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19 décembre 2018

Bénévolat : des domaines et des degrés d'implication très variés



    43 % d'adultes pratiqueraient en France une activité bénévole, soit quasiment 22 millions de personnes de 18 ans et plus ! Cette estimation émane du Centre de recherche sur les associations, qui a réalisé une enquête en juin 2017 avec l'institut de sondage CSA auprès de 5039 majeurs. Très impressionnant, ce résultat ne tient pourtant compte que du seul bénévolat formel, c'est-à-dire celui qui est effectué dans le cadre d'une organisation (associative ou pas). 
   Donnant de leur temps à un ou plusieurs organismes – le tiers des répondants déclarent au moins 2 participations différentes –, les bénévoles s'investissent dans des domaines variés. Le taux de participation le plus élevé (13,2 %) est observé dans la défense de droits, de causes et d'intérêts, souligne l'économiste Lionel Prouteau, responsable de cette recherche. Suivent l'action sociale et caritative (11,5 %), les loisirs (10 %), le sport (9,8 %), la culture (6,8 %), puis l'éducation et la formation (3,4 %). En queue de peloton : la santé (2 %) et le développement économique et local (0,7 %).

Le bénévole sportif et la bénévole d'action sociale et caritative

    Sous l'angle des champs dans lesquels ils s'engagent, il y a des différences nettes entre les bénévoles hommes et femmes. Tous domaines confondus, les hommes ont une propension à pratiquer le bénévolat supérieure à celle des femmes, explique Lionel Prouteau. "Mais, c'est avant tout le fruit de la forte participation masculine au bénévolat sportif", précise-t-il (14 % d'hommes et 6 % de femmes). Les hommes s'investissement également plus que les femmes sur le terrain des loisirs (11 % contre 9 %). C'est le contraire qui est observé dans le secteur de l'action sociale et caritative (13 % de femmes et 11 % d'hommes), ainsi que dans celui de l'éducation et de la formation (4 % de femmes, 2 % d'hommes). En revanche, il n'y a pas de différence notable entre les sexes pour ce qui est de l'investissement dans la défense de droits, causes et intérêts, dans la culture ou dans la santé.
    S'agissant de la répartition des intéressés selon l'âge, ce sont les moins de 45 ans chez qui le taux de participation au bénévolat sportif est le plus élevé, alors que le bénévolat d'action sociale et caritative atteint son maximum chez les 55-75 ans. C'est aussi chez les seniors que la défense des droits, causes ou intérêts est la plus forte. "Dans les autres domaines, aucun effet d'âge n'est évident", souligne Lionel Prouteau.
   Tous secteurs confondus, l'enquête met par ailleurs en lumière deux caractéristiques communes aux bénévoles : d'une part, une augmentation des taux de participation avec l'élévation du niveau de diplôme (sauf en ce qui concerne le bénévolat dans le domaine des loisirs) ; d'autre part, une plus forte pratique du bénévolat chez celles et ceux qui, lors de leur adolescence, avaient au moins un parent bénévole. Il y a parmi eux 59 % de bénévoles contre 37 % dans la population qui n'a pas eu cet exemple familial sous les yeux, ce qui "suggère nettement un phénomène de transmission intergénérationnelle des dispositions à s'engager", fait observer Lionel Prouteau.


Une minorité de gros contributeurs

    Les bénévoles consacrent en moyenne 100 à 111 heures par an à leur activité volontaire non rémunérée, mais pour la moitié d'entre eux, la durée ne dépasse pas 45 à 50 heures. En fait, une grande majorité du volume global du bénévolat est assurée par une minorité de pratiquants. Le tiers des plus gros contributeurs – parmi lesquels plus d'hommes que de femmes – est à l'origine de plus de 80 % du volume du bénévolat, tandis que l'apport du tiers des plus modestes n'en représente qu'entre 2 et 3 %. Cela relativise nettement l'indicateur établi en termes de taux de participation ou de nombre de bénévoles, note le responsable de l'étude. En effet, si le taux de participation bénévole calculé sur la population de 18 ans et plus est de 43 %, c'est moins de 15 % de cet effectif de référence qui réalise 83 à 84 % de l'ensemble du travail bénévole. 

Caroline Helfter

Voir Le bénévolat en France en 2017, état des lieux et tendances (octobre 2018), synthèse de l'exploitation de l'enquête Centre de recherche sur les associations-CSA (Synthèse-EnqueteCRA-CSA.pdf)



28 décembre 2017

L'épanouissement au coeur des engagements étudiants

S'épanouir sans être égoïste, servir l'intérêt général sans se sacrifier sur l'autel du militantisme, telle est la philosophie de l'engagement étudiant dégagée, dans sa thèse de sociologie, par Claire Thoury, déléguée générale du réseau Animafac.


Ce travail que l'intéressée a présenté le 6 décembre, lors de la soirée Paris Je m'engage organisée par et à la Mairie de Paris, s'appuie sur une soixantaine d'entretiens auprès d'étudiants engagés dans des structures associatives (étudiantes ou pas), des syndicats étudiants, des partis politiques, ou dans le mouvement social Nuit debout, ainsi qu'auprès d'anciens étudiants engagés afin de savoir comment les mobilisations s'inscrivent dans la durée. 

"Faut le vivre, c'est dingue ! Je n'ai jamais l'impression de travailler, je m'amuse, je joue un jeu", s'ébahit Anthémios, membre d'une Junior-Entreprise, association étudiante à vocation économique et pédagogique. Léa, quant à elle, déclare que son engagement lui a permis d'être "embarquée dans un tourbillon de bonheur". Investie dans une association consacrée au développement durable, la jeune femme s'est "rendu compte que les gens de l'asso, ce sont vraiment (ses) amis. Je fais l'asso encore plus pour les voir que pour faire des projets finalement", confie-t-elle. Pour Paul, impliqué dans l'organisation d'un festival de musique, c'est  "l'impression d'être utile" qui renforce son plaisir à agir. 

"Il n'y a jamais aucune référence au devoir ou au sacrifice dans le discours des étudiants", commente Claire Thoury. Quel que soit le projet, l'enjeu de l'épanouissement ne peut être ignoré ni minimisé. La cause importerait-elle peu, pourvu qu'on ait l'ivresse ? Pas du tout, réagit immédiatement la chercheure, "le projet est fondamental", mais on ne s'engage pas uniquement pour lui. L'engagement des étudiants témoigne d'une "articulation très subtile entre quête de sens et quête d'épanouissement".

Dans les modèles classiques de militantisme, l'association des individus qui s'engagent dans une structure fait masse et la masse crédibilise la cause et le projet. On était sur la figure d'un militant qui adhère à une grande organisation avec des consignes précises pour défendre les idées que celle-ci porte. Aujourd'hui, ce sont les engagés qui font la ligne et le jour où elle ne leur convient plus, ils s'en vont. Pragmatique, l'étudiant engagé n'est plus prêt à sacrifier son épanouissement au profit d'une cause ou de la structure. Cela ne retire rien à l'intensité de l'implication, qu'on la mesure au temps passé à la réalisation d'un projet, aux attentes vis-à-vis de celui-ci, ou à la façon dont l'engagement se diffuse dans toutes les sphères de la vie des engagés. Par delà leur diversité, les engagements des étudiants contemporains ont en effet en commun le fait d'être particulièrement intenses, note la chercheure.

"Outil de subjectivation, réponse aux épreuves identitaires, expérimentation du politique, rite initiatique non organisé de passage à l'âge adulte, moyen de s'émanciper d'un système éducatif rigide", l'engagement occupe une place centrale dans l'existence des étudiants jusqu'à devenir un élément constitutif de leur identité, souligne Claire Thoury. Cette expérience structure durablement la vie des individus. Ainsi, les anciens étudiants estiment que, s'ils ne s'étaient pas engagés, leur vie présente serait différente tant au plan privé que professionnel, ainsi qu'en termes de valeurs, de rapport aux autres et à eux-mêmes.


                                                                              Caroline Helfter

26 mai 2017

Bénévolat : des initiatives, des idées, de nouvelles dispositions ....

Pour attirer de nouveaux bénévoles...

On reparle du  bénévolat et des aides publiques
Souvenez-vous, dans le département du Haut-Rhin présidé par Eric Straumann, la Justice avait annulé un arrêté qui soumettait le versement du RSA à l'accomplissement de quelques heures de bénévolat. L'interdiction ouvrait cependant la possibilité de contournement en incitant les allocataires à "signer un contrat d'engagement réciproque" (CER), ce qui a été fait dans tout le département du Haut-Rhin. Ceci ne supprime pas le versement du RSA aux allocataires non volontaires, mais beaucoup d'entre eux comprennent l'intérêt qu'un tel contrat présente en vue d'une réinsertion. Leur allocation est alors suspendue en cas de non respect de l'engagement.
- A Ligny en Cambrésis, et toujours sur la base du volontariat, on aide financièrement les jeunes au RSA à passer leur permis de conduire en échange de 7 heures de travail bénévole. On les aide également à obtenir le BAFA en finançant 45% du coût de la formation
- A Neuville en Ferrain (Nord), toujours en direction des allocataires du RSA,la mairie a lancé des "cartes de bénévolat" qui accordent à leurs bénéficiaires, en échange de quelques heures de bénévolat, des tarifs réduits aux manifestations culturelles municipales
- A  Estaires (Nord), des chômeurs travaillent pour leur mairie. L'un d'eux, au RSA, confie "Au moins, on bouge, on se lève pour quelque chose. Pour moi, le RSA c'est de l'assistanat"
- A Chaumes en Retz, la mairie paie une partie du permis de conduire en échange de bénévolat au sein d'associations partenaires.
- A Stains, près de Paris, la municipalité a mis sur pied un programme,  il y a quelques années, en réservant un budget annuel de 99.000 euros (valeur 2017) afin de "favoriser la réussite éducative des jeunes stanois".Moyennant la signature d'un "contrat local étudiant" (CLE), des étudiants reçoivent une aide allant de 1500 à 2500 euros par an, en échange de 40 ou 80 heures de bénévolat réparties sur un an. Pour l'année 2016/2017, 57 étudiants bac+3 ont ainsi bénéficié de cette aide

Associer une aide  publique à l'exécution volontaire de quelques heures de bénévolat est donc une idée qui fait son chemin. Il y a longtemps que la plupart des pays européens ont mis en place des dispositifs similaires, sans que le volontariat soit toujours de mise ! Le dogmatisme, l'idéologie, n'ont pas lieu d'être lorsqu'il s'agit d'œuvrer pour l'insertion, l'intégration ou l'apprentissage de la citoyenneté.

Enfin, une information trouvée au hasard d'une navigation sur le net, nous emmène plus loin vers le Canada, pays où le bénévolat est largement développé et élevé au rang d'une véritable institution. En effet, à partir du 1er juillet prochain, les habitants du Saskatchewan (province de l'Ouest canadien) ne pourront plus, pour des raisons financières évoquées par les autorités de la province,  effectuer de bénévolat auprès d'organismes communautaires en rémunération d'amendes pour excès de vitesse ou stationnement illégal. Cette décision provoque un tollé parmi les associations d'aide aux plus démunis qui ne trouvent pas de volontaires ! Elle supprimerait 15.000 heures de  bénévolat, entraînant pour la banque alimentaire, par exemple, l'obligation de revoir son programme à la baisse.

Une initiative pour susciter des bénévoles
Une autre initiative a retenu mon attention, sans qu'il soit question d'un quelconque accord "donnant donnant".
A Villeneuve d'Asq, deux bénévoles ont créé "HelpAssos", une association qui met en relation des bénévoles de la région avec des associations, à l'occasion d'évènements ponctuels organisés par celles-ci. "On s'est tous déjà dit un jour qu'on voulait faire du bénévolat sans vraiment en avoir le temps...et que de nombreuses associations manquaient parfois de bras pour leurs actions" (François Richaud, président)..."C'est un peu l'idée d'un  bénévolat à la carte" (Isabelle Beaumadier, vice présidente)

Un congé d'engagement
 
Il s'agit d'un congé créé par la loi Egalité et Citoyenneté du 27 janvier 2017, qui permet à des bénévoles de s'engager davantage en facilitant l'exercice de responsabilités et ainsi de concilier leur engagement avec une vie professionnelle
Pour en savoir plus

Des heures de bénévolat associatif contre des heures de formation
 
Depuis le 1er janvier 2017, le Compte d'Engagement Citoyen, issu de la loi Travail, permet d'inscrire les heures de bénévolat assurées dans une association et de "gagner" ainsi des heures de formation créditées au Compte Personnel de Formation
Petit rappel dans ce dédale administratif cher aux français :
Le Compte Personnel d'Activité (CPA) regroupe, au sein d'un même compte, l'ensemble des droits sociaux de chaque personne afin de sécuriser son parcours professionnel.
Le CPA est constitué :
  • du compte personnel de formation (CPF) ;
  • du compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P) ;
  • du compte d’engagement citoyen (CEC) destiné à transcrire en droits à la formation les activités bénévoles réalisées dans le secteur associatif reconnu d’utilité publique ou le service civique.
Le compte d’engagement citoyen récemment mis en place, recense les activités bénévoles ou de volontariat (service civique par exemple)de son titulaire. Il permet notamment d’acquérir des heures inscrites sur le compte personnel de formation à raison de l’exercice de ces activités.
La durée minimale varie selon l'activité. Par exemple, six mois continus de service civique ou 200 heures de bénévolat associatif dont 100 heures dans la même association, donnent droit à 20 heures de formation

Mais ce dispositif n'est ouvert, pour le moment, qu'aux volontaires siégeant dans l'organe d'administration ou de direction de l'association. D'après le Ministère du Travail, 100.000 bénévoles devraient ainsi bénéficier du CEC en 2017.
Si l'ONG Planète Urgence salue ce "début de reconnaissance formelle de l'engagement citoyen dans le cadre du travail", bon nombre d'acteurs du secteur associatif déplorent le fait qu'une grande partie des bénévole restent exclus.

Mais selon le gouvernement "couvrir tout le monde, ce n'est tout simplement pas envisageable financièrement"

Affaire à suivre...

Pour ceux que le sujet intéresse, voir le portail internet CPA : https://www.moncompteactivite.gouv.fr/

                                                                          Louise Forestier

12 novembre 2016

Agir hors du cadre d'une association "classique" : quels enseignements en tirer ?

C’est un phénomène qu’il faut prendre en compte, l’engagement dans le cadre de groupements informels (coordinations éphémères, collectifs, groupements locaux de jeunes…) se développe. Vient-il bousculer le paysage associatif ?

Qu’en est-il exactement ?
Ces dernières années, l’explosion de collectifs de jeunes comme Génération précaire ou Jeudi noir est venue remettre en cause les modes de militantismes traditionnels à travers la mise en place d’organisations informelles, plus basées sur la camaraderie que sur des structures constituées et utilisant des modes d’intervention dans l’espace public spectaculaires et très médiatiques. 
Le succès de ces actions a interpellé les associations « traditionnelles » dont certaines ont dû réviser leurs pratiques afin de ne pas prendre un grave « coup de vieux » face à ces jeunes collectifs qui pouvaient, dans certains cas, mobiliser bien plus efficacement sur leurs causes.

Jacques ION, sociologue (1),  voit dans la montée de l’individualisme tant décriée, une source d’engagement sous des formes très diversifiées, qu’il faut appréhender autrement que selon les modèles d’organisation et de représentation traditionnels. Alors… « Vive l’individu autonome et affranchi ! » Et, « plus l’individuation s’approfondit (autonomisation), plus le souci du collectif devient impérieux. Le souci de soi  n’est pas contradictoire avec aller vers autrui. »

Collectifs et coordinations plutôt qu'associations traditionnelles ?
A l’appui du constat d’une attirance mitigée, chez bon nombre de jeunes, pour des organisations trop structurées, Cécile Coumau, coauteure de l’ouvrage collectif «  Bénévoles et vous ? »(2) relate comment Léa, une jeune bénévole de 25 ans militante à Génération précaire, un groupement se battant contre
l’exploitation des stagiaires, a fait le choix d’actions qui aillent vite. Elle s’est ainsi tournée vers ce collectif car en trois ou quatre jours dit-elle, on montait une opération. Selon la journaliste, ces structures relèvent plus de la « bande d’amis » que de l’association et leur aspect quelque peu déstructuré attire ces jeunes en quête de réinvention du bénévolat et moins « formatés » que les adultes.

Une nouvelle manière de militer « en s’amusant » et en utilisant des 
modes de mobilisation spectaculaires 
Même si, comme le dit C. Coumau, les causes défendues par ces collectifs ne prêtent pas vraiment à rire : les loyers excessifs pour Jeudi noir, les prix trop élevés de la grande distribution pour L’Appel et la Pioche, les salaires trop élevés des riches pour Sauvons les riches, La France qui se lève tôt en réaction à la campagne de Nicolas Sarkozy, ces jeunes ont choisi de « revendiquer en s’amusant ». Ainsi, Jeudi noir « déclenche des fêtes éclairs avec déguisement, musique et cotillons lors de la visite d’une appartement », Génération précaire submerge les entreprises de candidatures de stagiaires fictifs…

Ces groupements font appel à une sociabilité à base de fêtes, festivals et rencontres informelles très majoritairement animés par des jeunes. Ainsi les sit-in, marches et ateliers d’expression pour les « Indignés ».

Et force est de constater que ces organisations savent remarquablement occuper l’espace public grâce à des modes de mobilisations novateurs et à fort impact médiatique. Les nouvelles technologies de la communication permettent en effet de leur donner une audience inégalée, sans rapport avec le nombre de manifestants qu’elles peuvent mobiliser en comparaison avec les organisations traditionnelles et leurs grands défilés classiques de rue, considérées comme quelque peu désuets. Un exemple en est la flashmob, entendez « manifestation éclair » qui consiste à réunir le maximum de personnes dans un espace public « pour y accomplir des actions convenues d’avance et se disperser rapidement » nous décrit Coumau. Des actions qui relèvent plus du « street art » que de la manifestation en faisant par exemple appel à des danseurs étoiles de l’Opéra…


Et ces actions, même s’il y a des prédécesseurs comme Greenpeace ou Act Up, ont un impact politique si l’on veut bien considérer que des personnalités politiques se montrent aux côtés de Génération précaire qui est maintenant un interlocuteur à part entière et qui, malgré sa faible structuration, n’a pas du tout connu une existence éphémère et compte toujours pleinement, des années après sa création. 

Le militantisme traditionnel, interpellé sur ses pratiques
L'article d'Ariane Dollfus, également coauteure du livre "Bénévoles et vous ?", qui relate comment l'irruption du collectif Don Quichotte est venue secouer le milieu associatif "traditionnel" de laide aux mal-logés, montre bien comment ces nouvelles pratiques peuvent amener les acteurs traditionnels à renouveler leurs méthodes. En ayant choisi comme action spectaculaire, en décembre 2006,de planter une centaine de tentes rouges en bordure du canal Saint-Martin à Paris, ce collectif a provoqué un retentissement médiatique tel qu'il s'est imposé dans le paysage du militantisme contre le mal-logement.

De ce fait dit-elle, les acteurs traditionnels ont été amenés à se « réveiller » par exemple en se fédérant alors que jusqu’ici ils fonctionnaient de manière très cloisonnée, et changer leurs pratiques à l’égard des SDF dont beaucoup étaient très critiques envers ces associations caritatives classiques, se plaignant en effet d’être assistés sans vraiment avoir leur mot à dire alors que les nouveaux acteurs privilégiaient l’écoute et la prise en compte de leurs points de vue pour définir les prestations les concernant.

Le collectif Jeudi noir a également été un aiguillon pour pousser les associations classiques à renouveler leur discours. Créé par des étudiants mal logés en 2006, ce collectif, constitué uniquement de jeunes dans ce cas a pratiqué le squat « dans un souci d’efficacité médiatique » mais sur un ton beaucoup plus percutant que celui des grands acteurs traditionnels avec cinquante ans d’existence dont il reprochait le ton misérabiliste. Et ces collectifs ont parfois influencé les grandes associations si l’on prend l’exemple de la création au sein d’Emmaüs France de la branche « Emmaüs Défi » qui a proposé une approche plus adaptée aux publics en grande difficulté.

«Ces collectifs sauvages ne seraient-ils pas en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire du bénévolat ? » se demande Cécile Coumau. Il n’est pas du tout certain que les nouvelles formes d’engagement soient exclusives des anciennes car, dans certains secteurs les structures traditionnelles coexistent avec ces jeunes collectifs ou adoptent des  pratiques innovées par les collectifs et mouvements « informels » Et si l’on considère le cas de la jeune Léa, après avoir fait ses premières armes de bénévole à Génération précaire, elle a choisi de rejoindre Amnesty international. Une trajectoire intéressante entre deux formes de militantisme relativement différentes mais complémentaires en somme ?

Et les associations "traditionnelles" ?
On aurait pu craindre, d’une part,  une désaffection des jeunes pour les associations et d’autre part, des associations de plus en plus composées de seniors. Il n’en est rien. La dernière étude réalisée par Recherches et Solidarités sur le bénévolat en 2016, montre que le nombre de jeunes engagés dans une association, augmente, mais que par contre, l’engagement des seniors diminue, ce qui inquiète le monde associatif.

Ne peut-on dire enfin que ces nouvelles formes d’action relèvent davantage du champ politique, que purement associatif, qu’elles sont davantage la traduction d’un refus de s’engager au sein d’un parti politique, un refus du discours politique politicien tout simplement. Le mouvement « Nuit debout » en est, semble-t-il, la traduction.


Information de dernière minute : un nouveau "collectif" féministe vient de se constituer, imitant en cela les féministes islandaises. Lundi 7 novembre, il invitait les femmes à cesser le travail à partir de  16h34, heure au-delà de laquelle, en  moyenne, les femmes travaillent bénévolement par rapport à leurs collègues masculins qui gagnent en moyenne 15% de plus qu'elles ! Une forme originale pour frapper les esprits sur un problème récurrent.


Sources :
(1)Jacques ION : "S'engager dans une société d'individus" (Armand Colin, 2012)
(2)"Bénévoles et vous", ouvrage collectif dirigé par Anne Dhoquois et préfacé par Stéphane Hessel (Editions Autrement, 2011)


                                                          Bernard Grozelier, Louise Forestier

25 août 2016

Le monde associatif et bénévole en France et aux Etats-Unis : deux idéologies ?

Si l’on examine quelques éléments de littérature comparative sur la question, deux courants de pensée semblent se dégager.
D’un côté ceux qui considèrent que le bénévolat et l’engagement associatif s’opposent au modèle américain basé sur la prédominance du tiers-secteur (associations….) et de la société civile sur l’Etat, avec une référence centrale au philosophe politique français Alexis de Tocqueville qui a décrit et analysé le fonctionnement de la démocratie américaine qui laisse une grande place à l’initiative privée, le modèle français se référant au contraire à la conception d’un « Etat providence » prenant en charge les besoins des citoyens.

D’un autre côté, certains pensent au contraire que cette différence est toute relative et  que l’évolution contemporaine (crise économique et financière) rapproche de toute manière le tiers-secteur français du modèle américain.

Ce débat n’est pas seulement d’ordre académique car en France la crise induit chez certains la crainte que le recours au bénévolat ne soit une manière non avouée de substituer les associations à l’Etat Providence dans certaines de ses prérogatives. Le rejet du « communautarisme » prédispose à une méfiance envers le modèle d’engagement américain faisant une large place aux communautés.

L’idée qu’il existe deux modèles américains et français bien différents se cristallise autour de la référence à Alexis de Tocqueville qui a étudié la démocratie américaine ainsi que les institutions nées de la Révolution française, mais emprunte aussi à nos histoires respectives.

Ainsi, selon Maud Simonet, auteure de « Le travail bénévole, engagement citoyen ou travail gratuit ? » qui fait à cette occasion une étude comparative sur le bénévolat en France et aux Etats-Unis, Tocqueville est constamment invoqué par les chercheurs, mais aussi les responsables associatifs et les politiques américains. Cette référence est, selon elle, à l’origine de la description de l’Amérique comme une « nation d’associés » où le bénévolat se développerait de façon « spontanée » dans l’espace laissé libre par l’État, dans un rapport de substitution avec lui dans la mesure où la pratique bénévole serait indépendante, d’origine privée et a-étatique. Les groupes bénévoles « surgiraient spontanément »,  afin de prendre en charge un problème en dehors des politiques.

Cette référence à  Tocqueville est reprise aussi par des américanistes, chercheurs mais aussi politiques français pour opposer des modèles français et américains de bénévolat. Alors qu’aux Etats-Unis la pratique bénévole serait « développée, reconnue, valorisée » parce que partie intégrante de la tradition démocratique, elle-même liée au principe de liberté individuelle et de  méfiance à l’égard de l’Etat qui ont sous-tendu la détermination des « pères fondateurs » pour une société plus libre, la France serait un contre-modèle avec une pratique bénévole peu reconnue, peu encouragée et ne s’intégrant pas véritablement dans une culture politique faite de fort recours à l’État. Mais il est vrai que la Révolution française et l’apparition de l’État Providence de type universaliste n’ont pas forcément favorisé le secteur philanthropique. La Révolution en effet a perçu celui-ci comme une influence extérieure qui venait s’interposer entre l'Etat et le citoyen et s’est employée à réduire les corps intermédiaires (corporations..) dont il fallait se méfier par crainte d’un contre-pouvoir, ne reconnaissant de rôle représentatif qu’à l’État. Quant à la fourniture de services sociaux par le tiers-secteur elle était, jusqu’à une certaine période au moins, très dépendante de l’État Providence financièrement et en matière de tutelle.

Si l’on considère les liens entre les pouvoirs publics et le monde associatif, de notables différences se dégagent entre les exemples américains et français qui ne manquent pas d’interpeller la culture politique française.

En France, l’idée que les associations puissent suppléer l’Etat Providence face aux limites financières qu’il rencontre, ne va pas sans provoquer des débats. Le 5 février 2016, le Conseil départemental du Haut-Rhin approuvait« "le principe d'instaurer un dispositif de service individuel bénévole que pourraient effectuer les  bénéficiaires du RSA" en exigeant d’eux d’effectuer 7 heures de bénévolat par semaine. Il s’agissait, selon son président Eric Straumann de  « faire passer les allocataires du statut d’usager à celui de bénévole actif et reconnu". Mais la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine a réagi en affirmant « qu’il n’est pas possible de conditionner le versement du RSA à l’exercice du bénévolat" et que « les devoirs liés à l’obtention d’une allocation sont définis nationalement ».

S’agit-il d’une tentative de « remise au travail des citoyens » via le volontariat et le bénévolat comme le pense Simonet qui considère qu’en France comme en Amérique, l’Etat utilise l’engagement associatif pour servir ses objectifs en matière de politique d’emploi sous couvert d’appel à la citoyenneté ? En Amérique, l’encouragement du bénévolat et du volontariat pour lutter contre le chômage ou d’autres problèmes sociaux est plus courant et se matérialise au travers de programmes tout à fait publics comme celui de la Corporation for National Service, l’AmeriCorps  ou le Citizen Corps qu’avait créé le président Georges W. Bush pour aider à réformer le système éducatif. En France, la promotion, par l’Etat, du volontariat des jeunes au travers de contrats faiblement rémunérés (Service civique ou autres….) fait poser à certains la question de savoir s’il ne s’agit pas là d’introduire des formes de travail sous-payées ou gratuites pour atténuer le coût financier de l’Etat providence ou masquer son échec en matière de lutte contre le chômage des jeunes

Un autre point à signaler est celui du caractère largement communautaire du bénévolat américain coexistant pleinement avec les formes d’engagement s’adressant à la société dans son ensemble sans que cela ne pose de graves problèmes de principes à la représentation que l’Amérique se fait d’elle-même en terme de citoyenneté. De fait, des communautés se construisent facilement aux Etats-Unis  souvent sur une base religieuse ou ethnique, qui vise le développement social, politique, culturel et économique du groupe en question, en insistant sur la responsabilité des membres. 

La culture française, en revanche, est très suspicieuse envers le « communautarisme » considéré par certains comme une restriction de la citoyenneté ou tout du moins un frein. Question particulièrement sensible aujourd’hui dans l’hexagone face aux problèmes d’intégration , entraînant la peur d’une segmentation de « l’unité nationale » dans des communautés particulières se réclamant de valeurs spécifiques.           
        
Mais selon certains cette différence entre deux modèles est toute relative et la question se pose aussi de savoir si la norme française d’associations ne se rapprocherait pas de la norme américaine particulièrement du fait de la crise de l’Etat providence 

Selon Maud Simonet toujours, cette opposition entre la France et les Etats-Unis suivant une lecture tocquevillienne qui ferait du bénévolat américain une émanation purement « spontanée » de la société civile est tout à fait critiquable et illusoire dans la mesure où il serait, aussi bien en Amérique qu’en France, fortement encouragé par l’État. Et il est vrai que de Herbert Hoover, dans les années 1920 à Bill Clinton, nombreux sont les présidents américains et d’autres responsables politiques qui ont publiquement appelé à l’engagement bénévole au nom d’une norme morale communautaire et citoyenne. En France, c’est sur le devoir d’utilité sociale que les pouvoirs publics interpellent les citoyens et cela explique, selon Simonet, 25 ans de rapports entre les pouvoirs publics et les associations pour la tentative d’élaboration d’une reconnaissance d’utilité sociale pour ces dernières. Reconnaissance attribuée par l’État.

Mais au-delà des oppositions théoriques, ne serait-ce pas à un rapprochement des normes françaises de gestion associative et bénévole sur les normes américaines auquel on assisterait ? En effet comme le souligne le Rapport de l’OCDE de 2003 « Le secteur à but non lucratif dans une économie en mutation », la crise des systèmes européens de protection sociale a entraîné depuis les années 1970 un regain d’intérêt envers les organismes du tiers-secteur et une mutation de leur gestion. Et cette mutation ressemble bien à un changement des modes d’organisations traditionnels des associations vers un fonctionnement plus « américain » si l’on veut bien considérer que le bénévolat se professionnalise, que les associations adoptent des modes de gestions inspirés en partie de l’entreprise privée avec un souci d’efficacité, d’innovation et que la baisse des financements publics les incitent à adopter une certaine démarche marketing dans leur collecte de dons privés. 

Au reste, si l’on en croit Olivier Zunz, américaniste et auteur de « la philanthropie en Amérique », c’est depuis le XIXème siècle, sous l’impulsion de philanthropes fortunés que les organisations sans but lucratif se sont inspirées de mode de gestion conforme à ceux de l’entreprise privée capitaliste classique avec un souci d’efficacité autant qu’un souci caritatif.  En France, ce rapprochement des modes de management est beaucoup plus récent, et, de ce point de vue, on peut parler d’une convergence des modes de gestion des associations françaises et américaines.

Mais si les modes de gestion se rejoignent, cela ne signifie pas, actuellement, un rapprochement idéologique. L’Etat-Providence est encore largement invoqué en France à l’occasion des grands débats, lorsqu’il est question de « privatiser » certains secteurs au sein des institutions d’enseignement, de santé, etc…
Aux Etats-Unis, à l’inverse, on se souvient de l’extrême difficulté à faire voter l’ « Obamacare » pour faire adopter une prise en charge par l’Etat d’un minimum de protection sociale pour le plus démunis.

Un mot, enfin, sur le regard porté par les sociétés américaine et française, sur le bénévolat et le volontariat

Alors qu’il est impensable pour un jeune américain de présenter un CV sans mention d’une activité bénévole, les recruteurs français ont été pendant longtemps réticents, et le sont encore pour une large part, estimant que le candidat pourrait avoir d’autres intérêts que l’objectif de l’entreprise et risquerait d’être moins disponible. Là  aussi, les choses évoluent, certaines grandes écoles valorisent le bénévolat dans le dossier d’admission et les entreprises commencent à admettre et reconnaître l’enrichissement en compétences que peut représenter une activité bénévole.



                                                                                      Bernard Grozelier        

29 mars 2016

Une activité bénévole pour les bénéficiaires du RSA ?


Une initiative qui a fait grand bruit
Le conseil départemental du Haut-Rhin a approuvé le 5 février dernier à l'unanimité (avec abstention de l'élue socialiste) "le principe d'instaurer un dispositif de service individuel bénévole que pourraient effectuer les  bénéficiaires du RSA" en leur imposant 7 heures de bénévolat par semaine. Il ne s'agit pour l'instant que d'une déclaration d'intention, à visée plus politique que juridique, les modalités de mise en œuvre ainsi que le périmètre opérationnel du dispositif restant à définir
A une question orale posée à l'Assemblée Nationale par Eric Straumann, député et président du conseil départemental du Haut-Rhin, sur le point de savoir si le gouvernement envisageait de déférer cette délibération devant le Tribunal Administratif, Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé a répondu :
« Dans votre délibération, vous faites allusion à de prochaines délibérations qui permettront de préciser la décision que vous avez prise. Donc, en tout état de cause, pour le moment, le gouvernement attend de voir quelles prochaines délibérations vous pendrez dans votre collectivité".
Cette réponse a pu être  interprétée dans un sens politique par certains, dont Eric Straumann, comme la manifestation d'un certain intérêt du gouvernement pour une réflexion sur une mesure de nature à constituer un atout supplémentaire pour une insertion des bénéficiaires du RSA.
Toutefois, la ministre Marisol Touraine s'est déclarée hostile à cette proposition, estimant qu'il était impossible de conditionner le versement du RSA à du bénévolat et qu'il soit interrompu pour ceux qui n'auraient pas effectué de bénévolat.

Ce qu'en pensent les associations
Du côté du monde associatif, cinq associations de défense du bénévolat (France Bénévolat, Passerelles et Compétences, Tous bénévoles, Pro Bono Lab et Benenova) rappellent dans un communiqué que "le bénévolat est une pratique libre et volontaire, non définie par la loi". De son côté le Mouvement associatif indique : « la bonne réponse ne se trouve pas dans une obligation punitive, mais bien plutôt dans une politique volontariste d'encouragement, de mise en relation, de facilitation : faire connaître les infinies possibilités du bénévolat, créer des espaces de rencontres adaptés, physiques ou numériques, entre associations et citoyens, inciter et non pas imposer. »
(Le terme d'"obligation punitive", signalons-le en passant, est assez choquant, celui d'"obligation morale" aurait mieux convenu - NDLR !)

Ca se discute...
Les réactions n'ont pas été clairement et définitivement hostiles, que ce soit de la part du gouvernement (qui "demande à voir") que de la part des associations qui s'en tiennent à une position dogmatique sur la définition du bénévolat , tout en entr'ouvrant cependant la voie à la mise en œuvre d'une politique de sensibilisation au bénévolat et de rapprochement avec les associations.
Les témoignages sont nombreux, tant de certains travailleurs sociaux que de bénéficiaires du RSA eux-mêmes, pour dénoncer une sorte d'exclusion sociale, ou tout du moins citoyenne. Des reportages ont montré le sentiment d'exclusion et d'assistanat, la solitude et le désoeuvrement de certains bénéficiaires qui ont perdu toute référence à une vie sociale et citoyenne. Pour eux, le bénévolat semble être une incitation bénéfique "à se lever le matin", à avoir un but dans la journée,  à se présenter à un rendez-vous, à se sentir redevenir un citoyen utile, à apprendre quelque chose, à entrevoir plus concrètement une réinsertion...autant de raisons pour considérer que cette orientation présente un intérêt certain.
Certes, le bénévolat ne peut être que volontaire sans "récompense financière" ! alors, ne nous accrochons pas à une position dogmatique et idéologique, et appelons-le autrement pour les bénéficiaires du RSA : prestation citoyenne, par exemple, ce qui n'a rien de "punitif" ! si le volontariat demeure bien la base incontournable de l'engagement, rien n'empêche d'inciter fortement les bénéficiaires du RSA en leur présentant les avantages que cet engagement représente pour l'avenir de leur insertion et l'enrichissement de leur CV.
En tout état de cause, c'est un sujet d'importance qui implique le monde associatif. Un million de personnes bénéficient du RSA, dont la moitié connaît des problèmes de maladie,  de garde d'enfants, de transport, de fragilité psychologique, par conséquent très éloignée de l'emploi...il serait donc difficile, en effet, d'imposer cette mesure à l'ensemble des bénéficiaires. Un RSA à deux vitesses ?

et chez les autres ?
La France n'est pas la seule, et encore moins la première où se lance un tel débat, et un rapide tour d'Europe nous apprend que cette incitation à travailler en contrepartie d'aides sociales n'est pas une exception.
En effet, le Portugal a créé un "tribut solidaire" qui impose aux bénéficiaires d'allocations chômage ou de minima sociaux de travailler pour la communauté afin de «faciliter» leur réinsertion sur le marché du travail, en échange de leurs indemnités.
En Espagne, les chômeurs doivent signer un «engagement d'activité» lors du dépôt de leur dossier. La durée d'indemnisation varie de quatre mois à deux ans.
En Allemagne, depuis 2005, les allocations chômage, sont désormais versées durant douze mois maximum. Le demandeur d'emploi a ensuite accès à une indemnité baptisée «prestation chômage bis» (sorte de RSA) de 400 euros par mois. Mais le chômeur est obligé d'accepter des "petit jobs" (appelés jobs à 1 euro"), sans charges sociales, proposés par les communes et les associations, pour une durée maximum de 30 heures par semaine.
L’Angleterre va bientôt mettre en place la diminution progressive puis la suppression des indemnités chômage "longue durée" après plusieurs refus d' emploi.
Dans les pays du Nord, modèles d'État-providence : Au Danemark, les allocations chômage ne sont plus versées que pendant deux ans maximum. Les chômeurs doivent accepter les offres de leur commune. Il peut s'agir d'un véritable emploi, mais aussi, faute de mieux, d'un travail d'intérêt général, d'une formation ou d'un stage.
En Suède, où le montant de l'indemnité chômage est dégressif, le refus d'un emploi «convenable» entraîne la diminution, puis la suppression des indemnités.

En Europe, la tendance est donc au travail, en échange du maintien des indemnités sociales équivalentes au RSA.
Notons enfin que cette idée vient d'être reprise par le conseil général de l'Isère. 
De son côté, la commune d'Aulnay-sous-bois (qui gère elle-même le RSA alors que dans la plupart des communes, ce service relève du conseil départemental) réfléchit à un projet de signature d'une "charte" par laquelle le bénéficiaire s'engagerait à "s'impliquer dans les missions et activités qui lui sont confiées" et à "respecter les horaires et disponibilités convenues", le volontariat demeurant néanmoins la base de l'engagement.

Le débat n'est donc pas clos !
 "obligation punitive" ou mesure d'encouragement ?

Louise Forestier

31 juillet 2015

Une option "bénévolat" au baccalauréat....une bonne idée ?


France Stratégie, un organisme rattaché au Premier ministre, vient de rendre un rapport ("Reconnaître, valoriser, encourager l'engagement des jeunes") au ministre de la Ville Patrick Kanner, dans lequel figurent des propositions pour renforcer l’attrait du bénévolat auprès des jeunes, considérant que "le bénévolat et le volontariat ne sont pas, ou peu, considérés comme des atouts que chacun peut faire valoir dans son parcours de formation ou d'insertion professionnelle"


 
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L’engagement associatif, une option dans un cursus diplômant
Sous certaines conditions, « la participation volontaire des collégiens et des lycéens à un projet citoyen dans le cadre d’une association d’intérêt général,  […]​ pourrait donner lieu à une option » du baccalauréat, du CAP ou du BEP, mais aussi au cours des études supérieures. Au cours de celles-ci, en effet, certains établissements permettent déjà aux étudiants d'améliorer leur moyenne aux examens en bénéficiant de crédits ECTS (Système européen de transfert et d'accumulation de crédits) supplémentaires
France Stratégie note que cette reconnaissance existe dans de nombreux pays européens et propose donc d'étendre cette possibilité à l'université

Le droit à une année de césure pour « faire du bénévolat »
Une autre mesure préconisée est le droit pour tout étudiant de l’enseignement public à « faire du bénévolat » durant une année de césure. « Cette possibilité devrait notamment s’accompagner d’un maintien de l’inscription dans l’établissement et d’une couverture sociale associée ».
Durant leur cursus, les bénévoles disposeraient d’« une dispense partielle d’assiduité » aux cours.
Le cercle de réflexion souhaite un changement de regard des employeurs. « Le soupçon demeure qu’un salarié bénévole aura moins de temps à consacrer à son travail : certains recruteurs sont même réticents à embaucher des jeunes diplômés pratiquant des activités de bénévolat associatif », soulignent les auteurs du rapport.

Un bonus dans les concours de la fonction publique
Enfin, l’Etat donnerait l’exemple dans « les concours externes de la fonction publique ». Des points supplémentaires seraient accordés aux candidats ayant exercé une mission de volontariat durant au moins six mois, comme le service civique. Les titulaires d’un diplôme d’encadrement associatif, comme le brevet d’aptitude à la fonction d’animateur (Bafa), seraient également avantagés.

Un sujet qui fait débat, un rapport qui "décoiffe" !
Tout est sujet à contestation, certes, on le sait ! mais lorsqu'il s'agit d'éducation, on assiste à des débats idéologiques sans fin. Chacun s'accorde sur le fait qu'il faut "changer le système", mais toute proposition d'évolution est aussitôt vilipendée.
On lit que l'esprit du bénévolat est dévoyé puisqu'il s'agirait là d'offrir une compensation à un geste par nature désintéressé. On ferait ainsi du bénévolat pour "gagner des points" ! Peut-être, mais n'est ce pas l'occasion pour les jeunes  de faire connaissance avec le bénévolat, et, qui sait, de leur donner l'envie de continuer dans leur vie d'adulte ? et même si ce n'est pas le cas, la période de bénévolat vécue n'aura-t-elle pas déjà apporté une aide ponctuelle aux associations, aux plus démunis, aux causes à défendre ? Mais alors pourquoi, par ailleurs, revendiquer des compensations au bénévolat, telles que des défraiements ou des trimestres pour la retraite ?
On lit aussi qu'il s'agit là d'une "dernière trouvaille du gouvernement" pour se défausser sur les jeunes, d'activités qu'il ne peut assumer, qu'il s'agit d'une tentative peu coûteuse d'améliorer la cohésion sociale et l'esprit citoyen.
....autant de positions idéologiques qui tentent de nous enfermer dans un immobilisme pathologique.

Je pense au contraire que ces propositions constituent une avancée pour permettre aux élèves et aux étudiants de "sortir" de l'enseignement théorique et toucher du doigt une réalité qu'ils connaissent peut-être peu ou pas du tout pour certains. Et puis, concernant l'enseignement secondaire, il s'agirait d'options parmi d'autres comptant pour la délivrance du diplôme et je doute que la motivation soit exclusivement le gain de quelques points. Il existe d'autres options pour cela ! Trop selon certains !

Regardons un peu ailleurs ! les jeunes américains ou canadiens pratiquent le bénévolat depuis leur plus jeune âge, et la mention d'une activité bénévole sur un CV est incontournable aux yeux des employeurs car elle traduit des compétences et des qualités que l'on n'apprend pas à l'école.

Nous avions déjà eu l'occasion d'aborder ce sujet dans un article consacré au bénévolat dans les programmes d' Education civique
 http://placedubenevolat.blogspot.fr/2012/04/le-benevolat-dans-les-programmes.html

Lire l'article du Monde des étudiants du 26 juin 2015 qui permet de consulter
le rapport de France Stratégie

28 juin 2015

Bientôt les vacances...un peu de tourisme "humanitaire" ?


Tourisme humanitaire, le bon choix ?
A l'approche des vacances, vous n'avez peut-être encore aucun projet, aucune destination en vue....Vous souhaitez du soleil ? du dépaysement ? un contact avec des populations ? le souhait de joindre l'utile à l'agréable et la volonté d' accomplir votre devoir de citoyen ? de quoi alimenter vos diners entre amis au retour ? 

Alors, des agences vous proposent des voyages touristiques humanitaires ou, selon l'expression anglaise, du "volontourisme".  N'y a t-il d'ailleurs pas une contradiction un peu indécente dans la formulation "tourisme humanitaire" ?

La formule rencontre de plus en plus de succès et s'adresse à une population relativement jeune, pleine de bonne volonté et  d'altruisme, mais aussi friande d'aventures, de sensations fortes, de contacts humains...mais tout ceci dans un cadre sécurisant grâce aux organisateurs de voyages qui ont compris l'aubaine commerciale que pouvait constituer la rencontre entre la misère du sud et le regard apitoyé du nord.  

L'organisation de visites guidées dans les favelas de Rio, il y a une vingtaine d'années, avait suscité de vives réactions. On est bien loin aujourd'hui de cet émoi.
 
Le tourisme humanitaire (qu'il faut distinguer du tourisme responsable, solidaire ou équitable (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tourisme_solidaire ) est entré dans la panoplie des tour operators ...on peut même partir en famille, nous dit l'agence Projects-abroad, une occasion pour renforcer les liens familiaux (sic) !! On peut aussi partir en couple....à quand les forfaits "lune de miel" ?
Outre des missions de quelques semaines, les programmes prévoient aussi des activités annexes allant de randonnées à la découvertes du pays à l' apprentissage de la langue locale (peul, quechua...) afin de mieux communiquer... !

Participant il y a quelques mois à un forum de discussion sur le site d'une grande ONG de secours médical, un internaute s'est présenté :"je suis étudiant en deuxième année de médecine et je souhaiterais faire une mission humanitaire d'un mois au Brésil, pouvez-vous m'aider ?" Je me suis autorisée à lui faire une réponse "adaptée", lui expliquant que le Brésil avait de très bons médecins, des facultés de médecine à la hauteur des facultés européennes, mais que, s'il voulait, après avoir acquis davantage de  compétences, il pouvait se porter volontaire pendant un an en tant que médecin dans les zones reculées d'Amazonie, le ministère de la santé brésilien ayant  dû faire face à la pénurie de médecins dans cette région en envoyant de jeunes médecins y faire leur service militaire en compagnie des moustiques, fourmis géantes, serpents et autres agréments...

C'est une anecdote, mais elle est révélatrice d'un état d'esprit et d'une naïveté souvent pleine de bonne volonté, que certaines agences spécialisées exploitent aujourd'hui. Cette activité est même bien représentée dans les différents salons du tourisme !

Pourquoi des réticences ?
- parce qu'une mission humanitaire n'est pas destinée à "voir du pays"
- parce que, sauf exception, des touristes ne sont pas formés pour dispenser pendant quelques jours des cours d'alphabétisation, enseigner l'hygiène, la nutrition, la contraception, les soins aux enfants ou autres "savoirs" occidentaux 
- parce que le regard porté par des touristes de passage insuffisamment préparés,  est souvent teinté de commisération et de sentiment de supériorité
- parce qu'il est illusoire de croire que des missions de quelques jours aient un effet palpable et durable sur l'amélioration des conditions de vie d'une population
- parce qu'il y a quelque chose de choquant à vendre une activité de loisirs (tourisme) au moyen une accroche "humanitaire".
- parce que, surtout, il s'agit d'une activité purement commerciale qui rapporte beaucoup d'argent à ses organisateurs. En effet, le prix payé par les touristes dépasse toujours la somme de 2000 euros pour deux semaines, étant précisé que ce prix ne comprend ni le voyage en avion ni le visa ...et sur ces sommes, quelle est la part reversée localement ? les dépliants touristiques ne le disent pas ! un don d'argent à une ONG n'est-il pas plus efficace et utile ?
- parce que, finalement, ne s'agit-il pas d'une sorte de néo-colonialisme auquel participent les touristes sans en avoir conscience ?

Il existe d'autres solutions
Vous voulez partir "faire de l'humanitaire"?  adressez vous alors à des ONG compétentes et spécialisées, installées sur place depuis longtemps et dont l'activité est assurée par des professionnels formés, engagés, qui connaissent parfaitement le pays en question. Elles recrutent des bénévoles disponibles et capables de s'engager autrement qu'à l'occasion d'un voyage touristique.

Ou alors, tournez-vous vers le tourisme solidaire et équitable, l'éco-tourisme, différents aspects d'un tourisme destiné à faire connaître et à promouvoir des productions locales, à sensibiliser à l'environnement écologique d'une région du monde et sa sauvegarde, ou encore à partager des savoir faire, des expériences et des compétences reproductibles, à connaître d'autres peuples, leur culture et leur vie quotidienne. Il s'agit là d'un tourisme tourné vers le partage, dont une bonne partie du prix payé par les participants est reversée aux acteurs locaux, et non d'un "tourisme d'assistanat". Mais là aussi, la vigilance s'impose absolument !(voir à ce sujet l'article de Youphil cité ci-après)
 
Egalement un article du journal suisse "Le Temps" (Genève) du 16 mai 2015, repris par le Courrier International dans son édition du 6 juin 2015
http://www.courrierinternational.com/article/volontariat-le-bon-filon-du-tourisme-humanitaire

Sur le tourisme solidaire, des mises en garde :
http://www.youphil.com/fr/article/07413-tourisme-solidaire-gare-aux-arnaques?ypcli=ano