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12 octobre 2018

Associations, engagement..... des questionnements.

En bref....

Le cri d'alarme des associations (1)

Outre la baisse de l'emploi salarié constaté dans les associations en raison, notamment, de la diminution progressive des emplois aidés, des associations, et non des moindres, lancent un cri d'alarme en constatant l'impact de la suppression de l'ISF sur les dons. Pour Patrice Blanc, président des Restos du Cœur, cette suppression a entraîné une chute de 70% des dons, soit une baisse du budget de 800.000€.L'Institut Pasteur, quant à lui, lance un appel à ses donateurs, les dons représentant 1/3 du budget. Cette tendance "en chute libre" est confirmée par Pierre Siquier, président de France Générosités qui regroupe une centaine d'associations (Fondation Abbé Pierre, MSF, Ligue contre le cancer....)
Si l'intérêt fiscal n'est pas modifié (déduction de 75% du montant des dons à certains organismes), le nombre d'assujettis à l'impôt sur l'immobilier qui demeure, ne concernera qu'un nombre restreint de donateurs potentiels, trois fois moins que ceux qui étaient redevables de l'ISF.
Jean-François Chambon, directeur de la communication de l'Institut Pasteur, estime ainsi que la perte d'élèvera à 60% par rapport à 2017. Le constat est le même pour la Croix Rouge dont la perte est estimée à 50% des dons liés à l'ISF
Pierre Siquier assure que la fin de l'ISF "a entraîné, en moyenne, une diminution de 55% des dons des plus fortunés" à destination des associations membres de France Générosités

Outre la suppression de l'ISF, les associations craignent également que l'augmentation de la CSG pour les retraités n'ait un impact négatif sur les dons . "La grande majorité des dons faits aux associations viennent de personnes âgées de plus de 65 ans. Chez nous, elles représentent environ 60% des donateurs"..."il est certain que toute mesure fiscale défavoravle aux retraités aura un impact sur les dons"(François Riffaud, directeur de la communication d'Action contre la faim)

Les associations pointent également l'impact psychologique négatif que pourrait avoir le prélèvement à la source, la perception  du pouvoir d'achat paraissant plus faible. (Jean-François Riffaud d'ACF)

Bénévolat, engagement

RSA contre bénévolat
Après la polémique suscitée en 2016 par l'initiative du département du Haut-Rhin de conditionner l'octroi du RSA à des heures de bénévolat, après  de  nombreuses réactions hostiles du monde associatif reprises par la ministre de l'époque et une procédure lancée par le préfet devant la juridiction administrative, le Conseil d'Etat, jugeant en appel, a finalement admis que si le contrat conclu entre le département et le bénéficiaire du RSA est "élaboré de façon personnalisée", il peut "prévoir légalement des actions de bénévolat à condition qu'elles puissent contribuer à une meilleure insertion professionnelle du bénéficiaire et restent compatibles avec la recherche d'un emploi" 
L'affaire a de nouveau été renvoyée par le Conseil d'Etat vers la cour d'Appel de Nancy. Sans attendre la conclusion judiciaire de cette affaire, l'actuelle présidente du conseil départemental, Brigitte Klinkert a fait savoir que 800 contrats avaient été signés avec des allocataires depuis fin 2017 (pour 7 heures de  bénévolat par semaine), le caractère obligatoire devenant peu à peu la règle.

Ce dossier n'a pas fini de faire polémique, l'arrêt du Conseil d'Etat bousculant quelque peu la notion même de bénévolat basé sur le "bon vouloir".
Certaines associations refusent purement et simplement ce type de "bénévolat" qu'elles assimilent à du travail dissimulé. D'autres reconnaissent l'apport positif en vue d'une réinsertion, mais réclament que le caractère obligatoire soit nettement écarté.

Rappelons que la plupart des pays européens qui ont un système d'aide sociale de type RSA sont beaucoup plus contraignants en termes de recherche d'emploi et de bénévolat. De façon générale, en Europe, la tendance est donc au travail, en échange du maintien des indemnités sociales équivalentes au RSA.

Principe de fraternité contre délit de solidarité
Le Conseil constitutionnel, dans une décision du 6 juillet dernier, en réponse, notamment, à Cédric Herrou, agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants dans la vallée de la Roya, appuyé par la CIMADE et la Ligue des droits de l'Homme, a jugé pour la première fois que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle, dans la mesure où il s'agit d'une aide humanitaire, désintéressée, sans considération de la régularité du séjour sur le territoire national.  Cette décision met donc fin au "délit de solidarité" décrié par les associations d'aide aux migrants.

Dans une tribune au Monde du 12 juillet 2018, Emmanuel Aubin, professeur à l’université de Poitiers, rappelle : « ayant rejoint l’égalité et la liberté pour former, depuis 1848, la devise nationale, la fraternité est passée, le 6 juillet, d’une dimension philosophico-politique au rang de norme juridique. La décision est historique et redonne du lustre à la fraternité qui semblait être diluée dans la solidarité nationale ».

Le service national universel, promoteur du service civique ?
Le gouvernement a annoncé qu'il allait progressivement mettre en place, à partir de l'été 2019, un service national universel (SNU) composé d'une première phase obligatoire d'un mois vers l'âge de 16 ans, puis d'une éventuelle mission facultative de trois à douze mois "pour ceux qui ont envie de s'engager davantage encore".
Pour Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique, cette annonce constitue une "perspective de développement supplémentaire" pour le service civique dont le nombre de volontaires devrait atteindre 150.000 en 2018.  En effet, lors de la journée de bilan autour du rapport d'activité 2017, il avait exprimé le souhait que le service civique soit maintenu et devienne le "navire amiral" du futur SNU. Le souhait semble exaucé !  


Louise Forestier

(1) Franceinfo.tv du 28/09/18

08 juin 2018

OpenAsso, une plateforme collaborative au service du monde associatif

Le 4 juin dernier, était organisée la soirée de lancement et de présentation d'OpenAsso, la plateforme collaborative du monde associatif.

Le constat
D'après Recherches et Solidarités, la France compte environ 1,3 millions d'associations, des grandes, des moyennes, des petites, qui "produisent" 3,5% du PIB français et interviennent dans des domaines très variés. Près de 70.000 associations se créent chaque année. Par ailleurs, 13 millions de français donnent de leur temps pour mener à bien les projets associatifs.
Toutes les associations, animées en grande partie par des bénévoles, ne disposent pas toujours, loin s'en faut, des réponses aux questions de toutes sortes qu'elles se posent dans leur gestion et leur fonctionnement au quotidien, mais aussi dans leurs choix d'organisation, et elles ne disposent pas d'espace et d'outils leur permettant d'échanger des informations et des conseils avec d'autres acteurs associatifs.

Ce manque est comblé avec OpenAsso ! Les associations disposent désormais d'un service gratuit leur permettant de poser des questions et d'obtenir des réponses fournies pas d'autres associations ou des experts.
"En ces temps quelque peu tourmentés pour les associations, leur avenir repose en partie sur leur entraide et la coopération" (Pascal Loviconi, fondateur d'Accointance)

De quoi s'agit-il ?
Fondée à l'initiative d'AssoConnect (1) Solidatech(2) et Recherches § Solidarités(3), la plateforme regroupe un grand nombre de partenaires qui apportent, chacun, leur expérience et leur savoir faire, et répondent aux questions posées par les associations. Parmi eux, la Ligue de l'Enseignement (30.000 associations), Animafac (étudiants et jeunes), le Mouvement Associatif (fédération de fédérations d'associations), Tous Bénévoles (relations associations-bénévoles) , Accointance (conseil et formation en financements associatifs), Fidal (plus grand cabinet d'avocats d'affaires français)... (la liste entière est à consulter sur le lien en bas de page). A ces partenaires, s'ajoute une cinquantaine d'experts sur des thématiques précises telles que "expertise comptable", "fundraising"...

Claire Dubien, responsable du développement de Solidatech résume en ces termes la philosophie et l'objectif poursuivis : "il manquait un espace d'échange entre associations pour qu'elles puissent partager leurs expériences et s'entraider dans la construction de leurs projets associatifs, une solution numérique nous semblait être la meilleure réponse pour s'affranchir des contraintes géographiques et logistiques" 

Comment ça marche ?
Pour devenir membre de la communauté, il suffit de créer un compte (c'est gratuit !) et ainsi, avoir accès à un espace de questions/réponses, sous forme d'échanges, et disposer d'un grand nombre d'informations et de conseils fournis pas les associations, les partenaires et les experts.


Le lien ci-dessous est la meilleure façon d'appréhender et de comprendre le fonctionnement de celle-ci.  
 https://www.openasso.org/page/305469-accueil

 

Louise Forestier


(1) AssoConnect est une société qui développe une plateforme d'outils en ligne destinés aux associations afin de leur fournir, à des "tarifs solidaires", les logiciels adaptés à leur gestion au quotidien, en fonction de leur domaine d'activité (sport, culture, défense des droits, éducation, etc...)
(2)Solidatech, quant à elle, propose des logiciels, équipements informatiques et formations, là aussi à des "tarifs solidaires"
(3) Recherches § Solidarités est un réseau associatif d'experts qui publie des études, des statistiques, des analyses sur toutes les formes de solidarité.

18 mai 2018

Rêv'Elles : rêver grand et se lancer

En cette fin d'après-midi caniculaire, une centaine de personnes sont rassemblées à Paris dans une atmosphère survoltée. Elles se retrouvent ce vendredi 20 avril au Conseil régional d'Ile-de-France pour célébrer la clôture d'un stage intitulé : "Rêv'Elles ton potentiel". Trente jeunes filles, âgées de 16,5 ans en moyenne, y ont consacré leur première semaine de vacances scolaires. Il s'agit d'une formation mixant dynamique de groupe et développement personnel, destinée à permettre aux intéressées de faire émerger leurs rêves d'avenir, de se révéler à elles-mêmes leurs principales forces et qualités, et de puiser l'énergie, les informations et les contacts nécessaires à la mise en branle des futurs envisagés.



Photo Dilan Pozza
La session qui prend fin ce jour-là est la 13e de ce type organisée depuis 2013. Module innovant d'aide à l'orientation scolaire et professionnelle transposé d'une expérience britannique, il a été mis en place par l'association Rêv'Elles à l'intention de jeunes Franciliennes de 14 à 22 ans vivant dans des quartiers prioritaires. Pourquoi elles ? Parce qu'"aux obstacles socio-culturels auxquels se heurtent tous les enfants issus de milieux modestes, s'ajoutent, pour les jeunes filles, l'auto-censure et une certaine pudeur de l'ambition", répond Athina Marmorat, fondatrice de Rêv'Elles. Et d'enfoncer le clou : "dans une société qui a appris à s'accommoder des inégalités entre les genres et où les modèles féminins de réussite se font trop rares ou trop discrets, les jeunes filles ont besoin qu'on leur redonne de l'espoir".

Mo-ti-vées !
A écouter les adolescentes de la promotion Joséphine Baker – comme à l'Ena, les stagiaires de Rêv'Elles baptisent leur groupe, mais en se rangeant bien sûr toujours, quant à elles, sous la bannière d'une femme –, Athina Marmorat a gagné son pari. Les jeunes filles réunies sont visiblement gonflées à bloc, pleines d'optimisme et d'envie d'en découdre avec la vie. Comme la slameuse Diariata N'Diaye, dont elles reprennent le refrain à tue-tête, les stagiaires se revendiquent "femmes libres et indépendantes". Ce sont aussi des femmes extrêmement motivées, ce qu'a démontré, toute la semaine, la ponctualité de Franciliennes souvent obligées de se lever très tôt pour rallier la capitale malgré la distance et les grèves de cheminots. Ainsi Yousra, 15 ans, qui habite la Seine-Saint-Denis, devait se réveiller à 5h30 pour se rendre dans le 13e arrondissement de Paris où le stage avait lieu. Accessoirement, il a aussi fallu que l'adolescente se familiarise avec l'utilisation des transports en commun. Mission accomplie : "maintenant, elle sait aller seule à Paris, c'est formidable !", se réjouit sa maman.



Athina Marmorat (au micro).  Photo Fabrice Viotty
Les grandes découvertes
En arrivant, les stagiaires marchent un peu sur des œufs. "On ne sait pas du tout dans quoi on s'embarque, témoigne Emilie. L'aventure s'avère visiblement féconde. Ce que les jeunes filles découvrent, au fil de la semaine, c'est d'abord elles-mêmes. "J'avais très peur de grandir, j'ai gagné beaucoup de confiance pour l'avenir", déclare Emilie. "J'ai grandi et je me suis regardée d'un œil nouveau", complète Ange. Et Lina de rebondir : "j'ai appris beaucoup sur moi, sur les autres et surtout sur le métier que je veux faire ".

Pendant les trois premiers jours, les adolescentes alternent ateliers collectifs et séances de coaching individuel visant précisément à les aider à mieux se connaître et à fortifier leur estime d'elles-mêmes, à développer leurs facultés d'expression, à élargir et mieux cerner leurs aspirations professionnelles. Le jeudi, on sort des murs pour se confronter à la réalité du monde du travail : le groupe dédoublé est allé passer la journée dans deux grosses entreprises, le cabinet d'audit KPMG et la multinationale de la chimie Dow Chemical. Repérage des métiers exercés dans ces entreprises, échanges avec des salariées et brèves simulations d'entretiens de recrutement avec des professionnelles des ressources humaines : cette immersion dans un univers aux codes inconnus ouvre aux jeunes filles des horizons qui ne le sont pas moins et peut même susciter des vocations. Le vendredi, enfin, point d'orgue de ce parcours : les stagiaires rencontrent des femmes actives aux profils variés – architectes, créatrices d'entreprise, femmes politiques, etc. –, à qui elles exposent leur projet d'orientation professionnelle ou un projet plus général de vie, et qui s'ouvrent à elles de leur propre itinéraire. Baptisées "rôles modèles", ces aînées tendent à leurs cadettes un kaléidoscope irisé d'images d'identification positive. 

Des femmes inspirantes
Flavie Maurat, directrice des achats chez Atos, géant mondial de services du numérique, fait partie de ces femmes inspirantes prêtes à donner de leur temps pour conseiller et stimuler la génération montante. "L'approche s'inscrit bien dans ma volonté d'aider, de transmettre, qui plus est à des jeunes filles, donc à un public pour lequel mon expérience en tant que femme peut être bénéfique", explique Flavie Maurat. "Le but est d'échanger avec les jeunes et de répondre à leurs questions par rapport à leurs envies d'orientation, de voir aussi si, dans nos réseaux, on peut les connecter à des gens susceptibles de leur être utiles", ajoute Flavie Maurat. D'ailleurs elle-même, dont c'est la première participation à un stage Rêv'Elles, a donné son mail personnel à une adolescente qui souhaite embrasser une carrière commerciale. Plus ancienne dans la démarche, Nezha Kandoussi, linguiste et agente de designers et d'artistes, a déjà eu l'occasion d'accompagner quelques jeunes filles dans la durée. Par exemple en leur organisant des rencontres avec des designers, ou en coachant de façon assez rapprochée une adolescente en échec scolaire, qui était intéressée par les langues étrangères, mais ne savait pas dans quelle profession se lancer pour tirer parti de cet intérêt. "Nous avons un système qui est toujours dans l'acquisition de connaissances, alors qu'elles sont aujourd'hui à portée de main", analyse Nezha Kandoussi. "Ce qu'il faut développer, c'est le savoir-être. On doit chercher à mettre en phase des vocations et des métiers, plutôt que simplement inscrire les gens dans des cases et les faire entrer dans des boîtes, au sens propre comme au sens figuré".
 
Et après ?
Depuis 2013, 373 jeunes filles ont bénéficié d'un stage "Rêv'Elles ton potentiel", proposé trois fois par an. Aiguillées vers cette formation par le milieu associatif ou scolaire, ainsi que par les médias, les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille, les candidates sont plus nombreuses que les places. D'où une sélection faite sur des critères sociaux et sur leur motivation. Lors du stage d'avril, Flavie Maurat a identifié deux catégories de participantes : de très bonnes élèves qui manquent de confiance en elles et des jeunes filles en situation de décrochage scolaire, qui ont besoin de faire le point. Que deviennent les stagiaires une fois la session achevée et l'enthousiasme groupal dissipé ? Pour que le soufflé ne retombe pas, les jeunes filles bénéficient d'un an d'accompagnement au travers de deux ateliers collectifs et deux séances de suivi individuel. Elles peuvent aussi participer à différentes activités organisées par l'association – visites pédagogiques, sorties culturelles ou cafés-débats sur des problématiques liées au pouvoir d'agir au féminin.

Document remis aux participantes à la fin du stage

Nawel, a participé il y a trois ans à un parcours Rêv'Elles. Alors âgée de 20 ans, elle avait arrêté ses études et enchaînait les petits boulots. "Je ne savais pas quel chemin prendre – ni s'il y avait vraiment un chemin pour moi", confie-t-elle. Le stage lui a permis de trouver sa voie, assure la jeune femme qui termine un master 2 de gestion des entreprises et veut créer la sienne. "J'ai compris l'importance de faire ce que l'on veut faire, de s'en donner les moyens et de ne rien lâcher. J'ai aussi compris que si je ne me bougeais pas, personne ne le ferait à ma place", souligne-t-elle. La formation Rêv'Elles est "une chance inouïe pour les jeunes filles", commente Jamila Abidi, mère de deux adolescentes qui en ont bénéficié. "Dommage que ça n'existe pas pour les garçons. Ni pour les mamans....".
Caroline Helfter

06 mai 2018

Bénévolat, associations : infos, actualités

En voyageant sur le web...


Une bonne nouvelle : Le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé le 16 avril dernier, l'attribution du label "grande cause nationale" pour 2018 à la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) qui regroupe des associations luttant contre les violences faites aux femmes. Ce label, qui existe depuis 1977, accorde  le droit d'obtenir "des diffusions gracieuses de campagnes d'information et de communication sur les radios et télévisions publiques"

Du nouveau pour les "aidants": la loi n° 2018-84 du 13 février 2018, crée un dispositif de don de jours de repos non pris au bénéfice des proches aidants de personnes en perte d'autonomie ou présentant un handicap. Ce dispositif est calqué sur celui déjà ouvert au bénéfice des parents d'un enfant gravement malade. Il s'ajoute au dispositif existant de "congé de proche aidant" non rémunéré. Avec le don de jours de repos non pris par un salarié, le bénéficiaire voit sa rémunération maintenue.

Bénévolat à la carte, une tendance qui se confirme : (Recherches et solidarités). C'est un type de bénévolat qui se développe de plus en plus, notamment chez les jeunes de moins de 35 ans, soit parce qu'ils manquent de temps, soit parce qu'ils sont davantage intéressés par un projet précis plutôt que par une cause ou une association.
Cela permet de ne pas s'engager sur du long terme sans avoir la certitude de persévérer, de tester son appétence pour l'action bénévole, de renouveler son intérêt et son énergie vers des projets diversifiés et de ne pas tomber dans la routine. Mais ne peut-on craindre un certain "éparpillement" ?

Une réflexion sur la crise du monde associatif : Pour soutenir le monde associatif en crise (difficultés de recrutement des actifs, suppression de la réserve parlementaire, subventions à la baisse, suppression progressive des contrats aidés), Julien Dive (député LR de la seconde circonscription de l'Aisne), dans son blog, émet trois suggestions :
  • valoriser l'engagement bénévole par la création d'un statut du  bénévole associatif qui ouvrirait l'accès à un certain nombre de droits, comme des droits à la retraite (une proposition de loi en ce sens a d'ailleurs été déposée par Julien Dive)
  • faciliter les aménagements du temps de travail pour les salariés qui ont un engagement citoyen et solidaire, à négocier avec l'employeur,
  • aider les associations au recrutement en créant un "contrat associatif" défiscalisé de charges
La fin de la réserve parlementaire :  (Le Monde du 6 mars 2018). Des députés LREM (notamment Bruno Bonnell, député du Rhône et Jean-Baptiste Djebbari, député de la Haute-Vienne) s'activent pour y pallier en se tournant désormais vers des entreprises. Cette réserve de 130.000 € dont disposaient les députés et à laquelle, parfois à juste titre, il était reproché, outre son manque de transparence, de favoriser un certain clientélisme, était néanmoins utilisée, dans bien des cas, à apporter un "coup de pouce" à des associations.
L'objectif est de "s'appuyer sur le mécénat d'entreprise" par la création de plates-formes (Cœur Villeurbanne, par exemple, association créée par Bruno Bonnell) pour susciter une levée de fonds afin d'aider des projets et également "de proposer la mise à disposition par les entreprises, de compétences  ou de locaux qui pourraient héberger des associations".
Des réserves sont cependant émises par certaines ONG de lutte contre la corruption. Elise Foucraut de Tranparency International, souligne "qu'il ne faudrait pas que ces plates-formes reproduisent les griefs qu'on pouvait formuler à l'encontre de la réserve parlementaire", le député demeurant finalement au centre du dispositif. Jean-Christophe Picard, président d'Anticor, quant à lui, note que "c'est un peu moins choquant que la réserve parce que ce n'est pas de l'argent public, mais ça ressemble à du clientélisme" et que le risque des "retours d'ascenseur" soient attendus par les investisseurs et que "l'élu se transforme en obligé de tous ceux qui vont l'aider à trouver des fonds"
Affaire  à suivre, donc, qui n'a pas fini de faire débat....

Benevolt, un site spécialisé pour les jeunes seniors : Ce site de mise en relation entre bénévoles et associations, s'adresse exclusivement aux "jeunes seniors" à partir de 55 ans. Pour le moment, son rayon d'action se situe dans l'ouest de la France (initiative nantaise), mais à moyen terme, le site souhaite se développer en Ile de France puis dans la France entière. Son objectif pour 2018 : 1000 associations inscrites.
ViensVoirMonTaf : C'est une association créée en 2015 par trois jeunes femmes au parcours riche et quelque peu atypique, qui aide les élèves de 3è des collèges REP à trouver un stage, 2/3 d'entre eux n'ayant aucun "piston", aucun réseau (familial notamment) qui puisse les aider. Elle se définit comme "le réseau des jeunes sans réseau". 300 stages ont pu être offerts en 2017. L'association ouvre prochainement une antenne à Marseille.
Aide au permis de conduire : Un peu partout en France, de plus en plus de municipalités proposent une aide financière au financement de leur permis de conduire, à des jeunes qui s'engagent bénévolement dans une association, dans un service municipal ou encore présentent un projet citoyen qui aura retenu l'attention. Un budget est alloué chaque année à ce dispositif. Un jury examine le profil et la motivation des candidats et désigne ainsi ceux qui seront bénéficiaires. Un partenariat est conclu avec les auto-écoles de la ville.
L'idée qui présidait, au départ, était de favoriser l'accès à l'emploi de jeunes de zones rurales en leur ouvrant la voie vers une autonomie de déplacement. Ce dispositif dépasse aujourd'hui les zones rurales. Il est conseillé d'appeler les services de la mairie de résidence pour savoir si ce type de dispositif existe.

Le mouvement associatif s'engage pour la parité : il a signé le 8 mars dernier, à l'occasion de la journée des droits des femmes, un engagement à :
  • atteindre la parité dans ses instances d gouvernance d'ici à 2020,
  • promouvoir cet objectif auprès de ses membres,
  • engager des actions en faveur de son atteinte dans les délais fixés.
Une affaire à suivre : le service national universel : Le groupe de travail chargé de définir les contours du futur service national universel (SNU) a rendu son rapport à Emmanuel Macron fin avril. Il préconise un service obligatoire d'un mois pour tous les jeunes à partir de 16 ans. En réponse, des associations appellent à maintenir et renforcer le service civique existant qui a remporté un vif succès car il est "une véritable expérience pratique de la fraternité", il s'adapte " aux envies d'implication des jeunes français au service de l'intérêt général", permet aux associations et services publics "de pouvoir démultiplier leurs actions par la mobilisation de jeunes aux compétences variées" et à des jeunes "de se sentir appartenir à la communauté nationale pour la première fois". Les associations invitent donc le président de la République à confirmer, dans le cadre des annonces à venir "son engagement à poursuivre le développement massif du service civique"(JDD.fr du 29 avril dernier)
L'opposition, quant à elle, dénonce le "flou" du projet et son coût (Le Point.fr du 30 avril dernier)
Des arbitrages doivent être rendus courant mai.

Louise Forestier

24 février 2018

Médecins du Monde au chevet des mineurs étrangers non accompagnés

"Je dors dans un foyer sur un matelas récupéré dans une poubelle, je suis seul en France", indique Ibrahima, 17 ans (tous les prénoms ont été modifiés). "Je dors dans la rue, j'ai déjà été agressé par une personne, je ne me sens pas en sécurité de dormir dans la rue", déclare Bertrand, 16 ans. "J'ai été deux fois à l'hôtel et hébergé par une personne qui m'a proposé des relations sexuelles, rien n'a été facile pour moi ici", confie Mamadou, 17 ans. Des témoignages de cet ordre, émanant de mineurs étrangers sans famille ni adulte investi de leur responsabilité sur le territoire français, Médecins du monde (MDM) en a recueilli pléthore. De fait, après le parcours souvent difficile – c'est peu de le dire –accompli par ces jeunes migrants, l'arrivée en France ne signifie pas forcément la fin des souffrances.

Les mineurs non accompagnés (MNA) sont nombreux à venir dans les centres d'accueil et de soins de MDM. Il s'agit presque toujours de garçons, dont l'âge moyen avoisine les 16 ans et qui, dans près de 90 % des cas, vivent à la rue. Constatant leur état alarmant au plan médical, mais aussi administratif et social, l'association a mis en place des programmes spécifiques à leur intention. Le premier a démarré à Paris en 2015, les autres à Caen, Rouen et Nantes, l'année suivante. L'idée est de proposer un accompagnement psycho-médico-social adapté, d'une part aux primo-arrivants dont la situation n'a pas encore été étudiée par les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance, chargés de protéger les enfants en danger, quelles que soient leur nationalité et la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ; d'autre part, aux adolescents qui, après évaluation de leurs papiers et de leur récit – parfois aussi en dehors de toute analyse de leur cas, sur la seule foi de leur apparence physique  – se sont vu signifier un refus de protection (1). L'inconditionnalité de la prise en charge des jeunes qui se déclarent mineurs non accompagnés ne s'entend, en effet, que si leur minorité et leur isolement sont avérés. Ils sont alors inexpulsables jusqu'à leur majorité.

                                                       (photo Dragan Lekic)

Remettre du sens dans des parcours chaotiques

En 2017, 243 adolescents ont été accueillis à la permanence parisienne de MDM dédiée aux mineurs non accompagnés (2). Ils s'y sont présentés spontanément, avertis de son existence par le bouche-à-oreille, ou ont été orientés vers elle par différents acteurs (associations, collectifs citoyens, avocats, etc.). "Les jeunes que nous rencontrons, quasi exclusivement des garçons, sont surtout venus d'Afrique subsaharienne (Côte d'Ivoire, Mali, Guinée)", précise le Dr Daniel Bréhier, co-responsable de ce programme animé par une équipe de 30 professionnels (généralistes, pédiatres, psys, accueillants-accompagnants, assistante sociale, ...) – dont 27 bénévoles.

Les mineurs reçus à Paris par MDM n'ont pas été "mandatés" par leur famille pour partir en quête d'un avenir meilleur en Europe, explique le Dr Bréhier. Ils se sont mis en route à la suite de conflits familiaux, notamment survenus après la mort de leur père et/ou de leur mère. Lorsqu'il s'est agi du décès paternel, les jeunes ont été pris en charge par leur oncle qui ne les a pas traités comme ses propres enfants – ils ont dû arrêter l'école et travailler dans les champs ou sur les marchés. Quand c'est la mère qui a disparu, le père s'est remarié et ce sont les relations avec la belle-mère qui ont fait difficulté. Dans les deux cas, les adolescents ont commencé par fuguer, puis ils ont fini par partir, avec d'autres, sans savoir où ils iraient.

Entrecoupés d'arrêts ici ou là, pour travailler ou parce que les mineurs sont emprisonnés, "ces voyages durent des mois et des mois, voire des années", souligne le Dr Bréhier. Les jeunes y sont constamment confrontés à la violence, à la peur et à la mort. En France, c'est à la rue, aux institutions et à la mise en cause de leur parole qu'il leur faut faire face.  "Compte tenu de l'importance de la parole en Afrique, cette suspicion est particulièrement éprouvante pour eux", commente le psychiatre.

A leur arrivée à la permanence de Médecins du monde, les adolescents présentent souvent un état de santé général très dégradé : en 2017, 39 % d'entre eux ont dû être immédiatement accompagnés vers une prise en charge hospitalière. Ils sont encore plus nombreux à souffrir de troubles psychiques. Il ne s'agit pas de pathologies psychiatriques proprement dites, mais de réactions à ce qu'ils ont vécu (troubles du sommeil, de la mémoire, anxiété, syndrome de stress post-traumatique). "Les jeunes disent avoir la tête qui chauffe, ils sont fatigués de lutter contre les pensées qui les assaillent, ils ont également du mal à se repérer dans le temps, lieux et durées sont confondus", détaille le Dr Bréhier. Rien d'étonnant, du coup, à ce que leurs récits soient aussi chaotiques qu'ont pu l'être leurs périples. Or, lors de l'évaluation de leur situation, des détails extrêmement circonstanciés leur sont demandés et les incohérences de leurs déclarations conduisent à en questionner la véracité et, partant, celle de l'âge qu'ils allèguent.

Précisément, aider les mineurs à remettre un peu de continuité et de sens dans leur vie et dans leurs histoires est au fondement du soutien que Médecins du monde leur apporte. Cela passe par des entretiens individuels, ainsi que par des groupes de parole où les MNA se retrouvent à une dizaine. Des consultations sociales permettent, par ailleurs, de répondre à leurs besoins fondamentaux en les orientant vers des structures adaptées et de favoriser l'ouverture de leurs droits.

Un nécessaire temps de mise en confiance

"Les obstacles dressés à l'encontre de l'accès aux droits et aux soins des enfants non accompagnés et les négligences institutionnelles dont ils font l'objet constituent des facteurs qui renforcent la vulnérabilité" de ce public extrêmement fragilisé et surexposé aux dangers, pointe Médecins du monde. Le 8 février, plusieurs avocats ont d'ailleurs alerté les autorités sur la situation "très préoccupante" de 128 mineurs de 13 à 17 ans, nommément identifiés, "livrés à eux-mêmes dans les rues de Paris, sans abri, par des températures négatives". C'est ce type de constat qui conduit MDM à militer pour un nouveau modèle d'accueil et de prise en charge des primo-arrivants. Les demandes d'évolution portent tant sur un changement dans les pratiques et l'esprit de l'accueil des mineurs (fin des refus-guichet – refus de protection fondé sur le "faciès" du jeune, le jour même où il se présente pour une évaluation (3) –, mise à l'abri inconditionnelle, écoute bienveillante), que sur une refonte du dispositif lui-même. L'idée est de dissocier totalement l'accueil de l'évaluation, et de faire de l'accueil un moment privilégié de répit et de soins.  "Comme il existe un temps incompressible avant l'évaluation – en moyenne 2 semaines à Paris –, ce temps doit permettre de favoriser la mise en confiance des jeunes et leur accès immédiat à des soins physiques et psychiques dispensés dans un endroit neutre", déclare Sophie Laurant, co-responsable du programme parisien de MDM.

Ces améliorations, cependant, sont-elles de saison ? A l'heure où l'Etat entend retirer aux services départementaux d'Aide sociale à l'enfance la responsabilité de l'hébergement provisoire d'urgence et de l'évaluation des jeunes se disant mineurs non accompagnés, Médecins du monde en doute fort. Bien sûr, les départements ont besoin de se voir allouer plus de moyens financiers pour faire face au nombre d'arrivées grandissant d'adolescents étrangers (4). Mais, transférer à l'Etat, compétent en matière d'immigration, la prise en charge initiale de ces jeunes, en les écartant du dispositif de protection de l'enfance, revient à nier leur minorité et les dangers qui les menacent, s'insurge l'association. Ces mineurs sont d'abord des enfants, avant d'être des migrants, plaide-t-elle.

Caroline Helfter


(1) De nombreux mineurs, qui ont été évalués "adultes" par l'Aide sociale à l'enfance, passent souvent plusieurs mois à la rue avant de voir leur minorité reconnue par un juge.

(2) Permanence pour les mineurs non accompagnés le mercredi de 14h15 à 18h s'il s'agit d'une première consultation, 15 Bd de Picpus, 75012 Paris. Contact : mie.idf@medecinsdumonde.net

(3) Selon MDM, 4000 des 7000 mineurs qui se sont présentés en 2017 au dispositif d'évaluation des mineurs isolés étrangers de Paris s'en sont vu refuser l'accès sur la base de leur apparence physique.

(4) Un rapport remis en janvier au Premier ministre indique qu'il y a eu 71 962 évaluations de minorité et d'isolement en 2017. Dans 58 % des cas (soit 41 741 jeunes), les adolescents ont été reconnus mineurs.


De rêves et de papier
547 jours avec les mineurs isolés étrangers

(éditions La Découverte, 2017, 16 €)

Ils s'appellent Ali, Oumar, Daniel, Fatoumata, Mirjet, Souley ou Youssef. Rozenn Le Berre les a côtoyés pendant un an et demi comme éducatrice spécialisée chargée d'évaluer leur situation. "Pour chacun de ces jeunes ou moins jeunes, j'ai contribué à orienter la décision", explique-t-elle. "Oui ou non. Mineur ou majeur. L'école ou la rue. L'espoir de régularisation ou le centre de rétention". Puis, elle a pris sa plus belle plume pour donner à voir "la violence de ces destins qui s'échouent sur les rives de l'administration française". Pari réussi : c'est passionnant.

C.H.

21 décembre 2017

Le 6 décembre à l'Hôtel de Ville de Paris...des "battles" pour débattre

C'est le 17 décembre 1985 à New-York que l'ONU a décidé de créer la journée mondiale du bénévolat afin de promouvoir le travail des bénévoles et mettre en avant le rôle joué par les structures associatives pour le développement économique et social.

Comme dans de nombreux pays, la France réserve une place de choix à cet évènement, tant au niveau régional que national.

Cette année, comme tous les ans, la Mairie de Paris a organisé le 6 décembre dernier un évènement à l'Hôtel de Ville, qui réunissait, au sein du « village des associations » les associations parisiennes actrices du changement et promotrices du bénévolat. Dix huit stands étaient là pour aider et conseiller les associations (formations, outils, financements, etc.,) et  proposer aux parisiens de mettre leurs compétences au service de celles-ci.

Parmi les différentes manifestations, deux tables rondes étaient organisées, l'une sur les spécificités de l'engagement étudiant, l'autre sur l'accompagnement des associations pour les aider à se développer. Un prochain article du blog relatera les interventions sur l'engagement étudiant.


Les "battles"
Mais l'originalité de cette soirée consistait en l'organisation de "battles", c'est à dire, pour reprendre une expression entendue, de " débats entre citoyens à côté des grandes conférences".
Le "jeu" consistait, sous la conduite d'un animateur qui lançait une question, à départager les participants (responsables d'associations et volontaires parmi le public) en deux groupes, les "oui" et les "non" en réponse à la question posée. Les participants se positionnaient à droite et à gauche de l'animateur. Des idées et des suggestions étaient alors échangées entre les deux groupes, chacun apportant ses arguments.

Trois thèmes prévus :
- S'engager : quel impact pour soi et pour les autres
- La diversité de l'engagement
- Le numérique : quelle plus-value pour les associations (finalement déprogrammé)



Les deux "battles" sur l'engagement ont retenu notre attention car, en dehors de l'aspect ludique de l'exercice qui s'est déroulé dans un climat de convivialité et de grande tolérance, des questions de fond ont été soulevées, qui méritent l'attention et la réflexion des associations et des bénévoles. En voici succinctement quelques-unes qui ont fait débat : 

L'impact de l'engagement pour soi et pour les autres :  
- Est-ce que s'engager, c'est mettre de côté sa vie privée ? Si l'engagement apporte un mieux-être, quelles sont ses limites, sachant qu'il est difficile de dire non ? N'appartient-il pas aux associations de fixer un cadre permettant aux bénévoles de sauvegarder leur vie privée ? mais l'engagement ne fait-il pas partie de sa vie personnelle ? 
- Est-ce se donner bonne conscience ? Qu'est ce que la bonne conscience ? Est-ce forcément péjoratif ? Donner un sens à sa vie ? Lorsque l'on s'engage, n'est-ce pas aussi pour une société future ? n'est-ce pas également, parfois, pour "rendre à la société" ce que l'on a reçu ?
- L'engagement devrait-il être obligatoire pour tous ? Ne doit-il pas demeurer un don, un choix libre et gratuit ? Beaucoup de personnes sont loin de l'engagement, et une obligation pourrait-elle être l'occasion de donner envie à ceux qui n'y pensaient pas (chômeurs) ? Devrait-on le rendre obligatoire à l'école ? En Angleterre, dans les écoles, les élèves doivent s'engager pour une cause, c'est une orientation pour leur vie d'adulte.

La diversité de l'engagement (s'engager avec toutes nos différences): 
- Une question lancée, : les associations sont-elles des "repaires de gauchistes" ? certes non pour l'immense majorité des participants (associations sportives, religieuses..) mais les bénévoles portent souvent une alternative sociétale, idéaliste. Y a t-il forcément une dimension politique, sociale...utopique ? Peut-on travailler, au sein des associations, avec toutes nos différences ? La force d'une association n'est-elle pas sa diversité politique ?
-Plusieurs générations au sein des associations : Doit-on "vivre séparés pour vivre heureux" ? Les jeunes ne sont-ils pas plus aptes, par exemple, à traiter les problématiques concernant les jeunes? Mais, de manière générale, ne doivent-ils pas prendre des responsabilités et gagner en autonomie ? Quelle est la limite jeunes/vieux ? La coexistence n'est-elle pas source d'enrichissement ?
- Pour réussir dans une association, faut-il être un homme, blanc, hétérosexuel? Doit-on imposer une parité comme dans les conseils citoyens ? Peut-on envisager des réunions non mixtes pour gagner en confiance ? Limiter le renouvellement des mandats, instaurer des quotas, prévoir des élections sans candidats ? 

Une source de réflexion
Ainsi, sous une apparence ludique, nombreuses sont les questions qui ont émergé et qui méritent réflexion au sein du monde associatif, et parmi elles :
- l'intergénérationnel dans les associations
- la place des femmes, des minorités, et leur accession à des postes de responsabilités au sein des associations
- l'engagement obligatoire ou non 
- Le bénévolat et vie privée.

......tout un programme !

                                                                      Louise Forestier

04 décembre 2017

Pêle-mêle, des infos sur le monde associatif et le bénévolat



Des mesures et des initiatives pour encourager le bénévolat chez les jeunes   
- L’IAE Lyon (elle n’est pas la seule)  rend obligatoire, pour les étudiants de première année, le don d’un minimum de 20 heures de bénévolat. Ce bénévolat compte dans les notes de passage en seconde année. « Nous voulions vraiment que tous les étudiants soient confrontés au monde associatif, leur montrer qu’il n’y a pas que les entreprises. Notre but est de former des managers responsables et cette démarche les aide à prendre conscience d’un certain nombre de choses » (Catherine Mercier-Suissa, responsable pédagogique)

- Un décret du 10 mai 2017, issu de la loi Egalité et Citoyenneté, et applicable
dès la rentrée 2017, entérine la reconnaissance de l’engagement des étudiants dans la vie associative, sociale ou professionnelle. Les établissements d’enseignement supérieur doivent mettre en œuvre un dispositif garantissant la validation des compétences, connaissances et aptitudes acquises par leurs étudiants dans l’exercice d’activités associatives, sociales ou professionnelles. La reconnaissance peut prendre plusieurs formes : attribution d’éléments constitutifs d’une unité d’enseignement,  crédits européens « ECTS », dispense totale ou partielle de certains enseignement ou stages…
De même seront possibles des aménagements dans l’organisation et le déroulement des études et des examens (emploi du temps)
De très nombreuses universités sont sur le pied de guerre afin d’organiser au mieux cette reconnaissance. Des problèmes se posent, tout particulièrement celui de savoir quelles sont les activités associatives qui peuvent être concernées..

- Pour susciter le  bénévolat des jeunes et s'attaquer à un problème récurrent, celui du logement des étudiants, signalons une initiative  lancée par la Ville de Paris qui a transformé plusieurs appartements familiaux en colocations étudiantes dans des résidences sociales, dans les 12è, 14è, 17è, 18è, 19è et 20é arrondissements, pour un prix modique (par exemple, un T3 de 42m2 dans le 20è est loué 275€ hors APL). Une centaines d’étudiants ont bénéficié de ce dispositif à la rentrée 2017. 


En contrepartie de cet avantage, les étudiants s’engagent à effectuer 4 ou 5 heures de bénévolat par semaine (cours de langue française, soutien scolaire..)
La Ville de Paris n’est pas la seule pour ce type d’initiative. Plusieurs villes de France y ont eu recours, notamment Nantes avec le concept de « voisins solidaires » qui promeut le logement de jeunes dans une résidence pour personnes âgées, moyennant un loyer symbolique en échange d’un peu de temps consacré aux personnes âgées.

Du côté des associations
- Une proposition de loi a été déposée le 17 octobre dernier, visant à atténuer les condamnations de dirigeants bénévoles d’associations à but non lucratif, au titre de l’action en responsabilité pour insuffisance d’actif. Cette proposition considère en effet que le responsable associatif qui commet des erreurs de gestion, même de bonne foi, ne dispose d’aucune des protections dont peut disposer un dirigeant d’entreprise pour limiter sa responsabilité personnelle (patrimoine d’affectation, statut juridique de la société…)
Cette proposition demande donc au tribunal de tenir compte de la qualité de bénévole et des moyens qu’avait l’association pour se prémunir des risques financiers. Affaire à suivre….


- Un tollé chez les associations après l’annonce de la suppression d’un très grand nombre de contrats aidés en 2017 (passant de 459.000 à 310.000 ), la suppression devant se poursuive en 2018. Les collectivités locales sont concernées, mais aussi un grand nombre d’associations. Ces contrats aidés constituent en effet un tremplin d’intégration et permettent d’assurer ou de renforcer certaines missions d’intérêt général. En conséquence, des associations s’interrogent sur leur capacité à continuer, dans les prochains mois, leurs actions de proximité, les perdants étant les salariés qui bénéficient de ces contrats et les bénéficiaires des actions menées grâce à ce dispositif. Le mouvement associatif a dénoncé une décision prise sans concertation ni préparation et souhaite « que l’année 2018 soit une année de transition et non une année de rupture »
La presse s’en étant largement fait l'écho, et notamment tout récemment à l'occasion de la discussion au parlement de la loi de finances 2018,  nous n’y revenons pas. 


A savoir :
- Tout bénévolat n’est pas autorisé : un arrêt de la cour de cassation a interdit formellement à un chômeur d’intervenir bénévolement, même de manière accessoire, pour son ancien employeur, et justifie la décision de Pôle Emploi de réclamer les indemnités versées.

- Une mine de renseignements à découvrir dans la version 2017 de l’étude sur la France bénévole publiée par Recherches et solidarité (à télécharger sur le site de l’association)



- Enfin, pour terminer, un type de bénévolat non répertorié : sachez que depuis le vendredi 3 novembre à 11h44, les femmes travaillent bénévolement jusqu’à la fin de l’année.  C’est en effet la constatation faite encore cette année par la newsletter féministe « Les Glorieuses », pour souligner l’écart moyen de salaire  qui est encore de 15,8% entre les hommes et les femmes. Un bénévolat, là où on ne l'attend pas !


Lu pour vous
Une étude originale, s’appuyant sur l’observation d’une association humanitaire française, pose la problématique de la contradiction entre les valeurs associatives que se sont appropriées les bénévoles et la professionnalisation des associations qui se dotent d’outils de plus en plus sophistiqués venus du « monde marchand » dans un souci d’efficience et de  performance. On risque alors d’assister à un amenuisement de l’engagement et de la motivation des bénévoles. 
Des pistes managériales sont proposées, en prenant en compte une typologie des bénévoles établie en fonction de leurs valeurs et de la perception qu’ils ont des outils de gestion.

Cette étude
a été menée par deux universitaires de l'université de Rouen
https://www.agrh.fr/assets/actes/2014-Cousineau-Damart.pdf


                                                                                 Louise Forestier

22 juin 2017

Les vacances approchent....du tourisme solidaire ?

Les abus d'un certain type de tourisme
Il y a deux ans, nous avions tiré la sonnette d'alarme sur le "business" et les dérives que constituent certaines offres  sans scrupules de tourisme humanitaire, le "volontourisme" comme disent les anglo-saxons.

Il s'agit là d'un phénomène de mode, environ 1,5 millions de volontouristes ayant été répertoriés dans le monde en 2015 

Il y a quelques semaines, le sujet est réapparu dans l'émission "Envoyé spécial" qui a rediffusé un reportage édifiant sur "le business de la charité": des touristes qui partent au bout du monde, en Inde, au Cambodge, au Népal, clients de  tour-opérateurs qui proposent des "circuits humanitaires" clés en main.

Au Cambodge, un tour opérateur, outre un voyage touristique dans le pays, inclut dans son "forfait", le financement, dans un village, de pompes à eau par les touristes dont les noms figurent sur les installations et qui reviennent dans leur pays, photos à l'appui, avec le sentiment d'avoir œuvré pour améliorer le sort des populations cambodgiennes. Mais quelques temps plus tard, un retour des journalistes sur les lieux montre des pompes à eau inutilisables, cassées, non réparées, sous le regard fataliste et désabusé des habitants...

Une autre agence installée à Angkor, fait venir des volontaires pour donner des cours d'anglais à des enfants (sans vérifier le profil ou les compétences des volontaires). Les volontaires changent tous les quatre jours !! 600 agences de volontourisme sont ainsi dénombrées dans la région de Siem Reap (Angkor)

A Kathmandou, (on apprend que le nombre d'orphelinats dépasse le nombre d'orphelinats sur le continent européen), de nombreuses ONG se sont installées depuis le tremblement de terre...des aubaines pour des agences de tourisme et des associations peu scrupuleuses, notamment l'une d'entre elles qui recueille des orphelins  afin d'attirer la compassion de voyageurs/donateurs...qui ignorent qu'il s'agit souvent de faux orphelins arrachés à leur famille avec la complicité des autorités corrompues qui modifient les états civils ("blanchiment d'enfants", "orphelins de papier" estimés à 85% des enfants recueillis).

Les voyageurs, malheureusement, ne se posent pas la question de l'utilisation de l'argent qu'ils ont versé - généralement autour de 2000 euros pour deux semaines, hors coût de l'avion et du visa - le reportage montrant que les marges bénéficiaires de ces tours opérateurs peu scrupuleux sont dix fois plus élevées que dans le tourisme ordinaire.
Ce qui intéresse les voyageurs, c'est de savoir ce qu'ils ont fait, sans s'occuper de la suite, de l'utilité, du suivi, de savoir si ça marche (pour les pompes à eau..)
Il s'agit de solutions à court terme, sans apport véritable pour le développement. Le volontariat est devenu un objet de consommation comme un autre.
(voir l'article cité plus haut).

Isabelle, une volontouriste heureuse....

Ne voulant pas rester sur l'impression et le jugement induits par les reportages qui ont tendance à fustiger ce type de tourisme,  j'ai voulu entendre le récit d'une jeune "volontouriste" rentrée récemment du Bénin. Son approche et ses motivations n'ont pas la prétention de sauver le monde ou d'aider au développement d'un pays africain. Elle parle tout simplement de solidarité et d'entr'aide.
Isabelle a 30 ans, elle travaille dans  une agence de voyages en ligne qui propose des voyages à la carte. Elle connaît donc parfaitement le secteur du tourisme et le monde des agences de voyages.

A la fin de ses études d'infirmière, elle a décidé d'opérer une reconversion et se diriger vers un secteur qui l'avait toujours attirée et correspondait davantage à ses aspirations, celui du tourisme. Avant d'entamer cette nouvelle tranche de vie, et pour "faire un break", elle a souhaité partir en mission humanitaire, son autre domaine de prédilection. Mais les ONG contactées ne proposant que des missions de six mois au minimum, elle a  dû renoncer à ce projet et a donc entamé son nouveau cursus universitaire à l'issue duquel elle a débuté sa carrière professionnelle.

Mais elle n'a pas pour autant mis  de côté l'empathie qu'elle ressent  et l'intérêt qu'elle porte aux enfants démunis des pays du sud.

C'est ainsi qu'elle a décidé de faire l'expérience de "voyager autrement", et expérimenter le "tourisme solidaire et équitable",  leit motiv de l'association Double Sens à laquelle elle s'est adressée en toute confiance. Cette agence, créée il y a quelques années par deux amis, se revendique comme une entreprise de l'économie sociale et solidaire et propose un tourisme en Afrique, Asie, Amérique du Sud.

Elle rentre d'un séjour d'un mois au Bénin où elle a effectué une mission de trois semaines à plein temps dans une pouponnière d'Abomey (une ville de 80.000 habitants au centre du Bénin), suivie d'une semaine de découverte du pays. Il s'agit d'une pouponnière gérée et financée en grande partie par une association italienne et qui fonctionne avec des religieuses béninoises . Elle recueille des petits enfants jusqu'à quatre ans, orphelins de mère et ne pouvant pas (temporairement) être pris en charge par leur famille.

La mission d'Isabelle (et de trois autres voyageuses) consistait à "faire des

câlins", jouer, éveiller, dessiner, lire des histoires, promener les enfants., leur parler...tout ce qui est essentiel aux jeunes enfants privés de lien maternel et nécessaire  à leur développement psycho-moteur et affectif, en dehors des soins proprement dits (change, nourriture..).

La pérennité de la mission est assurée par le relais des voyageurs qui se succèdent, à laquelle veille un coordonnateur local rémunéré par l'Agence. C'est ce coordonnateur qui assure le suivi et l'organisation des missions sur place, dont, en dehors de la pouponnière, alphabétisation (après vérification des compétences des voyageurs et avec encadrement) et initiation à l'informatique auprès de jeunes en attente de prothèses dans un centre de rééducation, participation aux récoltes locales....autant d'activités qui relèvent de l'entr'aide et de la solidarité, sans connotation d'assistanat ou de "néo-colonialisme", ce qu'elle n'a pas du tout ressenti dans ses relations avec les nombreuses personnes rencontrées et avec lesquelles elle a partagé le quotidien.

A propos de cette mission, Isabelle parle de solidarité et non d'humanitaire (ce qui est d'ailleurs précisé sur le site de Double Sens) et elle m'a convaincue. Ne pouvant, comme beaucoup, arrêter son travail et partir plusieurs mois en mission humanitaire, elle estime que le concept de "volontourisme" peut être un bon compromis.

Elle a vu son voyage comme une occasion de découvrir l'Afrique, s'ouvrir l'esprit, partager la vie locale, échanger, rencontrer pour dialoguer.  Intervenir dans une pouponnière a été l'occasion de "donner un coup de main", aider, sans pour autant avoir l'impression d'apporter, de transplanter un savoir faire venu de l'occident ou de participer au développement d'un pays.

Jamais elle n'aurait eu l'idée de partir installer des pompes à eau.....

"J'étais là avant tout comme une voyageuse, l'aspect humanitaire n'était pas primordial", dit-elle..."c'est une expérience, pas un but en soi". .... et l'objectif du voyage "est largement récompensé et comblé par le sourire des enfants"

Elle ne sait pas si elle renouvellera cette expérience, mais elle perpétue quelque peu l'action menée sur le terrain, dans la mesure où elle a décidé de "lever des fonds" pour approvisionner la pouponnière en couches....sans ce voyage, l'idée ne lui serait pas venue !

Elle souligne aussi que, comme tout voyage touristique, les "retombées" pour le commerce local sont loin d'être négligeables.


J'ajouterai une remarque personnelle : n'est ce pas, finalement, également, un moyen de faire savoir, témoigner, tenter de faire comprendre pourquoi, en voyant des populations démunies, des êtres humains sont poussés à chercher ailleurs une vie meilleure ?

Quant à la qualité de l'agence, Isabelle, qui connaît bien le secteur touristique et les abus dans ce domaine, confirme qu'il s'agit d'une agence de voyages comme une autre, bien organisée, très contrôlée sur place.

Nous n'avons pas beaucoup abordé la question du prix (2500 euros pour un mois) qu'elle considère non exhorbitant, compte tenu de la durée du voyage et de la qualité des prestations (logement, repas, visites du pays, différents salaires payés sur place....)

Nous ne ferons pas de commentaire sur ce point, nous voulions simplement recueillir le témoignage d'un(e) "volontouriste".

Un conseil pour terminer : se méfier, prendre toutes précautions avant de choisir une agence, ne pas avoir la prétention de participer au développement (les ONG sont là, c'est leur métier),.....et laisser de côté ses préjugés, ne pas partir avec une "casquette" d'occidental(e)

                                                                          Louise Forestier