apparaissaient, pour certaines, il n'y a pas si longtemps. Elles deviennent de plus en plus un moyen d'expression démocratique dans la mesure où elles apportent une "connaissance du terrain" dont se targuent à tort la plupart de nos politiques !
En jouant ce rôle d'intermédiaire dans le jeu et l'expression démocratiques, les associations deviennent des acteurs incontournables de notre société en intervenant dans les secteurs délaissés

.....et pour qu'une association grandisse et prospère, il lui faut de plus en plus de bénévoles !

Louise Forestier





09 mars 2017

Trouvez Lulu !

Rien ne va plus !
Vous êtes en conflit ouvert avec une armoire soit disant facile à monter, votre maison a besoin d'un grand coup de ménage, vous êtes découragé(e) devant le fastidieux nettoyage des vitres, mais il faut faire quelque chose car elles sont tellement sales que le temps paraît éternellement gris, personne pour aller chercher Jules à l'école le mardi soir, Mathilde a besoin d'un petit coup de pouce en maths, votre ordinateur montre des signes de faiblesse, vous avez envie de faire la grasse matinée et d'éviter l'incontournable corvée des courses du samedi matin, le chauffe-eau "fait tout sauter" dès qu'on le met en marche, l'évier fuit, vous devez déménager un canapé sans ascenseur, les tringles à rideau du salon sont achetées depuis près de trois mois mais elles ne sont toujours pas fixées, votre voisin est un vieux monsieur qui croule sous les paperasses à remplir pour obtenir une aide à domicile, vous avez une robe que vous adorez qui aurait besoin d'un petit coup de jeunesse .....et bien d'autres choses du quotidien qui vous font rêver d’une fée (ou d’un lutin) qui viendrait à votre secours…

Pas de panique, Lulu est là...
"Lulu dans ma rue" est une "conciergerie" de quartier dont l'idée revient à Charles-Edouard Vincent, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées et diplômé de Stanford,  qui a décidé de se consacrer à des projets relevant de l'économie sociale et solidaire.
C'est lui qui, avec l'appui de Martin Hirsch, alors directeur général d'Emmaüs, a créé "Emmaüs Défi", une association qui tente de redonner espoir aux sans abris en leur proposant une réinsertion par le travail. Nous lui avions consacré quelques lignes dans un article sur le prix Reporters d'Espoirs. Egalement un article de Youphil qui retrace son parcours.

"Lulu dans ma rue" existe depuis 2015 et a pour vocation de générer de l’activité économique à l’échelle locale, tout en redynamisant le lien social dans le quartier. « Lulu dans ma rue », ce sont des kiosques auprès desquels on trouve tous les services dont on peut avoir besoin dans la vie quotidienne, allant du bricolage au soutien scolaire, en passant par le dépannage informatique, les livraisons, la fourniture de "gros bras", etc...tout un panel de services assurés par des "lulus", au prix de 5 à 20 euros par demi-heure

Aujourd'hui il existe deux kiosques dans Paris. Un à Saint-Paul, le second dans le 17è arrondissement. Grâce à une convention signée avec la Ville de Paris, d'autres sont prévus dans le courant de l'année 2017 (dans les 14ème, 15ème, 18ème et 20ème arrondissements)
Voulant en savoir plus, je me suis rendue au kiosque de Saint-Paul, après avoir
pris rendez-vous avec Alexandra qui m'accueille, ainsi que Marianne, super concierge affectée ce jour là à la tenue du kiosque.

Une cafetière est à la disposition des passants ainsi qu'une table et deux chaises pour se reposer un peu,  et un "bac à livres" où l'on peut se servir et/ou déposer un livre qu'on a lu et que l'on veut partager. Le kiosque est aussi un lieu de rencontre, un lieu de ralliement des lulus, de centralisation des demandes.
Un mot sur Alexandra : elle est étudiante à Paris Dauphine et a décidé de prendre une année de césure entre sa première et sa deuxième année de master Marketing afin de s'immerger dans le monde de l'économie sociale et solidaire, domaine qu'elle a résolument choisi comme cadre professionnel.

Des demandes parfois insolites
Si les prestations de bricolage, ménage, repassage, couture, port de charges lourdes, soutien scolaire, garde d'enfants et dépannages informatiques forment le noyau dur, on trouve tout un tas de "services" aussi inattendus qu'utiles pour les demandeurs : Une maman enceinte, très fatiguée, a fait venir un Lulu pour qu'il monte une construction en lego avec son enfants, une vieille dame cherchait un joueur de cartes, une dame avait repéré une paire de chaussures à sa taille la veille des soldes mais ne pouvait pas se déplacer…

"On peut demander quasiment tout ce que l'on veut, la seule limite étant l'imagination de nos clients", précise Alexandra. C'est tout dire !


On fait comment ?
Il suffit de faire la demande auprès du concierge de quartier dans le kiosque, sur le site ou par téléphone. On crée un compte client et on paie directement la prestation auprès du Lulu qui la fournit. Une facture est ensuite adressée au client.

Un grand nombre de prestations bénéficient d'une déduction fiscale au titre des services à la personne.

Il faut enfin préciser que des kiosques à journaux répartis dans le quartier, constituent des "points relais Lulu" qui peuvent enregistrer des demandes d’intervention.

Des Lulus compétents et dignes de confiance
Ne devient pas "Lulu" qui veut ! Il faut présenter un réel talent, une compétence confirmée dans un domaine donné. Des rencontres sont organisées chaque semaine par des membres de l'équipe avec les candidats "Lulus" afin de leur présenter l'organisation et le fonctionnement...5 à 10% de ceux qui contactent sont retenus chaque semaine.
Un entretien individuel permet ensuite d'affiner les candidatures (conditions d'intervention, disponibilités…), et de tester la motivation. Qualités humaines et compétence sont les deux exigences incontournables fixées par l'équipe.
Un coaching est prévu pour chaque Lulu qui débute (accompagnement dans les premières interventions, formation à la relation clientèle, formations techniques...). Les plus anciens forment les nouveaux et une chargée d'insertion professionnelle est à la disposition des Lulus qui souhaitent de l'aide pour la construction de leur parcours pour la suite.
Chaque Lulu est micro-entrepreneur. La structure s'occupe de toutes les démarches et assure le suivi de l'activité (en émettant les factures notamment) ainsi que les déclarations obligatoires. Un contrôle qualité est exercé après chaque intervention. Les Lulus sont motivés à 100%, déclarés, assurés et formés.

Et si aucun Lulu n'est en mesure de fournir une prestation (opération trop lourde, compétence inexistante ou insuffisante...) ? Pas de problème. Lulu a une solution au sein d'un réseau d'artisans du quartier avec lesquels les Lulus travaillent main dans la main. C'est notamment le cas des interventions de serrurerie dans le quartier Saint Paul.

Qui sont-ils ?
150 Lulus interviennent depuis janvier 2017 dans tout Paris, avec une forte activité dans le centre. Leur nombre s’accroît régulièrement
On trouve parmi eux des retraités désireux d'améliorer leur revenu et de maintenir un lien social, des étudiants, des bénéficiaires du RSA, des actifs et des chômeurs pour lesquels être Lulu constitue un projet de ré-orientation professionnelle, un tremplin de réinsertion, une solution d'attente qui redonne confiance.

Une équipe d'animation soudée, une ambiance de quartier
Une vingtaine de salariés et de bénévoles assurent le pilotage de l’activité (administration recrutements…). Leur moyenne d'âge est d'environ 30 ans. Parmi eux, les concierges qui se relaient pour tenir les deux kiosques ouverts tous les jours sauf le dimanche.

Chaque mois, au cours d’un « apéro Lulu » ou d'un "déjeuner Lulu" l'équipe et les Lulus se retrouvent pour capitaliser les expériences, s’échanger des conseils, analyser les difficultés rencontrées.




Une fois par mois, également, est organisé
un "apéro de quartier" avec tous les Lulus et les habitants. Ayant été gentiment invitée par Alexandra, j'ai pu apprécier l'ambiance bon enfant, chaleureuse et joyeuse, grâce aussi à la présence d'un duo de bossa nova.

Des chiffres
A ce jour,9500 clients ont eu recours à Lulu, 17.850 interventions ont été réalisées, un taux de satisfaction de 98%, 400 demandes officielles d’ouverture de conciergeries de quartier « Lulu dans ma rue », en France et à l’étranger….C’est ça, Lulu !


Pour en savoir plus  et notamment sur la diversité des services proposés

 Un dernier scoop : depuis quelques jours, une "Lulumobile"   parcourt Paris pour faire connaître "Lulu dans ma rue" et stationne ponctuellement pour répondre aux questions des passants et prendre éventuellement des commandes



Merci à Alexandra qui a eu la gentillesse et la patience de répondre à mes questions !

Bravo, une fois encore à cette jeune génération qui s’engage, entreprend, et a résolument décidé de ne pas céder à la sinistrose et à la résignation.

"Lulu dans ma rue" répond à un vrai besoin ! C’est véritablement une belle aventure !



Louise Forestier