13 mars 2019

Prêcher par l’exemple



Fais ce que je dis, pas ce que je fais ? Cette formule n’est absolument pas applicable à Dorian Dreuil. Il n’y a aucun hiatus entre comportement et conseils chez l’auteur de Plaidoyer pour un engagement citoyen. Le regard d’un humanitaire(VA Éditions 2019, 122 pages, 16 €). Bénévole depuis ses 16 ans au sein de l’ONG Action contre la faim, dont il est devenu secrétaire général il y a deux ans – il avait alors 24 ans –, Dorian Dreuil prêche par l’exemple. De fait, son itinéraire est assez exemplaire en termes de précocité, d'intensité et de durée de mobilisation, comme de développement de la prise de responsabilités. C'est précisément là, souvent, où le bât blesse. Dans l’impossibilité quasi-généralisée qu’ont les jeunes d’accéder à la gouvernance des associations. Les instances dirigeantes des ONG ne font pas assez confiance au forces militantes créées en interne, regrette Dorian Dreuil.
Il n’y a pas que le rajeunissement des cadres qui soit problématique, il faut aussi ré-enchanter le rôle des adhérents, faute de quoi leur effectif ne peut que continuer à fondre comme neige au soleil, insiste-t-il. Et de pointer, à cet égard, le manque de portée de la parole des ONG. Celles-ci ne font plus rêver, car « nous avons lissé nos discours jusqu’à la politesse », analyse Dorian Dreuil. Pourtant, être non partisanes ne doit pas empêcher les associations d’être politiques, au noble sens du terme, souligne l’auteur, appelant à « penser aujourd’hui l’engagement citoyen comme un acte profondément politique de celui ou celle qui s’engage pour la chose publique ».

Caroline Helfter

27 février 2019

L’intégration est un sport collectif



   Langage universel, le sport peut constituer un formidable outil d’intégration. Forte de cette conviction, l'ONG française Play International développe différents programmes en direction des enfants et adolescents dans l'Hexagone et à l’étranger. Elle soutient aussi des initiatives qui utilisent l’activité physique et sportive pour favoriser l’inclusion sociale des populations réfugiées de tous âges dans l’Union européenne (*).
   Plusieurs de ces projets européens misent sur le foot pour aider les migrants à sortir de leur isolement. C’est ce que fait par exemple le mouvement Aniko à Lesbos (Grèce). Aniko propose des matchs mixant demandeurs d’asile, réfugiés et population locale, et organise chaque mois un tournoi entre les personnes déplacées et les fournisseurs de services juridiques et médicaux, qui leur offrent un soutien avant et après les matchs. À Vienne (Autriche), l’association Kicken ohne Grenzen axe aussi son action sur le foot. Mais, soucieuse de ne pas laisser les jeunes femmes sur la touche, elle a notamment constitué une équipe exclusivement féminine, qui collabore avec des entraîneurs afin de promouvoir, chez les participantes, le développement de leur confiance en elles.  
  Quand on parie sur le sport, « la participation des filles est toujours un challenge », souligne Mariona Miret, responsable des programmes INSERsport de Barcelone (Espagne). Au-delà du seul football, INSERsport forme des adolescentes et des adolescents à devenir arbitre ou entraîneur dans 15 autres disciplines sportives. À Edimbourg (Ecosse), The Welcoming développe aussi des propositions diversifiées (cyclisme, jogging, gymnastique, natation, …) pour soutenir les migrants des deux sexes dans la construction de leur nouvelle vie et leur donner des opportunités de rencontre avec la population locale. 

Bike Bridge : atelier de réparation de vélo


   À Fribourg (Allemagne), le projet Bike Bridge, qui tend également à favoriser les échanges interculturels, est centré sur les réfugiées. « J’avais constaté qu’il n’y avait rien pour les femmes et qu’elles n’avaient pas de rapports avec les Allemands », commente Sharzad Mohammadi, créatrice de Bike Bridge, qui vit en Allemagne depuis 8 ans. D’où l’idée de permettre aux réfugiées d’apprendre l’allemand, d’avoir des contacts avec les Fribourgeois, et les mettre sur la voie de l’autonomisation en leur apprenant à faire du vélo et à entretenir leurs bicyclettes. 

Caroline Helfter

(*) Un rapport rend compte de ces initiatives : http://pl4y.international/content/bdd/PL4Y%20Lab/Incubateur/rapport%20capitalisation.%20sport%20et%20refugies.pdf

01 février 2019

Philanthropie bien ordonnée

  
  S’assurer que son argent caritatif soit rentable, le plus rentable possible : ainsi pourrait se résumer le propos du philosophe Peter Singer, même si cette formulation a des allures de provocation. Comme s’il y avait une contradiction entre la générosité d’un don et l’intérêt porté aux effets de son utilisation. Pourtant, on suit volontiers Peter Singer dans sa réflexion sur « L’altruisme efficace », titre de son ouvrage publié aux éditions Les Arènes (2018, 268 pages, 19,90 €). D’autant que – mariage de la carpe et du lapin ? –, le texte du penseur australien est introduit par le moine bouddhiste Matthieu Ricard, image même de la bienveillance désintéressée…
   L’altruisme efficace repose sur un principe très simple, explique Peter Singer : « faire le maximum de bien possible». Il s’agit, pour cela, de ne pas donner à l’aveugle, mais en choisissant les organisations qui offrent le meilleur rapport si ce n’est qualité/prix, du moins coût/résultats. Des résultats, qui peuvent être évalués à l’aune du nombre de personnes aidées, voire de vies sauvées. Ainsi, parmi la multitude d’exemples dont fourmille son livre, Peter Singer cite celui d’un petit Américain atteint de leucémie, dont le vœu le plus cher était d’être « Batkid », un acolyte du super héros Batman. Grâce à la fondation Make-A-Wish, le jeune Miles a pu réaliser son rêve et parader quelques heures en Batmobile dans les rues de San Francisco. Coût de l’opération : 7500 dollars. Le jeu en valait-il la chandelle ? « Comme tout le monde, l’altruiste efficace serait ravi d’exaucer le souhait d’un enfant malade, mais il sait aussi que ces 7500 dollars sauveraient la vie d’au moins trois enfants, voire davantage, s’ils étaient consacrés à protéger les familles du paludisme », souligne Peter Singer. L’altruiste efficace sait aussi que « sauver une vie vaut mieux que réaliser un rêve, et que sauver trois vies vaut mieux que n’en sauver qu’une seule ». 
   En privilégiant ainsi la raison sur l’émotion, la rigueur de l’arithmétique sur les élans du cœur, on optimise ses dons, argumente le professeur de bioéthique de Melbourne. Un point de vue que s’emploie à propager l’association Altruisme Efficace France (https://altruismeefficacefrance.org), née en 2016 pour aider les philanthropes à « identifier des causes, des types d'intervention et des organisations efficaces ». 

Caroline Helfter

14 janvier 2019

Rompre avec le paternalisme

 
   Famines, sécheresse, épidémies, tremblements de terre, ... :  les populations confrontées à des crises humanitaires décident chaque jour de la meilleure utilisation possible de leurs capacités et des ressources dont elles disposent pour répondre à leurs besoins. Pourtant, quand des organisations non gouvernementales (ONG) interviennent pour les soutenir, les intéressées se voient mises à l'écart des choix relatifs aux projets destinés à les aider. "Les canaux de décision sont manipulés par des experts qui pensent savoir ce qu'il faut faire pour les personnes concernées", faisait observer Michel Maietta, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), lors d'un débat organisé le 13 décembre à Paris par son institution. Le vent serait-il en train de tourner ? En tout état de cause, nombre d'ONG s'affirment désireuses de rompre avec le paternalisme. Leur ambition est que les bénéficiaires de leurs interventions en soient véritablement partie prenante et non plus simples récipiendaires. Mais cette intention peine à se concrétiser.
  Des universitaires et des acteurs associatifs réunis au sein du réseau IARAN (Inter-Agency Regional Analysts Network) ont identifié plusieurs obstacles au changement des mentalités et des pratiques (1).L'un des points de blocage tient à la structuration même du système humanitaire avec son fonctionnement hiérarchique et bureaucratique. Financements et pouvoir de décision sont aux mains d’un petit nombre d’acteurs du monde occidental – « hommes blancs du Nord occidento-centré », comme les qualifie Michel Maietta. 
  Autre raison de l’inertie des organismes d’aide : leur aversion au risque. Au cours des 20 dernières années, l’action humanitaire est devenue plus dangereuse et de nombreux intervenants ont été victimes d’attaques ciblées. Il faut aussi se prémunir des risques de non-conformité des opérations menées. Les ONG doivent s’assurer de la viabilité financière des projets et de leur respect des législations, en particulier celles qui ont trait à la lutte contre le terrorisme et la corruption. Tout cela conduit les tenants de l’aide à exercer un contrôle sur leurs partenaires et informations, au détriment d’une co-construction des programmes avec les acteurs locaux. Peut-être les humanitaires ne sont-ils pas non plus prêts à remettre en cause leur position de « sauveurs », qui va de pair avec une dévalorisation des connaissances et de l’expérience des personnes aidées. Sans compter que dans les situations d’urgence, ils n’ont pas forcément « le temps du faire du participatif » alors que leurs bailleurs de fonds attendent des résultats, ajoute Michel Maietta. Pour le réseau IARAN, la question à se poser serait pourtant : « pourquoi un acteur international, souvent éloigné du problème et ne comprenant pas bien son contexte, prendrait-il de meilleures décisions qu’un acteur local ? »

Caroline Helfter


  (1) Leur rapport « From Voices to Choices » est disponible en ligne : https://www.iaran.org/voices-to-choices/

19 décembre 2018

Bénévolat : des domaines et des degrés d'implication très variés



    43 % d'adultes pratiqueraient en France une activité bénévole, soit quasiment 22 millions de personnes de 18 ans et plus ! Cette estimation émane du Centre de recherche sur les associations, qui a réalisé une enquête en juin 2017 avec l'institut de sondage CSA auprès de 5039 majeurs. Très impressionnant, ce résultat ne tient pourtant compte que du seul bénévolat formel, c'est-à-dire celui qui est effectué dans le cadre d'une organisation (associative ou pas). 
   Donnant de leur temps à un ou plusieurs organismes – le tiers des répondants déclarent au moins 2 participations différentes –, les bénévoles s'investissent dans des domaines variés. Le taux de participation le plus élevé (13,2 %) est observé dans la défense de droits, de causes et d'intérêts, souligne l'économiste Lionel Prouteau, responsable de cette recherche. Suivent l'action sociale et caritative (11,5 %), les loisirs (10 %), le sport (9,8 %), la culture (6,8 %), puis l'éducation et la formation (3,4 %). En queue de peloton : la santé (2 %) et le développement économique et local (0,7 %).

Le bénévole sportif et la bénévole d'action sociale et caritative

    Sous l'angle des champs dans lesquels ils s'engagent, il y a des différences nettes entre les bénévoles hommes et femmes. Tous domaines confondus, les hommes ont une propension à pratiquer le bénévolat supérieure à celle des femmes, explique Lionel Prouteau. "Mais, c'est avant tout le fruit de la forte participation masculine au bénévolat sportif", précise-t-il (14 % d'hommes et 6 % de femmes). Les hommes s'investissement également plus que les femmes sur le terrain des loisirs (11 % contre 9 %). C'est le contraire qui est observé dans le secteur de l'action sociale et caritative (13 % de femmes et 11 % d'hommes), ainsi que dans celui de l'éducation et de la formation (4 % de femmes, 2 % d'hommes). En revanche, il n'y a pas de différence notable entre les sexes pour ce qui est de l'investissement dans la défense de droits, causes et intérêts, dans la culture ou dans la santé.
    S'agissant de la répartition des intéressés selon l'âge, ce sont les moins de 45 ans chez qui le taux de participation au bénévolat sportif est le plus élevé, alors que le bénévolat d'action sociale et caritative atteint son maximum chez les 55-75 ans. C'est aussi chez les seniors que la défense des droits, causes ou intérêts est la plus forte. "Dans les autres domaines, aucun effet d'âge n'est évident", souligne Lionel Prouteau.
   Tous secteurs confondus, l'enquête met par ailleurs en lumière deux caractéristiques communes aux bénévoles : d'une part, une augmentation des taux de participation avec l'élévation du niveau de diplôme (sauf en ce qui concerne le bénévolat dans le domaine des loisirs) ; d'autre part, une plus forte pratique du bénévolat chez celles et ceux qui, lors de leur adolescence, avaient au moins un parent bénévole. Il y a parmi eux 59 % de bénévoles contre 37 % dans la population qui n'a pas eu cet exemple familial sous les yeux, ce qui "suggère nettement un phénomène de transmission intergénérationnelle des dispositions à s'engager", fait observer Lionel Prouteau.


Une minorité de gros contributeurs

    Les bénévoles consacrent en moyenne 100 à 111 heures par an à leur activité volontaire non rémunérée, mais pour la moitié d'entre eux, la durée ne dépasse pas 45 à 50 heures. En fait, une grande majorité du volume global du bénévolat est assurée par une minorité de pratiquants. Le tiers des plus gros contributeurs – parmi lesquels plus d'hommes que de femmes – est à l'origine de plus de 80 % du volume du bénévolat, tandis que l'apport du tiers des plus modestes n'en représente qu'entre 2 et 3 %. Cela relativise nettement l'indicateur établi en termes de taux de participation ou de nombre de bénévoles, note le responsable de l'étude. En effet, si le taux de participation bénévole calculé sur la population de 18 ans et plus est de 43 %, c'est moins de 15 % de cet effectif de référence qui réalise 83 à 84 % de l'ensemble du travail bénévole. 

Caroline Helfter

Voir Le bénévolat en France en 2017, état des lieux et tendances (octobre 2018), synthèse de l'exploitation de l'enquête Centre de recherche sur les associations-CSA (Synthèse-EnqueteCRA-CSA.pdf)



03 décembre 2018

Des réfugiés engagés...un enjeu pour leur intégration

Une information lue il y a quelques mois sur francetvinfo.fr a attiré notre attention. L'article signalait le recrutement, en juillet, de deux jeunes syriens réfugiés, Omar et Mohamed, en tant que volontaires de service civique dans une MJC de Nancy, afin de participer à l'organisation d'évènements sportifs, festifs et culturels. Le délégué interministériel chargé de l'accueil des réfugiés, Alain Régnier, était présent à la signature des contrats : "ces jeunes ont traversé des épreuves multiples, et à travers le service civique, c'est un engagement qui va leur permettre d'être insérés dans un tissu de proximité dans lequel ils vont mieux apprendre le français. C'est aussi un tremplin vers l'emploi, donc c'est tout bénéfice pour la société française et pour eux-mêmes"

Nous avons voulu en savoir davantage ! Omar et Mohamed étaient, en effet, les premiers bénéficiaires du programme Volont'R initié par la Délégation Interministérielle à l'Accueil et à l'Intégration des Réfugiés (DIAIR), en partenariat avec l'Agence du Service Civique

C'est par décret du 22 janvier 2018, qu'a été institué un délégué interministériel  à l'accueil et à l'intégration des réfugiés, à la suite duquel, une structure a été mise en place auprès du ministre de l'Intérieur, conformément au souhait exprimé par le président de la République en juin 2017.
Ses domaines d'intervention sont larges et concernent la maîtrise de la langue française, l'accès au logement, à l'emploi et à la formation professionnelle, à l'éducation et à la culture, aux droits, ainsi qu'une prise en charge sanitaire et sociale.
Ses missions : la coordination des acteurs concernés ainsi que le pilotage de la mise en œuvre de la stratégie nationale pour l'intégration des personnes réfugiées. 
En partenariat avec l'Agence du Service civique, le programme Volont'R, lancé  officiellement le 26 octobre dans le cadre de la journée de mobilisation de la société civile dans l'accueil des réfugiés, organisée au CNAM, propose  à 1500 jeunes citoyens français, des missions en direction des réfugiés, et à 500 jeunes réfugiés, un engagement citoyen dans une mission de service civique adaptée afin de leur permettre une immersion dans la société française, et suivre un enseignement de la langue française.

Ce programme débutera effectivement en janvier 2019. Le recrutement d'Omar et de Mohamed a donc anticipé son instauration ! Il a d'ailleurs été suivi par différentes initiatives en ce sens.
Lancé le même jour, le programme Mento'R,  (dont les parrains sont Lambert Wilson et Virginie Lemoine) promeut,  par ailleurs, l'accompagnement tutoré pour les réfugiés et encourage les initiative locales.

Mais l'engagement des réfugiés  ne se limite pas à des missions de service civique, et nombreuses sont les associations qui ouvrent leurs portes à ces nouveaux candidats.
En effet, "s'investir bénévolement dans des associations peut être un moyen pour les migrants de participer à la société qui les accueille, d'en découvrir les rouages", ainsi que le soulignent des grandes associations promouvant le bénévolat : Benenova, France Bénévole, Passerelles et compétences, pro bono lab, Tous bénévoles (la Tribune du bénévolat 2017)
France Bénévolat, suite à la décision du conseil constitutionnel reconnaissant la fraternité comme principe constitutionnel, et comme conséquence de celui-ci, "salue l'engagement de toutes les associations qui confient des missions bénévoles à des migrants ou des réfugiés et font de leur participation à leur projet associatif, un acte de fraternité, au nom de l'idéal républicain"

L'association BENENOVA, qui développe des actions de bénévolat concrètes, courtes, ponctuelles et collectives, en mettant en relation des associations et des bénévoles, apporte son témoignage. Stéphanie Andrieux, fondatrice de l'association, expliquait récemment dans une interview à France Inter, que les réfugiés étaient de plus en plus nombreux à s'inscrire sur la plateforme. Pour elle, la participation à ces actions bénévoles est un moyen d'intégration actif et plus rapide, permettant d'apprendre le français sur le terrain et décrypter les codes de la société française, tout en se sentant utiles. 
L'association TOUS BENEVOLES (qui met également en relation des bénévoles et des associations),  reçoit aussi des demandes émanant de migrants (réfugiés ou non) souhaitant s'investir dans des missions bénévoles.

Un gisement précieux de bénévoles parmi les migrants à une époque où les associations peinent à recruter.

Louise FORESTIER

12 novembre 2018

L'engagement sociétal plébiscité par les lycéens



    Au cours des dernières décennies, on a souvent parlé de "bof génération" pour pointer un certain désenchantement de la jeunesse. Ce temps serait-il révolu ? C'est ce qui semble ressortir d'une enquête nationale sur le rapport des lycéens à l'engagement, dont la première vague de résultats a été rendue publique fin septembre. Cette étude a été réalisée par le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) au printemps dernier, auprès de 6603 élèves en classe de terminale dans des lycées publics ou privés d'enseignement général et technologique, d'enseignement professionnel ou des établissements polyvalents.
    Le crédit accordé par les lycéens aux institutions politiques est faible : seuls 22 % d'entre eux disent faire confiance au gouvernement et 12 % militent dans des associations politiques. Mais, les élèves de terminale ne se désintéressent pas pour autant de la vie de la cité. Ainsi, plus de 4 jeunes sur 10 (44 %) déclarent avoir participé en 2017-2018 ou au cours de leurs précédentes années de lycée à une association humanitaire et/ou de défense de l'environnement, les plus actifs à cet égard étant les jeunes scolarisés dans des lycées privés (52 % contre 42 % dans le public). 
    Les filles se montrent davantage concernées par les causes humanitaires (54 % contre 46 % de garçons), les jeunes gens le sont légèrement plus qu'elles par la défense de l'environnement (51 % contre 49 %). Les premières comme les seconds s'engagent significativement plus quand ils sont issus d'un milieu familial favorisé.

Quid pour l'avenir ?
    Il est bien sûr difficile de tirer des plans sur la comète, mais néanmoins réconfortant de voir 74% des élèves déclarer leur souhait de faire du bénévolat lorsqu'ils seront adultes. Les filles beaucoup plus que les garçons (83 % contre 66% d'entre eux). Pris dans leur ensemble, les lycéens les plus nombreux à se déclarer partants pour de futures activités bénévoles sont les élèves scolarisés en lycées d'enseignement général et technologique (79 %), suivis par ceux de lycées polyvalents (73 %) et enfin les jeunes de lycées professionnels (65 %). 
A contrario, une petite proportion de lycéens apparaît très en retrait en termes d'implication citoyenne. Il s'agit des 4 % d'élèves qui refusent toute idée d'engagement futur. Ce sont plus souvent des garçons que des filles, et surtout des élèves de lycées professionnels (11 % d'entre eux sont dans ce cas). 
    Un autre type d'élèves se montre moins investi que ses contemporains en termes d'intentions d'engagement citoyen, notamment de bénévolat : il s'agit des lycéens qui déclarent d'excellents résultats (soit 7 % des élèves de l'enquête du Cnesco). "Contre intuitivement, pour cette élite scolaire, les perspectives déclarées de participation civique s'établissent à des niveaux faibles, similaires à ceux des élèves qui affirment présenter des résultats mauvais", explique Nathalie Mons, présidente du Cnesco. 
    Le constat que les publics scolaires socialement défavorisés tout comme les meilleurs élèves mettent à distance l'utilité de l'engagement citoyen doit appeler une attention particulière de l'école, estime la sociologue, soulignant que ce sont principalement les engagements à l'âge scolaire qui fondent les engagements civiques à l'âge adulte.
Caroline Helfter

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