01 février 2019

Philanthropie bien ordonnée

  
  S’assurer que son argent caritatif soit rentable, le plus rentable possible : ainsi pourrait se résumer le propos du philosophe Peter Singer, même si cette formulation a des allures de provocation. Comme s’il y avait une contradiction entre la générosité d’un don et l’intérêt porté aux effets de son utilisation. Pourtant, on suit volontiers Peter Singer dans sa réflexion sur « L’altruisme efficace », titre de son ouvrage publié aux éditions Les Arènes (2018, 268 pages, 19,90 €). D’autant que – mariage de la carpe et du lapin ? –, le texte du penseur australien est introduit par le moine bouddhiste Matthieu Ricard, image même de la bienveillance désintéressée…
   L’altruisme efficace repose sur un principe très simple, explique Peter Singer : « faire le maximum de bien possible». Il s’agit, pour cela, de ne pas donner à l’aveugle, mais en choisissant les organisations qui offrent le meilleur rapport si ce n’est qualité/prix, du moins coût/résultats. Des résultats, qui peuvent être évalués à l’aune du nombre de personnes aidées, voire de vies sauvées. Ainsi, parmi la multitude d’exemples dont fourmille son livre, Peter Singer cite celui d’un petit Américain atteint de leucémie, dont le vœu le plus cher était d’être « Batkid », un acolyte du super héros Batman. Grâce à la fondation Make-A-Wish, le jeune Miles a pu réaliser son rêve et parader quelques heures en Batmobile dans les rues de San Francisco. Coût de l’opération : 7500 dollars. Le jeu en valait-il la chandelle ? « Comme tout le monde, l’altruiste efficace serait ravi d’exaucer le souhait d’un enfant malade, mais il sait aussi que ces 7500 dollars sauveraient la vie d’au moins trois enfants, voire davantage, s’ils étaient consacrés à protéger les familles du paludisme », souligne Peter Singer. L’altruiste efficace sait aussi que « sauver une vie vaut mieux que réaliser un rêve, et que sauver trois vies vaut mieux que n’en sauver qu’une seule ». 
   En privilégiant ainsi la raison sur l’émotion, la rigueur de l’arithmétique sur les élans du cœur, on optimise ses dons, argumente le professeur de bioéthique de Melbourne. Un point de vue que s’emploie à propager l’association Altruisme Efficace France (https://altruismeefficacefrance.org), née en 2016 pour aider les philanthropes à « identifier des causes, des types d'intervention et des organisations efficaces ». 

Caroline Helfter

14 janvier 2019

Rompre avec le paternalisme

 
   Famines, sécheresse, épidémies, tremblements de terre, ... :  les populations confrontées à des crises humanitaires décident chaque jour de la meilleure utilisation possible de leurs capacités et des ressources dont elles disposent pour répondre à leurs besoins. Pourtant, quand des organisations non gouvernementales (ONG) interviennent pour les soutenir, les intéressées se voient mises à l'écart des choix relatifs aux projets destinés à les aider. "Les canaux de décision sont manipulés par des experts qui pensent savoir ce qu'il faut faire pour les personnes concernées", faisait observer Michel Maietta, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), lors d'un débat organisé le 13 décembre à Paris par son institution. Le vent serait-il en train de tourner ? En tout état de cause, nombre d'ONG s'affirment désireuses de rompre avec le paternalisme. Leur ambition est que les bénéficiaires de leurs interventions en soient véritablement partie prenante et non plus simples récipiendaires. Mais cette intention peine à se concrétiser.
  Des universitaires et des acteurs associatifs réunis au sein du réseau IARAN (Inter-Agency Regional Analysts Network) ont identifié plusieurs obstacles au changement des mentalités et des pratiques (1).L'un des points de blocage tient à la structuration même du système humanitaire avec son fonctionnement hiérarchique et bureaucratique. Financements et pouvoir de décision sont aux mains d’un petit nombre d’acteurs du monde occidental – « hommes blancs du Nord occidento-centré », comme les qualifie Michel Maietta. 
  Autre raison de l’inertie des organismes d’aide : leur aversion au risque. Au cours des 20 dernières années, l’action humanitaire est devenue plus dangereuse et de nombreux intervenants ont été victimes d’attaques ciblées. Il faut aussi se prémunir des risques de non-conformité des opérations menées. Les ONG doivent s’assurer de la viabilité financière des projets et de leur respect des législations, en particulier celles qui ont trait à la lutte contre le terrorisme et la corruption. Tout cela conduit les tenants de l’aide à exercer un contrôle sur leurs partenaires et informations, au détriment d’une co-construction des programmes avec les acteurs locaux. Peut-être les humanitaires ne sont-ils pas non plus prêts à remettre en cause leur position de « sauveurs », qui va de pair avec une dévalorisation des connaissances et de l’expérience des personnes aidées. Sans compter que dans les situations d’urgence, ils n’ont pas forcément « le temps du faire du participatif » alors que leurs bailleurs de fonds attendent des résultats, ajoute Michel Maietta. Pour le réseau IARAN, la question à se poser serait pourtant : « pourquoi un acteur international, souvent éloigné du problème et ne comprenant pas bien son contexte, prendrait-il de meilleures décisions qu’un acteur local ? »

Caroline Helfter


  (1) Leur rapport « From Voices to Choices » est disponible en ligne : https://www.iaran.org/voices-to-choices/

19 décembre 2018

Bénévolat : des domaines et des degrés d'implication très variés



    43 % d'adultes pratiqueraient en France une activité bénévole, soit quasiment 22 millions de personnes de 18 ans et plus ! Cette estimation émane du Centre de recherche sur les associations, qui a réalisé une enquête en juin 2017 avec l'institut de sondage CSA auprès de 5039 majeurs. Très impressionnant, ce résultat ne tient pourtant compte que du seul bénévolat formel, c'est-à-dire celui qui est effectué dans le cadre d'une organisation (associative ou pas). 
   Donnant de leur temps à un ou plusieurs organismes – le tiers des répondants déclarent au moins 2 participations différentes –, les bénévoles s'investissent dans des domaines variés. Le taux de participation le plus élevé (13,2 %) est observé dans la défense de droits, de causes et d'intérêts, souligne l'économiste Lionel Prouteau, responsable de cette recherche. Suivent l'action sociale et caritative (11,5 %), les loisirs (10 %), le sport (9,8 %), la culture (6,8 %), puis l'éducation et la formation (3,4 %). En queue de peloton : la santé (2 %) et le développement économique et local (0,7 %).

Le bénévole sportif et la bénévole d'action sociale et caritative

    Sous l'angle des champs dans lesquels ils s'engagent, il y a des différences nettes entre les bénévoles hommes et femmes. Tous domaines confondus, les hommes ont une propension à pratiquer le bénévolat supérieure à celle des femmes, explique Lionel Prouteau. "Mais, c'est avant tout le fruit de la forte participation masculine au bénévolat sportif", précise-t-il (14 % d'hommes et 6 % de femmes). Les hommes s'investissement également plus que les femmes sur le terrain des loisirs (11 % contre 9 %). C'est le contraire qui est observé dans le secteur de l'action sociale et caritative (13 % de femmes et 11 % d'hommes), ainsi que dans celui de l'éducation et de la formation (4 % de femmes, 2 % d'hommes). En revanche, il n'y a pas de différence notable entre les sexes pour ce qui est de l'investissement dans la défense de droits, causes et intérêts, dans la culture ou dans la santé.
    S'agissant de la répartition des intéressés selon l'âge, ce sont les moins de 45 ans chez qui le taux de participation au bénévolat sportif est le plus élevé, alors que le bénévolat d'action sociale et caritative atteint son maximum chez les 55-75 ans. C'est aussi chez les seniors que la défense des droits, causes ou intérêts est la plus forte. "Dans les autres domaines, aucun effet d'âge n'est évident", souligne Lionel Prouteau.
   Tous secteurs confondus, l'enquête met par ailleurs en lumière deux caractéristiques communes aux bénévoles : d'une part, une augmentation des taux de participation avec l'élévation du niveau de diplôme (sauf en ce qui concerne le bénévolat dans le domaine des loisirs) ; d'autre part, une plus forte pratique du bénévolat chez celles et ceux qui, lors de leur adolescence, avaient au moins un parent bénévole. Il y a parmi eux 59 % de bénévoles contre 37 % dans la population qui n'a pas eu cet exemple familial sous les yeux, ce qui "suggère nettement un phénomène de transmission intergénérationnelle des dispositions à s'engager", fait observer Lionel Prouteau.


Une minorité de gros contributeurs

    Les bénévoles consacrent en moyenne 100 à 111 heures par an à leur activité volontaire non rémunérée, mais pour la moitié d'entre eux, la durée ne dépasse pas 45 à 50 heures. En fait, une grande majorité du volume global du bénévolat est assurée par une minorité de pratiquants. Le tiers des plus gros contributeurs – parmi lesquels plus d'hommes que de femmes – est à l'origine de plus de 80 % du volume du bénévolat, tandis que l'apport du tiers des plus modestes n'en représente qu'entre 2 et 3 %. Cela relativise nettement l'indicateur établi en termes de taux de participation ou de nombre de bénévoles, note le responsable de l'étude. En effet, si le taux de participation bénévole calculé sur la population de 18 ans et plus est de 43 %, c'est moins de 15 % de cet effectif de référence qui réalise 83 à 84 % de l'ensemble du travail bénévole. 

Caroline Helfter

Voir Le bénévolat en France en 2017, état des lieux et tendances (octobre 2018), synthèse de l'exploitation de l'enquête Centre de recherche sur les associations-CSA (Synthèse-EnqueteCRA-CSA.pdf)



03 décembre 2018

Des réfugiés engagés...un enjeu pour leur intégration

Une information lue il y a quelques mois sur francetvinfo.fr a attiré notre attention. L'article signalait le recrutement, en juillet, de deux jeunes syriens réfugiés, Omar et Mohamed, en tant que volontaires de service civique dans une MJC de Nancy, afin de participer à l'organisation d'évènements sportifs, festifs et culturels. Le délégué interministériel chargé de l'accueil des réfugiés, Alain Régnier, était présent à la signature des contrats : "ces jeunes ont traversé des épreuves multiples, et à travers le service civique, c'est un engagement qui va leur permettre d'être insérés dans un tissu de proximité dans lequel ils vont mieux apprendre le français. C'est aussi un tremplin vers l'emploi, donc c'est tout bénéfice pour la société française et pour eux-mêmes"

Nous avons voulu en savoir davantage ! Omar et Mohamed étaient, en effet, les premiers bénéficiaires du programme Volont'R initié par la Délégation Interministérielle à l'Accueil et à l'Intégration des Réfugiés (DIAIR), en partenariat avec l'Agence du Service Civique

C'est par décret du 22 janvier 2018, qu'a été institué un délégué interministériel  à l'accueil et à l'intégration des réfugiés, à la suite duquel, une structure a été mise en place auprès du ministre de l'Intérieur, conformément au souhait exprimé par le président de la République en juin 2017.
Ses domaines d'intervention sont larges et concernent la maîtrise de la langue française, l'accès au logement, à l'emploi et à la formation professionnelle, à l'éducation et à la culture, aux droits, ainsi qu'une prise en charge sanitaire et sociale.
Ses missions : la coordination des acteurs concernés ainsi que le pilotage de la mise en œuvre de la stratégie nationale pour l'intégration des personnes réfugiées. 
En partenariat avec l'Agence du Service civique, le programme Volont'R, lancé  officiellement le 26 octobre dans le cadre de la journée de mobilisation de la société civile dans l'accueil des réfugiés, organisée au CNAM, propose  à 1500 jeunes citoyens français, des missions en direction des réfugiés, et à 500 jeunes réfugiés, un engagement citoyen dans une mission de service civique adaptée afin de leur permettre une immersion dans la société française, et suivre un enseignement de la langue française.

Ce programme débutera effectivement en janvier 2019. Le recrutement d'Omar et de Mohamed a donc anticipé son instauration ! Il a d'ailleurs été suivi par différentes initiatives en ce sens.
Lancé le même jour, le programme Mento'R,  (dont les parrains sont Lambert Wilson et Virginie Lemoine) promeut,  par ailleurs, l'accompagnement tutoré pour les réfugiés et encourage les initiative locales.

Mais l'engagement des réfugiés  ne se limite pas à des missions de service civique, et nombreuses sont les associations qui ouvrent leurs portes à ces nouveaux candidats.
En effet, "s'investir bénévolement dans des associations peut être un moyen pour les migrants de participer à la société qui les accueille, d'en découvrir les rouages", ainsi que le soulignent des grandes associations promouvant le bénévolat : Benenova, France Bénévole, Passerelles et compétences, pro bono lab, Tous bénévoles (la Tribune du bénévolat 2017)
France Bénévolat, suite à la décision du conseil constitutionnel reconnaissant la fraternité comme principe constitutionnel, et comme conséquence de celui-ci, "salue l'engagement de toutes les associations qui confient des missions bénévoles à des migrants ou des réfugiés et font de leur participation à leur projet associatif, un acte de fraternité, au nom de l'idéal républicain"

L'association BENENOVA, qui développe des actions de bénévolat concrètes, courtes, ponctuelles et collectives, en mettant en relation des associations et des bénévoles, apporte son témoignage. Stéphanie Andrieux, fondatrice de l'association, expliquait récemment dans une interview à France Inter, que les réfugiés étaient de plus en plus nombreux à s'inscrire sur la plateforme. Pour elle, la participation à ces actions bénévoles est un moyen d'intégration actif et plus rapide, permettant d'apprendre le français sur le terrain et décrypter les codes de la société française, tout en se sentant utiles. 
L'association TOUS BENEVOLES (qui met également en relation des bénévoles et des associations),  reçoit aussi des demandes émanant de migrants (réfugiés ou non) souhaitant s'investir dans des missions bénévoles.

Un gisement précieux de bénévoles parmi les migrants à une époque où les associations peinent à recruter.

Louise FORESTIER

12 novembre 2018

L'engagement sociétal plébiscité par les lycéens



    Au cours des dernières décennies, on a souvent parlé de "bof génération" pour pointer un certain désenchantement de la jeunesse. Ce temps serait-il révolu ? C'est ce qui semble ressortir d'une enquête nationale sur le rapport des lycéens à l'engagement, dont la première vague de résultats a été rendue publique fin septembre. Cette étude a été réalisée par le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) au printemps dernier, auprès de 6603 élèves en classe de terminale dans des lycées publics ou privés d'enseignement général et technologique, d'enseignement professionnel ou des établissements polyvalents.
    Le crédit accordé par les lycéens aux institutions politiques est faible : seuls 22 % d'entre eux disent faire confiance au gouvernement et 12 % militent dans des associations politiques. Mais, les élèves de terminale ne se désintéressent pas pour autant de la vie de la cité. Ainsi, plus de 4 jeunes sur 10 (44 %) déclarent avoir participé en 2017-2018 ou au cours de leurs précédentes années de lycée à une association humanitaire et/ou de défense de l'environnement, les plus actifs à cet égard étant les jeunes scolarisés dans des lycées privés (52 % contre 42 % dans le public). 
    Les filles se montrent davantage concernées par les causes humanitaires (54 % contre 46 % de garçons), les jeunes gens le sont légèrement plus qu'elles par la défense de l'environnement (51 % contre 49 %). Les premières comme les seconds s'engagent significativement plus quand ils sont issus d'un milieu familial favorisé.

Quid pour l'avenir ?
    Il est bien sûr difficile de tirer des plans sur la comète, mais néanmoins réconfortant de voir 74% des élèves déclarer leur souhait de faire du bénévolat lorsqu'ils seront adultes. Les filles beaucoup plus que les garçons (83 % contre 66% d'entre eux). Pris dans leur ensemble, les lycéens les plus nombreux à se déclarer partants pour de futures activités bénévoles sont les élèves scolarisés en lycées d'enseignement général et technologique (79 %), suivis par ceux de lycées polyvalents (73 %) et enfin les jeunes de lycées professionnels (65 %). 
A contrario, une petite proportion de lycéens apparaît très en retrait en termes d'implication citoyenne. Il s'agit des 4 % d'élèves qui refusent toute idée d'engagement futur. Ce sont plus souvent des garçons que des filles, et surtout des élèves de lycées professionnels (11 % d'entre eux sont dans ce cas). 
    Un autre type d'élèves se montre moins investi que ses contemporains en termes d'intentions d'engagement citoyen, notamment de bénévolat : il s'agit des lycéens qui déclarent d'excellents résultats (soit 7 % des élèves de l'enquête du Cnesco). "Contre intuitivement, pour cette élite scolaire, les perspectives déclarées de participation civique s'établissent à des niveaux faibles, similaires à ceux des élèves qui affirment présenter des résultats mauvais", explique Nathalie Mons, présidente du Cnesco. 
    Le constat que les publics scolaires socialement défavorisés tout comme les meilleurs élèves mettent à distance l'utilité de l'engagement citoyen doit appeler une attention particulière de l'école, estime la sociologue, soulignant que ce sont principalement les engagements à l'âge scolaire qui fondent les engagements civiques à l'âge adulte.
Caroline Helfter

Pour en savoir plus

 

12 octobre 2018

Associations, engagement..... des questionnements.

En bref....

Le cri d'alarme des associations (1)

Outre la baisse de l'emploi salarié constaté dans les associations en raison, notamment, de la diminution progressive des emplois aidés, des associations, et non des moindres, lancent un cri d'alarme en constatant l'impact de la suppression de l'ISF sur les dons. Pour Patrice Blanc, président des Restos du Cœur, cette suppression a entraîné une chute de 70% des dons, soit une baisse du budget de 800.000€.L'Institut Pasteur, quant à lui, lance un appel à ses donateurs, les dons représentant 1/3 du budget. Cette tendance "en chute libre" est confirmée par Pierre Siquier, président de France Générosités qui regroupe une centaine d'associations (Fondation Abbé Pierre, MSF, Ligue contre le cancer....)
Si l'intérêt fiscal n'est pas modifié (déduction de 75% du montant des dons à certains organismes), le nombre d'assujettis à l'impôt sur l'immobilier qui demeure, ne concernera qu'un nombre restreint de donateurs potentiels, trois fois moins que ceux qui étaient redevables de l'ISF.
Jean-François Chambon, directeur de la communication de l'Institut Pasteur, estime ainsi que la perte d'élèvera à 60% par rapport à 2017. Le constat est le même pour la Croix Rouge dont la perte est estimée à 50% des dons liés à l'ISF
Pierre Siquier assure que la fin de l'ISF "a entraîné, en moyenne, une diminution de 55% des dons des plus fortunés" à destination des associations membres de France Générosités

Outre la suppression de l'ISF, les associations craignent également que l'augmentation de la CSG pour les retraités n'ait un impact négatif sur les dons . "La grande majorité des dons faits aux associations viennent de personnes âgées de plus de 65 ans. Chez nous, elles représentent environ 60% des donateurs"..."il est certain que toute mesure fiscale défavoravle aux retraités aura un impact sur les dons"(François Riffaud, directeur de la communication d'Action contre la faim)

Les associations pointent également l'impact psychologique négatif que pourrait avoir le prélèvement à la source, la perception  du pouvoir d'achat paraissant plus faible. (Jean-François Riffaud d'ACF)

Bénévolat, engagement

RSA contre bénévolat
Après la polémique suscitée en 2016 par l'initiative du département du Haut-Rhin de conditionner l'octroi du RSA à des heures de bénévolat, après  de  nombreuses réactions hostiles du monde associatif reprises par la ministre de l'époque et une procédure lancée par le préfet devant la juridiction administrative, le Conseil d'Etat, jugeant en appel, a finalement admis que si le contrat conclu entre le département et le bénéficiaire du RSA est "élaboré de façon personnalisée", il peut "prévoir légalement des actions de bénévolat à condition qu'elles puissent contribuer à une meilleure insertion professionnelle du bénéficiaire et restent compatibles avec la recherche d'un emploi" 
L'affaire a de nouveau été renvoyée par le Conseil d'Etat vers la cour d'Appel de Nancy. Sans attendre la conclusion judiciaire de cette affaire, l'actuelle présidente du conseil départemental, Brigitte Klinkert a fait savoir que 800 contrats avaient été signés avec des allocataires depuis fin 2017 (pour 7 heures de  bénévolat par semaine), le caractère obligatoire devenant peu à peu la règle.

Ce dossier n'a pas fini de faire polémique, l'arrêt du Conseil d'Etat bousculant quelque peu la notion même de bénévolat basé sur le "bon vouloir".
Certaines associations refusent purement et simplement ce type de "bénévolat" qu'elles assimilent à du travail dissimulé. D'autres reconnaissent l'apport positif en vue d'une réinsertion, mais réclament que le caractère obligatoire soit nettement écarté.

Rappelons que la plupart des pays européens qui ont un système d'aide sociale de type RSA sont beaucoup plus contraignants en termes de recherche d'emploi et de bénévolat. De façon générale, en Europe, la tendance est donc au travail, en échange du maintien des indemnités sociales équivalentes au RSA.

Principe de fraternité contre délit de solidarité
Le Conseil constitutionnel, dans une décision du 6 juillet dernier, en réponse, notamment, à Cédric Herrou, agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants dans la vallée de la Roya, appuyé par la CIMADE et la Ligue des droits de l'Homme, a jugé pour la première fois que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle, dans la mesure où il s'agit d'une aide humanitaire, désintéressée, sans considération de la régularité du séjour sur le territoire national.  Cette décision met donc fin au "délit de solidarité" décrié par les associations d'aide aux migrants.

Dans une tribune au Monde du 12 juillet 2018, Emmanuel Aubin, professeur à l’université de Poitiers, rappelle : « ayant rejoint l’égalité et la liberté pour former, depuis 1848, la devise nationale, la fraternité est passée, le 6 juillet, d’une dimension philosophico-politique au rang de norme juridique. La décision est historique et redonne du lustre à la fraternité qui semblait être diluée dans la solidarité nationale ».

Le service national universel, promoteur du service civique ?
Le gouvernement a annoncé qu'il allait progressivement mettre en place, à partir de l'été 2019, un service national universel (SNU) composé d'une première phase obligatoire d'un mois vers l'âge de 16 ans, puis d'une éventuelle mission facultative de trois à douze mois "pour ceux qui ont envie de s'engager davantage encore".
Pour Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique, cette annonce constitue une "perspective de développement supplémentaire" pour le service civique dont le nombre de volontaires devrait atteindre 150.000 en 2018.  En effet, lors de la journée de bilan autour du rapport d'activité 2017, il avait exprimé le souhait que le service civique soit maintenu et devienne le "navire amiral" du futur SNU. Le souhait semble exaucé !  


Louise Forestier

(1) Franceinfo.tv du 28/09/18

29 septembre 2018

Polémiques sur le Service Civique

Alors que l'Agence du service civique s'attelle à promouvoir "Le Pouvoir d'être utile" – thème de sa campagne de communication de rentrée –, Julien Brygo et Olivier Cyran, journalistes indépendants, rompent l'unanimisme ambiant en faveur de ce type d'engagement. Dans le chapitre de leur livre Boulots de merde ! (La Découverte Poche, septembre 2018, 10,50 €) qu'ils consacrent au service civique, les auteurs dénoncent d'un même mouvement le contenu dénué de sens de certaines activités confiées aux volontaires et l'utilisation abusive de main d'œuvre au rabais en lieu et place de "vrais" salariés.
Certes, la mise en cause de l'intérêt des tâches remplies par les volontaires est certainement très minoritaire. Ainsi, selon l'étude post mission 2017 réalisée par l’Agence du service Civique, 9 jeunes sur 10 se déclarent satisfaits ou très satisfaits de la fonction qu'ils ont occupée. Ce n'est pas le cas des deux Dunkerquois, dont Brygo et Cyran rapportent les propos dans leur enquête à charge. Eux ont eu la nette impression que leur rôle ne rimait à rien. Stéphanie, 22 ans, et Mike, 19 ans, étaient chargés de faire du porte-à-porte dans des quartiers très pauvres de Dunkerque pour prêcher le développement durable. L'idée était de proposer des éco-gestes aux habitants pour faire baisser leurs factures d'eau et d'électricité (fermer le robinet quand ils se brossent les dents, dégivrer leur frigo de temps en temps, ne pas oublier d'éteindre la lumière,....). Mais, a-t-on besoin de volontaires pour faire passer ces messages ? "Les gens, ils savent ça !", répond Mike, dégoûté. A force de portes qui lui ont été claquées au nez, Mike a nourri une répugnance souveraine pour cette mission. "Ils nous ont vendu du rêve, en nous disant qu'on allait vivre une expérience inoubliable. (...) L'image du service civique est belle, mais le contenu est faux", estime le jeune homme. Toutefois, il reconnaît avoir complétement révisé son jugement quand, par la suite, il a changé de mission. Mike ne cache pas le plaisir alors pris à rencontrer des personnes âgées dans une maison de retraite. Leur parler, entendre leur histoire, les voir aller mieux parce qu'on est là, "là, je me sentais utile", témoigne-t-il.

En matière de service civique, cependant, tout n'est pas qu'une question d'utilité – ou de ressenti tel. Fins connaisseurs de la précarité qui est aussi la caractéristique de leur condition de pigistes, les auteurs ouvrent plus largement le débat sur ce volontariat comme "gisement bien commode pour combler les manques et les trous dans les institutions publiques ou sociales". Les sages de la Cour des comptes partagent cette inquiétude. Dans leur rapport 2018, ils mettent en cause "des situations contestables", telles celles de "volontaires placés au contact du public dans les services des préfectures et recevant des étrangers", ou de "volontaires à Pôle emploi chargés de tâches normalement réservées aux agents". Dans le secteur associatif, ajoutent-ils, "la tentation est grande pour une structure de recourir à ces jeunes dont le coût est faible, voire nul, en lieu et place d’un salarié ou d’un bénévole".

 
Caroline Helfter