03 décembre 2018

Des réfugiés engagés...un enjeu pour leur intégration

Une information lue il y a quelques mois sur francetvinfo.fr a attiré notre attention. L'article signalait le recrutement, en juillet, de deux jeunes syriens réfugiés, Omar et Mohamed, en tant que volontaires de service civique dans une MJC de Nancy, afin de participer à l'organisation d'évènements sportifs, festifs et culturels. Le délégué interministériel chargé de l'accueil des réfugiés, Alain Régnier, était présent à la signature des contrats : "ces jeunes ont traversé des épreuves multiples, et à travers le service civique, c'est un engagement qui va leur permettre d'être insérés dans un tissu de proximité dans lequel ils vont mieux apprendre le français. C'est aussi un tremplin vers l'emploi, donc c'est tout bénéfice pour la société française et pour eux-mêmes"

Nous avons voulu en savoir davantage ! Omar et Mohamed étaient, en effet, les premiers bénéficiaires du programme Volont'R initié par la Délégation Interministérielle à l'Accueil et à l'Intégration des Réfugiés (DIAIR), en partenariat avec l'Agence du Service Civique

C'est par décret du 22 janvier 2018, qu'a été institué un délégué interministériel  à l'accueil et à l'intégration des réfugiés, à la suite duquel, une structure a été mise en place auprès du ministre de l'Intérieur, conformément au souhait exprimé par le président de la République en juin 2017.
Ses domaines d'intervention sont larges et concernent la maîtrise de la langue française, l'accès au logement, à l'emploi et à la formation professionnelle, à l'éducation et à la culture, aux droits, ainsi qu'une prise en charge sanitaire et sociale.
Ses missions : la coordination des acteurs concernés ainsi que le pilotage de la mise en œuvre de la stratégie nationale pour l'intégration des personnes réfugiées. 
En partenariat avec l'Agence du Service civique, le programme Volont'R, lancé  officiellement le 26 octobre dans le cadre de la journée de mobilisation de la société civile dans l'accueil des réfugiés, organisée au CNAM, propose  à 1500 jeunes citoyens français, des missions en direction des réfugiés, et à 500 jeunes réfugiés, un engagement citoyen dans une mission de service civique adaptée afin de leur permettre une immersion dans la société française, et suivre un enseignement de la langue française.

Ce programme débutera effectivement en janvier 2019. Le recrutement d'Omar et de Mohamed a donc anticipé son instauration ! Il a d'ailleurs été suivi par différentes initiatives en ce sens.
Lancé le même jour, le programme Mento'R,  (dont les parrains sont Lambert Wilson et Virginie Lemoine) promeut,  par ailleurs, l'accompagnement tutoré pour les réfugiés et encourage les initiative locales.

Mais l'engagement des réfugiés  ne se limite pas à des missions de service civique, et nombreuses sont les associations qui ouvrent leurs portes à ces nouveaux candidats.
En effet, "s'investir bénévolement dans des associations peut être un moyen pour les migrants de participer à la société qui les accueille, d'en découvrir les rouages", ainsi que le soulignent des grandes associations promouvant le bénévolat : Benenova, France Bénévole, Passerelles et compétences, pro bono lab, Tous bénévoles (la Tribune du bénévolat 2017)
France Bénévolat, suite à la décision du conseil constitutionnel reconnaissant la fraternité comme principe constitutionnel, et comme conséquence de celui-ci, "salue l'engagement de toutes les associations qui confient des missions bénévoles à des migrants ou des réfugiés et font de leur participation à leur projet associatif, un acte de fraternité, au nom de l'idéal républicain"

L'association BENENOVA, qui développe des actions de bénévolat concrètes, courtes, ponctuelles et collectives, en mettant en relation des associations et des bénévoles, apporte son témoignage. Stéphanie Andrieux, fondatrice de l'association, expliquait récemment dans une interview à France Inter, que les réfugiés étaient de plus en plus nombreux à s'inscrire sur la plateforme. Pour elle, la participation à ces actions bénévoles est un moyen d'intégration actif et plus rapide, permettant d'apprendre le français sur le terrain et décrypter les codes de la société française, tout en se sentant utiles. 
L'association TOUS BENEVOLES (qui met également en relation des bénévoles et des associations),  reçoit aussi des demandes émanant de migrants (réfugiés ou non) souhaitant s'investir dans des missions bénévoles.

Un gisement précieux de bénévoles parmi les migrants à une époque où les associations peinent à recruter.

Louise FORESTIER

12 novembre 2018

L'engagement sociétal plébiscité par les lycéens



    Au cours des dernières décennies, on a souvent parlé de "bof génération" pour pointer un certain désenchantement de la jeunesse. Ce temps serait-il révolu ? C'est ce qui semble ressortir d'une enquête nationale sur le rapport des lycéens à l'engagement, dont la première vague de résultats a été rendue publique fin septembre. Cette étude a été réalisée par le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) au printemps dernier, auprès de 6603 élèves en classe de terminale dans des lycées publics ou privés d'enseignement général et technologique, d'enseignement professionnel ou des établissements polyvalents.
    Le crédit accordé par les lycéens aux institutions politiques est faible : seuls 22 % d'entre eux disent faire confiance au gouvernement et 12 % militent dans des associations politiques. Mais, les élèves de terminale ne se désintéressent pas pour autant de la vie de la cité. Ainsi, plus de 4 jeunes sur 10 (44 %) déclarent avoir participé en 2017-2018 ou au cours de leurs précédentes années de lycée à une association humanitaire et/ou de défense de l'environnement, les plus actifs à cet égard étant les jeunes scolarisés dans des lycées privés (52 % contre 42 % dans le public). 
    Les filles se montrent davantage concernées par les causes humanitaires (54 % contre 46 % de garçons), les jeunes gens le sont légèrement plus qu'elles par la défense de l'environnement (51 % contre 49 %). Les premières comme les seconds s'engagent significativement plus quand ils sont issus d'un milieu familial favorisé.

Quid pour l'avenir ?
    Il est bien sûr difficile de tirer des plans sur la comète, mais néanmoins réconfortant de voir 74% des élèves déclarer leur souhait de faire du bénévolat lorsqu'ils seront adultes. Les filles beaucoup plus que les garçons (83 % contre 66% d'entre eux). Pris dans leur ensemble, les lycéens les plus nombreux à se déclarer partants pour de futures activités bénévoles sont les élèves scolarisés en lycées d'enseignement général et technologique (79 %), suivis par ceux de lycées polyvalents (73 %) et enfin les jeunes de lycées professionnels (65 %). 
A contrario, une petite proportion de lycéens apparaît très en retrait en termes d'implication citoyenne. Il s'agit des 4 % d'élèves qui refusent toute idée d'engagement futur. Ce sont plus souvent des garçons que des filles, et surtout des élèves de lycées professionnels (11 % d'entre eux sont dans ce cas). 
    Un autre type d'élèves se montre moins investi que ses contemporains en termes d'intentions d'engagement citoyen, notamment de bénévolat : il s'agit des lycéens qui déclarent d'excellents résultats (soit 7 % des élèves de l'enquête du Cnesco). "Contre intuitivement, pour cette élite scolaire, les perspectives déclarées de participation civique s'établissent à des niveaux faibles, similaires à ceux des élèves qui affirment présenter des résultats mauvais", explique Nathalie Mons, présidente du Cnesco. 
    Le constat que les publics scolaires socialement défavorisés tout comme les meilleurs élèves mettent à distance l'utilité de l'engagement citoyen doit appeler une attention particulière de l'école, estime la sociologue, soulignant que ce sont principalement les engagements à l'âge scolaire qui fondent les engagements civiques à l'âge adulte.
Caroline Helfter

Pour en savoir plus

 

12 octobre 2018

Associations, engagement..... des questionnements.

En bref....

Le cri d'alarme des associations (1)

Outre la baisse de l'emploi salarié constaté dans les associations en raison, notamment, de la diminution progressive des emplois aidés, des associations, et non des moindres, lancent un cri d'alarme en constatant l'impact de la suppression de l'ISF sur les dons. Pour Patrice Blanc, président des Restos du Cœur, cette suppression a entraîné une chute de 70% des dons, soit une baisse du budget de 800.000€.L'Institut Pasteur, quant à lui, lance un appel à ses donateurs, les dons représentant 1/3 du budget. Cette tendance "en chute libre" est confirmée par Pierre Siquier, président de France Générosités qui regroupe une centaine d'associations (Fondation Abbé Pierre, MSF, Ligue contre le cancer....)
Si l'intérêt fiscal n'est pas modifié (déduction de 75% du montant des dons à certains organismes), le nombre d'assujettis à l'impôt sur l'immobilier qui demeure, ne concernera qu'un nombre restreint de donateurs potentiels, trois fois moins que ceux qui étaient redevables de l'ISF.
Jean-François Chambon, directeur de la communication de l'Institut Pasteur, estime ainsi que la perte d'élèvera à 60% par rapport à 2017. Le constat est le même pour la Croix Rouge dont la perte est estimée à 50% des dons liés à l'ISF
Pierre Siquier assure que la fin de l'ISF "a entraîné, en moyenne, une diminution de 55% des dons des plus fortunés" à destination des associations membres de France Générosités

Outre la suppression de l'ISF, les associations craignent également que l'augmentation de la CSG pour les retraités n'ait un impact négatif sur les dons . "La grande majorité des dons faits aux associations viennent de personnes âgées de plus de 65 ans. Chez nous, elles représentent environ 60% des donateurs"..."il est certain que toute mesure fiscale défavoravle aux retraités aura un impact sur les dons"(François Riffaud, directeur de la communication d'Action contre la faim)

Les associations pointent également l'impact psychologique négatif que pourrait avoir le prélèvement à la source, la perception  du pouvoir d'achat paraissant plus faible. (Jean-François Riffaud d'ACF)

Bénévolat, engagement

RSA contre bénévolat
Après la polémique suscitée en 2016 par l'initiative du département du Haut-Rhin de conditionner l'octroi du RSA à des heures de bénévolat, après  de  nombreuses réactions hostiles du monde associatif reprises par la ministre de l'époque et une procédure lancée par le préfet devant la juridiction administrative, le Conseil d'Etat, jugeant en appel, a finalement admis que si le contrat conclu entre le département et le bénéficiaire du RSA est "élaboré de façon personnalisée", il peut "prévoir légalement des actions de bénévolat à condition qu'elles puissent contribuer à une meilleure insertion professionnelle du bénéficiaire et restent compatibles avec la recherche d'un emploi" 
L'affaire a de nouveau été renvoyée par le Conseil d'Etat vers la cour d'Appel de Nancy. Sans attendre la conclusion judiciaire de cette affaire, l'actuelle présidente du conseil départemental, Brigitte Klinkert a fait savoir que 800 contrats avaient été signés avec des allocataires depuis fin 2017 (pour 7 heures de  bénévolat par semaine), le caractère obligatoire devenant peu à peu la règle.

Ce dossier n'a pas fini de faire polémique, l'arrêt du Conseil d'Etat bousculant quelque peu la notion même de bénévolat basé sur le "bon vouloir".
Certaines associations refusent purement et simplement ce type de "bénévolat" qu'elles assimilent à du travail dissimulé. D'autres reconnaissent l'apport positif en vue d'une réinsertion, mais réclament que le caractère obligatoire soit nettement écarté.

Rappelons que la plupart des pays européens qui ont un système d'aide sociale de type RSA sont beaucoup plus contraignants en termes de recherche d'emploi et de bénévolat. De façon générale, en Europe, la tendance est donc au travail, en échange du maintien des indemnités sociales équivalentes au RSA.

Principe de fraternité contre délit de solidarité
Le Conseil constitutionnel, dans une décision du 6 juillet dernier, en réponse, notamment, à Cédric Herrou, agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants dans la vallée de la Roya, appuyé par la CIMADE et la Ligue des droits de l'Homme, a jugé pour la première fois que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle, dans la mesure où il s'agit d'une aide humanitaire, désintéressée, sans considération de la régularité du séjour sur le territoire national.  Cette décision met donc fin au "délit de solidarité" décrié par les associations d'aide aux migrants.

Dans une tribune au Monde du 12 juillet 2018, Emmanuel Aubin, professeur à l’université de Poitiers, rappelle : « ayant rejoint l’égalité et la liberté pour former, depuis 1848, la devise nationale, la fraternité est passée, le 6 juillet, d’une dimension philosophico-politique au rang de norme juridique. La décision est historique et redonne du lustre à la fraternité qui semblait être diluée dans la solidarité nationale ».

Le service national universel, promoteur du service civique ?
Le gouvernement a annoncé qu'il allait progressivement mettre en place, à partir de l'été 2019, un service national universel (SNU) composé d'une première phase obligatoire d'un mois vers l'âge de 16 ans, puis d'une éventuelle mission facultative de trois à douze mois "pour ceux qui ont envie de s'engager davantage encore".
Pour Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique, cette annonce constitue une "perspective de développement supplémentaire" pour le service civique dont le nombre de volontaires devrait atteindre 150.000 en 2018.  En effet, lors de la journée de bilan autour du rapport d'activité 2017, il avait exprimé le souhait que le service civique soit maintenu et devienne le "navire amiral" du futur SNU. Le souhait semble exaucé !  


Louise Forestier

(1) Franceinfo.tv du 28/09/18

29 septembre 2018

Polémiques sur le Service Civique

Alors que l'Agence du service civique s'attelle à promouvoir "Le Pouvoir d'être utile" – thème de sa campagne de communication de rentrée –, Julien Brygo et Olivier Cyran, journalistes indépendants, rompent l'unanimisme ambiant en faveur de ce type d'engagement. Dans le chapitre de leur livre Boulots de merde ! (La Découverte Poche, septembre 2018, 10,50 €) qu'ils consacrent au service civique, les auteurs dénoncent d'un même mouvement le contenu dénué de sens de certaines activités confiées aux volontaires et l'utilisation abusive de main d'œuvre au rabais en lieu et place de "vrais" salariés.
Certes, la mise en cause de l'intérêt des tâches remplies par les volontaires est certainement très minoritaire. Ainsi, selon l'étude post mission 2017 réalisée par l’Agence du service Civique, 9 jeunes sur 10 se déclarent satisfaits ou très satisfaits de la fonction qu'ils ont occupée. Ce n'est pas le cas des deux Dunkerquois, dont Brygo et Cyran rapportent les propos dans leur enquête à charge. Eux ont eu la nette impression que leur rôle ne rimait à rien. Stéphanie, 22 ans, et Mike, 19 ans, étaient chargés de faire du porte-à-porte dans des quartiers très pauvres de Dunkerque pour prêcher le développement durable. L'idée était de proposer des éco-gestes aux habitants pour faire baisser leurs factures d'eau et d'électricité (fermer le robinet quand ils se brossent les dents, dégivrer leur frigo de temps en temps, ne pas oublier d'éteindre la lumière,....). Mais, a-t-on besoin de volontaires pour faire passer ces messages ? "Les gens, ils savent ça !", répond Mike, dégoûté. A force de portes qui lui ont été claquées au nez, Mike a nourri une répugnance souveraine pour cette mission. "Ils nous ont vendu du rêve, en nous disant qu'on allait vivre une expérience inoubliable. (...) L'image du service civique est belle, mais le contenu est faux", estime le jeune homme. Toutefois, il reconnaît avoir complétement révisé son jugement quand, par la suite, il a changé de mission. Mike ne cache pas le plaisir alors pris à rencontrer des personnes âgées dans une maison de retraite. Leur parler, entendre leur histoire, les voir aller mieux parce qu'on est là, "là, je me sentais utile", témoigne-t-il.

En matière de service civique, cependant, tout n'est pas qu'une question d'utilité – ou de ressenti tel. Fins connaisseurs de la précarité qui est aussi la caractéristique de leur condition de pigistes, les auteurs ouvrent plus largement le débat sur ce volontariat comme "gisement bien commode pour combler les manques et les trous dans les institutions publiques ou sociales". Les sages de la Cour des comptes partagent cette inquiétude. Dans leur rapport 2018, ils mettent en cause "des situations contestables", telles celles de "volontaires placés au contact du public dans les services des préfectures et recevant des étrangers", ou de "volontaires à Pôle emploi chargés de tâches normalement réservées aux agents". Dans le secteur associatif, ajoutent-ils, "la tentation est grande pour une structure de recourir à ces jeunes dont le coût est faible, voire nul, en lieu et place d’un salarié ou d’un bénévole".

 
Caroline Helfter 

 

17 septembre 2018

Bénévolat : à chacun-e, ses motivations


Convivialité ou solidarité ? Il n'y a pas à choisir : tous les chemins peuvent mener au bénévolat ! Tel est l'enseignement d'un sondage réalisé en avril dernier par Webassoc, communauté de professionnels du web aidant – bénévolement – les associations humanitaires, caritatives et environnementales à se renforcer avec Internet.






                                                                Crédits Lorelei Lebuhotel

Pour les répondants – 457 au total, dont 69 % de femmes –, le principal motif d'engagement est de participer à un monde plus solidaire (surtout mis en avant par les plus de 25 ans), puis de donner du sens à sa vie et/ou à ses compétences (essentiellement chez les plus jeunes) et, en troisième lieu, d'être utile aux plus fragiles (chez les plus de 60 ans).

Sous l'angle de ces motivations, il n'y a pas de grosses différences entre les femmes et les hommes. En revanche, les ressorts d'ordre professionnel (ajouter une ligne valorisante à son CV) ou liés à la sociabilité (rencontrer des personnes partageant ses valeurs, contribuer à un projet commun) sont nettement plus souvent avancés par les femmes que par leurs homologues masculins. Hésiteraient-ils à se confier ? De fait, si toutes les raisons sont bonnes pour être bénévole, il en est de plus ou moins faciles à reconnaître... A cet égard, outre la possibilité d'ajouter une ligne à son CV, les plus fréquentes motivations jugées inavouables sont "avoir des choses à raconter pendant son chômage", "se donner bonne conscience" et "boire des bières en bonne compagnie". Ce dernier item, ajouté au sondage à la demande des réseaux sociaux, représente une motivation pour près d'un quart des répondants...

Une autre notion a été évoquée spontanément par les enquêtés : celle de joie. La joie de donner, de partager, de rencontrer, apparaît comme le résultat évident de l'engagement et en devient l'un des principaux mobiles, soulignent les auteurs de l'enquête.

Caroline Helfter

Source : Webassoc
https://www.webassoc.fr/webassoc/nos-actions/prix/sondage-benevolat/
 

08 août 2018

Générosité sonnante et trébuchante


         

Payer de sa personne au travers d'activités bénévoles n'est pas la seule façon de mettre en œuvre ses qualités de cœur. Dons, mécénat, legs, collectes, quêtes, financement participatif : il existe de multiples manières sonnantes et trébuchantes de manifester sa solidarité. L'Observatoire de la philanthropie de la Fondation de France en a établi un chiffrage inédit. Cette première édition du Panorama national des générosités estime au minimum à 7,5 milliards d'euros le montant total de l'engagement des Français en 2015, exception faite du bénévolat et des dons entre personnes. 61 % de ce montant émane de particuliers. "Les donateurs prennent conscience qu'ils peuvent jouer un rôle aux côtés de la puissance publique dans la prise en charge de l'intérêt général", souligne Laurence de Nervaux, responsable de l'Observatoire de la philanthropie. De fait, pointent les auteurs de l'étude, non seulement les besoins sont importants – par exemple dans le domaine de l'aide aux populations vulnérables, du soutien à la recherche médicale ou de la préservation de l'environnement –, mais surtout la philanthropie a le pouvoir d'agir différemment, en étant plus agile pour lancer des expérimentations et apporter de nouvelles réponses.

       Les donateurs sont encouragés à s'engager financièrement au profit de la collectivité par les possibilités de déductions fiscales. Ainsi, 5,7 millions de foyers fiscaux ont déclaré des dons en 2015, soit 15 % des foyers imposables. Le montant de ces dons déclarés est en nette croissance : 2,62 milliards d'euros au titre de l'impôt sur le revenu, soit une augmentation de 70 % depuis 2006. Cette progression résulte de l'augmentation du nombre de foyers déclarant des dons (+ 20 %) et surtout de l'augmentation du don moyen (+ 44 %). De son côté, la déduction fiscale au titre de l'impôt de solidarité sur la fortune a été le fait de 49 000 foyers pour un total de 243 millions d'euros, soit près de 9 % du montant total des dons déclarés par les particuliers.
         Pour sa part, le montant total du mécénat d'entreprise est estimé à 2,9 milliards d'euros. Plus de 61 000 entreprises sont concernées. Ce sont les petites et les moyennes qui sont les plus nombreuses à investir le domaine de l'intérêt général : le montant du mécénat déclaré par les entreprises de 1 à 100 salariés est passé de 91 à 194 millions d'euros entre 2000 et 2015.
 
         Quant aux legs, qui ne donnent pas lieu à une déduction fiscale, l'étude estime leur montant total à près d'1 milliard d'euros. Près de 50 % des legs sont au bénéfice de fondations reconnues d'utilité publique, comme la Fondation de France. Les trois causes qui mobilisent le plus souvent les testateurs sont la recherche médicale (23 %), l'éducation (13 %) et la solidarité (13 %).


 Caroline Helfter

07 juillet 2018

Surfer vers l'engagement

 
Plateforme de mise en relation entre candidats au bénévolat et organisations en quête de volontaires, l'association Tous bénévoles a réalisé une étude pour mieux cerner les attentes des utilisateurs de son site – soit quelques 750 000 visiteurs par an. 1157 d'entre eux ont été interrogés en 2016. Ont-ils ou non une idée précise de ce qu’ils viennent chercher ? Veulent-ils prioritairement consulter les offres ou être accompagnés dans leur recherche ? Quel type de missions souhaitent-ils remplir ?

Des urbaines jeunes et actives

Premier enseignement de cette enquête : trois-quarts des personnes qui utilisent internet pour trouver une opportunité d'engagement sont des femmes (74 %). L'association avance deux raisons pour expliquer cette massive représentation féminine : d'une part, de nombreuses femmes préfèreraient une mise en relation numérique, car elles ont le sentiment d'être mal accueillies dans les associations ; d'autre part, les projets très précis et assez souvent limités dans le temps que les intéressées peuvent trouver sur internet correspondraient mieux à leurs attentes.

En ce qui concerne leur âge, les candidat-e-s au bénévolat se répartissent équitablement en deux moitiés respectivement situées en deçà et au delà de 35 ans. Il y a une différence notable à cet égard dans la répartition femmes- hommes : les premières sont plus jeunes et plus souvent étudiantes (24 % contre 14 % d'étudiants) ou salariées (32 % contre 26 % d'hommes) ; ces derniers sont plus âgés et plus souvent retraités (27 % contre 19 % des femmes).

Enfin, s'agissant de leur lieu de résidence, les personnes qui utilisent la plate-forte Tousbenevoles.org sont près de 9 fois sur 10 des urbains : 51 % habitent une ville de plus de 200 000 habitants, 35 % une ville de moindre importance. Symétriquement, seuls 14 % des surfeurs vivent en zone rurale. Problème de mauvaise couverture par internet ou de plus grande proximité physique des ruraux avec le tissu associatif local ? Les deux hypothèses se défendent.

Les missions recherchées

48 % des personnes qui viennent sur le site de Tous Bénévoles ont une idée précise de la mission qu'elles visent, 34 % préfèrent réagir aux offres des associations, seules 19 % escomptent un accompagnement dans leur recherche. "L’intérêt de l’outil numérique pour faciliter les mises en relation n’est donc plus à démontrer : il suffit d’emblée à 80% des visiteurs", soulignent les auteurs de l'étude, qui pointent néanmoins l'importance du rôle d'intermédiation à jouer auprès des utilisateurs-trices ayant besoin d'être guidé-e-s.

   Les visiteuses du site les plus jeunes (étudiantes et salariées) souhaitent des missions courtes : quelques heures le soir et le week-end, ou quelques jours en soirée ou pendant leurs vacances. Ces jeunes femmes visent prioritairement la participation à des actions concrètes sur le terrain (animation, distribution, accompagnement, ...), l'organisation d'événements ou la conduite de projets. Symétriquement, les personnes voulant s'investir dans des missions régulières sont plus âgées – plus de 46 ans. Ce sont plus souvent des hommes (indépendants, retraités ou en recherche d'emploi), qui vivent à la campagne et sont désireux d'exercer des responsabilités. Ils viennent d'ailleurs fréquemment sur le site avec une idée précise de la mission qu'ils recherchent, à la différence des jeunes femmes, plus soucieuses qu'eux d'être accompagnées pour concrétiser leur désir d'engagement.

 
Caroline Helfter

 
Pour en savoir plus, voir "La France bénévole 2018. Franchir le pas", étude de Recherches et solidarités réalisée sous la direction de Cécile Bazin, Isabelle Persoz et Jacques Malet. https://recherches-solidarites.org/wp-content/uploads/2018/04/La-France-benevole-02-05-2018.pdf