24 février 2018

Médecins du Monde au chevet des mineurs étrangers non accompagnés

"Je dors dans un foyer sur un matelas récupéré dans une poubelle, je suis seul en France", indique Ibrahima, 17 ans (tous les prénoms ont été modifiés). "Je dors dans la rue, j'ai déjà été agressé par une personne, je ne me sens pas en sécurité de dormir dans la rue", déclare Bertrand, 16 ans. "J'ai été deux fois à l'hôtel et hébergé par une personne qui m'a proposé des relations sexuelles, rien n'a été facile pour moi ici", confie Mamadou, 17 ans. Des témoignages de cet ordre, émanant de mineurs étrangers sans famille ni adulte investi de leur responsabilité sur le territoire français, Médecins du monde (MDM) en a recueilli pléthore. De fait, après le parcours souvent difficile – c'est peu de le dire –accompli par ces jeunes migrants, l'arrivée en France ne signifie pas forcément la fin des souffrances.

Les mineurs non accompagnés (MNA) sont nombreux à venir dans les centres d'accueil et de soins de MDM. Il s'agit presque toujours de garçons, dont l'âge moyen avoisine les 16 ans et qui, dans près de 90 % des cas, vivent à la rue. Constatant leur état alarmant au plan médical, mais aussi administratif et social, l'association a mis en place des programmes spécifiques à leur intention. Le premier a démarré à Paris en 2015, les autres à Caen, Rouen et Nantes, l'année suivante. L'idée est de proposer un accompagnement psycho-médico-social adapté, d'une part aux primo-arrivants dont la situation n'a pas encore été étudiée par les services départementaux de l'Aide sociale à l'enfance, chargés de protéger les enfants en danger, quelles que soient leur nationalité et la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ; d'autre part, aux adolescents qui, après évaluation de leurs papiers et de leur récit – parfois aussi en dehors de toute analyse de leur cas, sur la seule foi de leur apparence physique  – se sont vu signifier un refus de protection (1). L'inconditionnalité de la prise en charge des jeunes qui se déclarent mineurs non accompagnés ne s'entend, en effet, que si leur minorité et leur isolement sont avérés. Ils sont alors inexpulsables jusqu'à leur majorité.

                                                       (photo Dragan Lekic)

Remettre du sens dans des parcours chaotiques

En 2017, 243 adolescents ont été accueillis à la permanence parisienne de MDM dédiée aux mineurs non accompagnés (2). Ils s'y sont présentés spontanément, avertis de son existence par le bouche-à-oreille, ou ont été orientés vers elle par différents acteurs (associations, collectifs citoyens, avocats, etc.). "Les jeunes que nous rencontrons, quasi exclusivement des garçons, sont surtout venus d'Afrique subsaharienne (Côte d'Ivoire, Mali, Guinée)", précise le Dr Daniel Bréhier, co-responsable de ce programme animé par une équipe de 30 professionnels (généralistes, pédiatres, psys, accueillants-accompagnants, assistante sociale, ...) – dont 27 bénévoles.

Les mineurs reçus à Paris par MDM n'ont pas été "mandatés" par leur famille pour partir en quête d'un avenir meilleur en Europe, explique le Dr Bréhier. Ils se sont mis en route à la suite de conflits familiaux, notamment survenus après la mort de leur père et/ou de leur mère. Lorsqu'il s'est agi du décès paternel, les jeunes ont été pris en charge par leur oncle qui ne les a pas traités comme ses propres enfants – ils ont dû arrêter l'école et travailler dans les champs ou sur les marchés. Quand c'est la mère qui a disparu, le père s'est remarié et ce sont les relations avec la belle-mère qui ont fait difficulté. Dans les deux cas, les adolescents ont commencé par fuguer, puis ils ont fini par partir, avec d'autres, sans savoir où ils iraient.

Entrecoupés d'arrêts ici ou là, pour travailler ou parce que les mineurs sont emprisonnés, "ces voyages durent des mois et des mois, voire des années", souligne le Dr Bréhier. Les jeunes y sont constamment confrontés à la violence, à la peur et à la mort. En France, c'est à la rue, aux institutions et à la mise en cause de leur parole qu'il leur faut faire face.  "Compte tenu de l'importance de la parole en Afrique, cette suspicion est particulièrement éprouvante pour eux", commente le psychiatre.

A leur arrivée à la permanence de Médecins du monde, les adolescents présentent souvent un état de santé général très dégradé : en 2017, 39 % d'entre eux ont dû être immédiatement accompagnés vers une prise en charge hospitalière. Ils sont encore plus nombreux à souffrir de troubles psychiques. Il ne s'agit pas de pathologies psychiatriques proprement dites, mais de réactions à ce qu'ils ont vécu (troubles du sommeil, de la mémoire, anxiété, syndrome de stress post-traumatique). "Les jeunes disent avoir la tête qui chauffe, ils sont fatigués de lutter contre les pensées qui les assaillent, ils ont également du mal à se repérer dans le temps, lieux et durées sont confondus", détaille le Dr Bréhier. Rien d'étonnant, du coup, à ce que leurs récits soient aussi chaotiques qu'ont pu l'être leurs périples. Or, lors de l'évaluation de leur situation, des détails extrêmement circonstanciés leur sont demandés et les incohérences de leurs déclarations conduisent à en questionner la véracité et, partant, celle de l'âge qu'ils allèguent.

Précisément, aider les mineurs à remettre un peu de continuité et de sens dans leur vie et dans leurs histoires est au fondement du soutien que Médecins du monde leur apporte. Cela passe par des entretiens individuels, ainsi que par des groupes de parole où les MNA se retrouvent à une dizaine. Des consultations sociales permettent, par ailleurs, de répondre à leurs besoins fondamentaux en les orientant vers des structures adaptées et de favoriser l'ouverture de leurs droits.

Un nécessaire temps de mise en confiance

"Les obstacles dressés à l'encontre de l'accès aux droits et aux soins des enfants non accompagnés et les négligences institutionnelles dont ils font l'objet constituent des facteurs qui renforcent la vulnérabilité" de ce public extrêmement fragilisé et surexposé aux dangers, pointe Médecins du monde. Le 8 février, plusieurs avocats ont d'ailleurs alerté les autorités sur la situation "très préoccupante" de 128 mineurs de 13 à 17 ans, nommément identifiés, "livrés à eux-mêmes dans les rues de Paris, sans abri, par des températures négatives". C'est ce type de constat qui conduit MDM à militer pour un nouveau modèle d'accueil et de prise en charge des primo-arrivants. Les demandes d'évolution portent tant sur un changement dans les pratiques et l'esprit de l'accueil des mineurs (fin des refus-guichet – refus de protection fondé sur le "faciès" du jeune, le jour même où il se présente pour une évaluation (3) –, mise à l'abri inconditionnelle, écoute bienveillante), que sur une refonte du dispositif lui-même. L'idée est de dissocier totalement l'accueil de l'évaluation, et de faire de l'accueil un moment privilégié de répit et de soins.  "Comme il existe un temps incompressible avant l'évaluation – en moyenne 2 semaines à Paris –, ce temps doit permettre de favoriser la mise en confiance des jeunes et leur accès immédiat à des soins physiques et psychiques dispensés dans un endroit neutre", déclare Sophie Laurant, co-responsable du programme parisien de MDM.

Ces améliorations, cependant, sont-elles de saison ? A l'heure où l'Etat entend retirer aux services départementaux d'Aide sociale à l'enfance la responsabilité de l'hébergement provisoire d'urgence et de l'évaluation des jeunes se disant mineurs non accompagnés, Médecins du monde en doute fort. Bien sûr, les départements ont besoin de se voir allouer plus de moyens financiers pour faire face au nombre d'arrivées grandissant d'adolescents étrangers (4). Mais, transférer à l'Etat, compétent en matière d'immigration, la prise en charge initiale de ces jeunes, en les écartant du dispositif de protection de l'enfance, revient à nier leur minorité et les dangers qui les menacent, s'insurge l'association. Ces mineurs sont d'abord des enfants, avant d'être des migrants, plaide-t-elle.

Caroline Helfter


(1) De nombreux mineurs, qui ont été évalués "adultes" par l'Aide sociale à l'enfance, passent souvent plusieurs mois à la rue avant de voir leur minorité reconnue par un juge.

(2) Permanence pour les mineurs non accompagnés le mercredi de 14h15 à 18h s'il s'agit d'une première consultation, 15 Bd de Picpus, 75012 Paris. Contact : mie.idf@medecinsdumonde.net

(3) Selon MDM, 4000 des 7000 mineurs qui se sont présentés en 2017 au dispositif d'évaluation des mineurs isolés étrangers de Paris s'en sont vu refuser l'accès sur la base de leur apparence physique.

(4) Un rapport remis en janvier au Premier ministre indique qu'il y a eu 71 962 évaluations de minorité et d'isolement en 2017. Dans 58 % des cas (soit 41 741 jeunes), les adolescents ont été reconnus mineurs.


De rêves et de papier
547 jours avec les mineurs isolés étrangers

(éditions La Découverte, 2017, 16 €)

Ils s'appellent Ali, Oumar, Daniel, Fatoumata, Mirjet, Souley ou Youssef. Rozenn Le Berre les a côtoyés pendant un an et demi comme éducatrice spécialisée chargée d'évaluer leur situation. "Pour chacun de ces jeunes ou moins jeunes, j'ai contribué à orienter la décision", explique-t-elle. "Oui ou non. Mineur ou majeur. L'école ou la rue. L'espoir de régularisation ou le centre de rétention". Puis, elle a pris sa plus belle plume pour donner à voir "la violence de ces destins qui s'échouent sur les rives de l'administration française". Pari réussi : c'est passionnant.

C.H.

11 février 2018

Volontariat international : équilibrer les échanges.

Les voyages, c'est bien connu, forment la jeunesse. Ouverture d'esprit, rencontre des autres, découverte de façons différentes de vivre et de penser : on n'en finirait pas de lister les bénéfices du contact personnel avec "le grand livre du monde" — selon une expression des philosophes des Lumières. Pourtant, si les jeunes Français ont depuis longtemps la possibilité d'exercer leur solidarité auprès des populations du Sud, leurs alter ego de ces pays n'ont pas les mêmes opportunités en France. De fait, quelque 20 000 jeunes habitants de l'Hexagone, toutes modalités d'engagement confondues, partent chaque année à l'étranger pour une mission de volontariat. Mais, ce volontariat "transformateur de la personne et transformateur de société", fonctionne à sens unique, pointe Yves Pelletier, ancien responsable de programmes à France Volontaires, organisme public dédié à ce type d'engagements. "On fait de l'international, on n'accueille pas", commente-t-il. D'où l'intérêt du volontariat international de réciprocité, que promeut France Volontaires depuis quelques années. L'idée est simple : "je vais chez toi, tu viens chez moi". Plus diplomatiquement exprimé, il s'agit de remédier à l'asymétrie des relations Nord-Sud en développant des échanges de volontaires entre la France et les pays qui accueillent des jeunes Français. Pas forcément des échanges "un pour un" dans une vision comptable et simultanée de la réciprocité, mais des échanges bi- ou multi-latéraux entre partenaires, qui tendent à s'équilibrer.


C'est en 2010, avec l'instauration du service civique, que la réciprocité des engagements volontaires à l'international se voit juridiquement et financièrement encouragée. La loi du 10 mars 2010, qui crée ce dispositif de volontariat pour les 16-25 ans (30 ans si les jeunes sont en situation de handicap), permet en effet à tous les pays accueillant des volontaires français d'envoyer eux aussi leurs ressortissants effectuer une mission d'intérêt général en France, pour une durée de 6 à 12 mois. Pendant leur séjour, les intéressés bénéficient de la sécurité sociale et d'une indemnité mensuelle de 477 euros que leur alloue l'Agence de service civique – de la même manière qu'elle le fait pour les volontaires français qui partent à l'étranger. La structure française d'accueil (association, fondation, collectivité territoriale, établissement public) se voit, quant à elle, défrayée de 100 euros par mois pour le tutorat du volontaire, mais elle a à sa charge le logement et la souscription d'une complémentaire santé et d'une assurance rapatriement pour ce dernier, ainsi que, très généralement, ses frais de voyage.

Des rencontres improbables

Rencontre entre le projet porté par un organisme non lucratif dans les domaines de l'éducation, du développement, de la santé, de l'action humanitaire, de l'environnement, de la culture, du sport, ..., et le projet personnel d'engagement d'un jeune, le volontariat international de réciprocité est souvent l'occasion de rencontres assez improbables. Par exemple, celle de Ramasta et de Claudia, venues du Burkina-Faso l'an dernier, avec les jeunes Normands qui fréquentent la mission locale de L'Aigle/Mortagne-au-Perche (Orne) où elles ont été chargées d'un rôle d'accueil et de médiation, celle de Jarbas, Brésilien de 22 ans, avec les élèves du lycée agricole de Radinghem (Pas-de-Calais), où il a réalisé en 2016 une mission d'agrotourisme, ou encore celle de Pranjal, 24 ans, originaire de Pondichéry (Inde), avec des collégiens de Mayenne, en Pays de Loire, à qui il a fait partager, d'un même mouvement, sa connaissance de l'anglais et son amour des danses de " Bollywood".

A l'association Cool'eurs du Monde de Bassens (Gironde), qui coordonne depuis 4 ans des programmes de volontariat international de réciprocité, on insiste beaucoup sur la simultanéité des échanges et le caractère à la fois collectif et individuel de la démarche. Ainsi en 2014-2015, dans le cadre du premier projet de ce type monté par l'association, 10 volontaires Aquitains ont rejoint le Sénégal cependant que 9 jeunes Sénégalais ralliaient la France. Deux temps collectifs avaient été organisés pour les intéressés – appariés en binômes en fonction de leurs centres d'intérêt (rugby, hip-hop, développement local, ...) et censés rester en lien durant leurs missions respectives. "Avant le départ des Français, les Sénégalais ont passé 10 jours avec eux en Gironde", précise Jean-Marc Dutreteau, directeur de l'association. Au terme de leur engagement, tous les volontaires se sont à nouveau retrouvés pour relire collectivement leur expérience. En procédant sur ce modèle, Cool'eurs du Monde a orchestré, depuis 2014, une soixantaine d'échanges mutuels entre volontaires, avec des jeunes venus d'une quinzaine de pays – principalement le Sénégal, le Maroc et le Burkina-Faso. "L'idée est aujourd'hui de nous diversifier au niveau des continents et des Etats", souligne Jean-Marc Dutreteau, qui lorgne du côté du Pérou, de l'Equateur, du Cambodge et du Vietnam.

C'est avec le même souci de variété des partenariats et d'équilibre de la réciprocité que les Cemea Bourgogne (Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active) ont piloté, entre 2012 et 2017, plusieurs échanges tri-latéraux entre Bourguignons, Chiliens de la région du Maule et Sud-Africains de la province Cap occidental : 6 volontaires français partaient pour 6 mois en Afrique du Sud et 4 au Chili ; parallèlement, 6 Sud-Africains et 4 Chiliens venaient en Bourgogne. L'éducation au développement et l'ouverture sur le monde étaient au cœur de ces mobilités croisées, au terme desquelles les volontaires voyaient leur expérience valorisée dans leur projet personnel et professionnel. De fait, il y un vrai besoin de reconnaissance de ce qu'apporte aux jeunes – et aux pays – cet engagement à l'international, souligne Pierre Soëtard, directeur de pôle à France Volontaires. Cet apport s'évalue à la fois en termes d'enrichissement interculturel et d'accroissement des compétences, comme celles dont les volontaires font montre quand, à leur retour, ils se lancent dans la création d'activités économiques. 

Généraliser le principe de la réciprocité

L'accueil de volontaires étrangers continue cependant à pécher par sa modestie. En 2016, 1367 Français ont effectué un service civique à l'international, pour environ 150 jeunes non ressortissants de l'Union européenne missionnés dans le même cadre en France. Il est vrai que le montage de tels projets n'est pas simple et prend du temps, reconnaît Pierre Soëtard. Les associations françaises sont notamment confrontées à la question des financements complémentaires mobilisables pour assurer l'accompagnement des jeunes accueillis et couvrir leurs frais de logement. Le coût des loyers étant particulièrement élevé dans les grandes villes, il y a l'alternative de l'hébergement chez des particuliers. Cette formule présente également l'avantage de permettre aux étrangers de se frotter à la vie de famille hexagonale, mais elle ne s'avère pas toujours appréciée ni des volontaires, ni des logeurs.

 En dépit des difficultés, un nombre croissant d'Etats se disent convaincus que la dimension internationale du volontariat doit être encouragée pour nourrir des liens de coopération et de solidarité plus robustes. Une centaine d'acteurs de 22 pays – représentants d'organisations nationales et internationales de volontariat, d'associations d'envoi ou d'accueil, d'agences de développement – se sont retrouvés à Niamey (Niger), fin novembre, pour l'affirmer. "Dans un monde en pleine mutation, où le vivre ensemble est un défi pour toutes les sociétés, le développement de la réciprocité des engagements est une nécessité", s'accordent-ils à déclarer. Cela implique de renforcer et d'élargir les partenariats et, bien sûr aussi, de mobiliser des investissements à la hauteur de l'enjeu. Pour dépasser le stade de la simple pétition de principe, un groupe d'une dizaine d'organisations de 4 continents (Asie, Amérique latine-Caraïbes, Afrique et Europe) a été constitué. Il tiendra sa première réunion fin février au siège de France Volontaires, en banlieue parisienne. A suivre, donc.



                                                                                Caroline Helfter


Pour toute information complémentaire : https://www.france-volontaires.org/-Reciprocite-.html

29 janvier 2018

Devenir bénévole, c'est bon pour son CV !

Etre bénévole, c'est aussi penser à son avenir !
Savez-vous que de plus en plus, en France, des universités et des grandes écoles poussent les étudiants à s'engager dans une activité bénévole afin de faciliter leur admission ou gagner des points dans leurs examens ?
Savez-vous qu'un décret du 10 mai 2017, issu de la loi Egalité et Citoyenneté, entérine la reconnaissance de l'engagement des étudiants en demandant aux établissements d'enseignement supérieur de prévoir un dispositif de validation des compétences, connaissances et aptitudes acquises par leurs étudiants dans l'exercice d'activités associatives, sociales ou professionnelles ?
Mais savez-vous aussi que dans les pays anglo-saxons (USA, Canada...), un CV qui ne fait pas état d'une activité bénévole a peu de chances d'être retenu par un recruteur qui considère alors qu'il y a un "manque" dans le CV ?

En France, le bénévolat inscrit dans un CV est encore souvent sous-estimé, voire non reconnu par beaucoup de recruteurs : crainte que le candidat n'y consacre trop de temps et d'énergie ou qu'il n'adhère pas aux objectifs et à la culture de l'entreprise, en un mot, "qu'il sorte du cadre".

Et pourtant, une étude de l'AFEV, déjà ancienne, montre l'apport que constitue, pour les entreprises, le bénévolat des jeunes en recherche d'emploi, que ce soit en terme de développement personnel (autonomie, responsabilisation, confiance en soi, ouverture au monde, adaptabilité, sens relationnel, écoute, débrouillardise...) qu'en terme de compétences utiles à l'entreprise (organisation, animation, travail en équipe, capacité d'analyse et de synthèse, compétences spécifiques à l'activité bénévole exercée, conduite de projets, prise de parole en public, communication...)

Des CV qui ne disent pas tout
En effet, comment cerner toutes les qualités d'un candidat au seul examen du "CV traditionnel" axé avant tout sur la formation et les compétences professionnelles ?
L'assurance d'une "tête bien faite" est-elle suffisante ? Est-ce l'assurance de la meilleure adéquation possible à un emploi donné, au dynamisme et aux capacités d'innovation indispensables dans une société en crise ?

Et pourtant : 
- L'engagement dans l'animation d'une équipe sportive ne prépare-t-il pas à l'encadrement d'une équipe de travail ?
- Un poste de responsabilité dans une association culturelle n'est-il pas l'occasion d'acquérir des compétences pour négocier, animer des réunions, parler en public, gérer un budget, communiquer ?
- Un travail de  terrain dans un centre social n'est-il pas formateur en matière d'écoute, de dialogue et de savoir-faire face à la diversité des bénéficiaires ?
- Une responsabilité dans une association humanitaire n'a-t-elle pas permis d'acquérir des compétences en logistique et en organisation ?
- La participation à un think tank sur des questions de société n'ouvre-t-elle pas la voie à la conduite de dossiers à connotation stratégique ?

Aujourd'hui, l'engagement et la prise de responsabilités extra professionnels sont insufisamment valorisés et peu présents dans les CV des candidats...tout au plus à la rubrique "divers" ou "loisirs", véritables fourre-tout, à côté de la pratique du badminton !

Des CV qui disent tout
C'est pourquoi, le rapport 2013 sur l'état social de la France et de ses régions, réalisé par l'ODIS (Observatoire du Dialogue et de l'Intelligence Sociale), a proposé, parmi plusieurs leviers d'action, le "CV citoyen" qui offre l'opportunité aux candidats de se faire mieux connaître dans leurs aspirations, leurs compétences acquises et leur capacité d'innovation et d'engagement, sans pour autant minimiser la formation et l'expérience professionnelle. Il s'agit d'un enrichissement.
Pour comprendre ce qu'est le CV citoyen, voici une video et la présentation qu'en fait Jean-François CHANTARAUD, directeur de l'ODIS.


Alors, n'hésitez plus à vous engager et à enrichir votre CV, quel que soit votre niveau de formation et quel que soit le poste envisagé, qu'il s'agisse ou non d'un premier emploi ! Nous avons tous des compétences à valoriser, à côté de la formation et de l'expérience professionnelle.

                                                                    Louise FORESTIER


20 janvier 2018

Objectif de carrière : donner un sens à sa vie

Quelles sont les aspirations professionnelles des futurs managers ? Pour les élèves de classes préparatoires aux grandes écoles de commerce interrogés au printemps dernier (1), l'épanouissement personnel arrive largement en tête (45% des réponses). Cette priorité est autant mise en avant pas les hommes que par le femmes, alors que les premiers plébiscitent ensuite la rémunération (15%). Ce n'est pas le cas des étudiantes qui placent au deuxième rang de leurs préoccupations le désir de favoriser le développement durable, social et environnemental (15%). Parallèlement, l'économie sociale et solidaire se révèle pour tous de plus en plus attractive : 23% des étudiants ambitionnent d'y faire leur trou - soit autant que ceux qui souhaitent  entrer dans un cabinet de conseil - ; il y a quatre ans, ils étaient seulement 14% dans ce cas. Mais là aussi, hommes t femmes se différencient. Ce sont surtout les étudiantes qui se verraient bien dans une ONG ou une association : 27% d'entre elles  placent ce secteur en tête des champs d'activité qu'elles convoitent d'intégrer, alors que ce n'est que le 4è choix de leurs condisciples masculins, toujours très séduits par les institutions financières (banque, assurance).
A l'occasion de son congrès national tenu à Paris le 7 décembre, l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (UDES) a aussi cherché à sonder les cœurs de la génération montante, mais avec un focus élargi à l'ensemble des 18-30 ans (2). Pour 70% de ces derniers, le premier critère de choix d'un emploi est le "sens" que cette activité a pour eux. Là encore, comme chez les élèves de prépas, ce sont surtout les femmes qui privilégient la question du sens : elles sont 77% dans ce cas, contre 63% des jeunes gens, pour qui la rémunération est très légèrement en tête de leurs soucis (64%) alors qu'elle est secondaire pour les jeunes femmes (60% de leurs réponses). Dans le trio de tête de leurs aspirations, les deux sexes s'accordent en revanche sur la même envie de trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle (59% pour les femmes, 56% pour les hommes).

              
                                                                      Caroline HELFTER


(1) Enquête réalisée en mai 2017 par l'EDHEC NewGen Talent Centre auprès de 1275 élèves âgés en moyenne de 20 ans.
(2) Etude #moijeune OpinionWay/20 Minutes pour l'UDES réalisée entre le 9 et le 13 novembre 2017 auprès d'un échantillon de 1075 personnes représentatif de la population française entre 18 et 30 ans.

28 décembre 2017

L'épanouissement au coeur des engagements étudiants

S'épanouir sans être égoïste, servir l'intérêt général sans se sacrifier sur l'autel du militantisme, telle est la philosophie de l'engagement étudiant dégagée, dans sa thèse de sociologie, par Claire Thoury, déléguée générale du réseau Animafac.


Ce travail que l'intéressée a présenté le 6 décembre, lors de la soirée Paris Je m'engage organisée par et à la Mairie de Paris, s'appuie sur une soixantaine d'entretiens auprès d'étudiants engagés dans des structures associatives (étudiantes ou pas), des syndicats étudiants, des partis politiques, ou dans le mouvement social Nuit debout, ainsi qu'auprès d'anciens étudiants engagés afin de savoir comment les mobilisations s'inscrivent dans la durée. 

"Faut le vivre, c'est dingue ! Je n'ai jamais l'impression de travailler, je m'amuse, je joue un jeu", s'ébahit Anthémios, membre d'une Junior-Entreprise, association étudiante à vocation économique et pédagogique. Léa, quant à elle, déclare que son engagement lui a permis d'être "embarquée dans un tourbillon de bonheur". Investie dans une association consacrée au développement durable, la jeune femme s'est "rendu compte que les gens de l'asso, ce sont vraiment (ses) amis. Je fais l'asso encore plus pour les voir que pour faire des projets finalement", confie-t-elle. Pour Paul, impliqué dans l'organisation d'un festival de musique, c'est  "l'impression d'être utile" qui renforce son plaisir à agir. 

"Il n'y a jamais aucune référence au devoir ou au sacrifice dans le discours des étudiants", commente Claire Thoury. Quel que soit le projet, l'enjeu de l'épanouissement ne peut être ignoré ni minimisé. La cause importerait-elle peu, pourvu qu'on ait l'ivresse ? Pas du tout, réagit immédiatement la chercheure, "le projet est fondamental", mais on ne s'engage pas uniquement pour lui. L'engagement des étudiants témoigne d'une "articulation très subtile entre quête de sens et quête d'épanouissement".

Dans les modèles classiques de militantisme, l'association des individus qui s'engagent dans une structure fait masse et la masse crédibilise la cause et le projet. On était sur la figure d'un militant qui adhère à une grande organisation avec des consignes précises pour défendre les idées que celle-ci porte. Aujourd'hui, ce sont les engagés qui font la ligne et le jour où elle ne leur convient plus, ils s'en vont. Pragmatique, l'étudiant engagé n'est plus prêt à sacrifier son épanouissement au profit d'une cause ou de la structure. Cela ne retire rien à l'intensité de l'implication, qu'on la mesure au temps passé à la réalisation d'un projet, aux attentes vis-à-vis de celui-ci, ou à la façon dont l'engagement se diffuse dans toutes les sphères de la vie des engagés. Par delà leur diversité, les engagements des étudiants contemporains ont en effet en commun le fait d'être particulièrement intenses, note la chercheure.

"Outil de subjectivation, réponse aux épreuves identitaires, expérimentation du politique, rite initiatique non organisé de passage à l'âge adulte, moyen de s'émanciper d'un système éducatif rigide", l'engagement occupe une place centrale dans l'existence des étudiants jusqu'à devenir un élément constitutif de leur identité, souligne Claire Thoury. Cette expérience structure durablement la vie des individus. Ainsi, les anciens étudiants estiment que, s'ils ne s'étaient pas engagés, leur vie présente serait différente tant au plan privé que professionnel, ainsi qu'en termes de valeurs, de rapport aux autres et à eux-mêmes.


                                                                              Caroline Helfter

21 décembre 2017

Le 6 décembre à l'Hôtel de Ville de Paris...des "battles" pour débattre

C'est le 17 décembre 1985 à New-York que l'ONU a décidé de créer la journée mondiale du bénévolat afin de promouvoir le travail des bénévoles et mettre en avant le rôle joué par les structures associatives pour le développement économique et social.

Comme dans de nombreux pays, la France réserve une place de choix à cet évènement, tant au niveau régional que national.

Cette année, comme tous les ans, la Mairie de Paris a organisé le 6 décembre dernier un évènement à l'Hôtel de Ville, qui réunissait, au sein du « village des associations » les associations parisiennes actrices du changement et promotrices du bénévolat. Dix huit stands étaient là pour aider et conseiller les associations (formations, outils, financements, etc.,) et  proposer aux parisiens de mettre leurs compétences au service de celles-ci.

Parmi les différentes manifestations, deux tables rondes étaient organisées, l'une sur les spécificités de l'engagement étudiant, l'autre sur l'accompagnement des associations pour les aider à se développer. Un prochain article du blog relatera les interventions sur l'engagement étudiant.


Les "battles"
Mais l'originalité de cette soirée consistait en l'organisation de "battles", c'est à dire, pour reprendre une expression entendue, de " débats entre citoyens à côté des grandes conférences".
Le "jeu" consistait, sous la conduite d'un animateur qui lançait une question, à départager les participants (responsables d'associations et volontaires parmi le public) en deux groupes, les "oui" et les "non" en réponse à la question posée. Les participants se positionnaient à droite et à gauche de l'animateur. Des idées et des suggestions étaient alors échangées entre les deux groupes, chacun apportant ses arguments.

Trois thèmes prévus :
- S'engager : quel impact pour soi et pour les autres
- La diversité de l'engagement
- Le numérique : quelle plus-value pour les associations (finalement déprogrammé)



Les deux "battles" sur l'engagement ont retenu notre attention car, en dehors de l'aspect ludique de l'exercice qui s'est déroulé dans un climat de convivialité et de grande tolérance, des questions de fond ont été soulevées, qui méritent l'attention et la réflexion des associations et des bénévoles. En voici succinctement quelques-unes qui ont fait débat : 

L'impact de l'engagement pour soi et pour les autres :  
- Est-ce que s'engager, c'est mettre de côté sa vie privée ? Si l'engagement apporte un mieux-être, quelles sont ses limites, sachant qu'il est difficile de dire non ? N'appartient-il pas aux associations de fixer un cadre permettant aux bénévoles de sauvegarder leur vie privée ? mais l'engagement ne fait-il pas partie de sa vie personnelle ? 
- Est-ce se donner bonne conscience ? Qu'est ce que la bonne conscience ? Est-ce forcément péjoratif ? Donner un sens à sa vie ? Lorsque l'on s'engage, n'est-ce pas aussi pour une société future ? n'est-ce pas également, parfois, pour "rendre à la société" ce que l'on a reçu ?
- L'engagement devrait-il être obligatoire pour tous ? Ne doit-il pas demeurer un don, un choix libre et gratuit ? Beaucoup de personnes sont loin de l'engagement, et une obligation pourrait-elle être l'occasion de donner envie à ceux qui n'y pensaient pas (chômeurs) ? Devrait-on le rendre obligatoire à l'école ? En Angleterre, dans les écoles, les élèves doivent s'engager pour une cause, c'est une orientation pour leur vie d'adulte.

La diversité de l'engagement (s'engager avec toutes nos différences): 
- Une question lancée, : les associations sont-elles des "repaires de gauchistes" ? certes non pour l'immense majorité des participants (associations sportives, religieuses..) mais les bénévoles portent souvent une alternative sociétale, idéaliste. Y a t-il forcément une dimension politique, sociale...utopique ? Peut-on travailler, au sein des associations, avec toutes nos différences ? La force d'une association n'est-elle pas sa diversité politique ?
-Plusieurs générations au sein des associations : Doit-on "vivre séparés pour vivre heureux" ? Les jeunes ne sont-ils pas plus aptes, par exemple, à traiter les problématiques concernant les jeunes? Mais, de manière générale, ne doivent-ils pas prendre des responsabilités et gagner en autonomie ? Quelle est la limite jeunes/vieux ? La coexistence n'est-elle pas source d'enrichissement ?
- Pour réussir dans une association, faut-il être un homme, blanc, hétérosexuel? Doit-on imposer une parité comme dans les conseils citoyens ? Peut-on envisager des réunions non mixtes pour gagner en confiance ? Limiter le renouvellement des mandats, instaurer des quotas, prévoir des élections sans candidats ? 

Une source de réflexion
Ainsi, sous une apparence ludique, nombreuses sont les questions qui ont émergé et qui méritent réflexion au sein du monde associatif, et parmi elles :
- l'intergénérationnel dans les associations
- la place des femmes, des minorités, et leur accession à des postes de responsabilités au sein des associations
- l'engagement obligatoire ou non 
- Le bénévolat et vie privée.

......tout un programme !

                                                                      Louise Forestier

12 décembre 2017

Se faire du bien en le donnant


Les "Paradise Papers" l'ont une fois de plus rappelé,  s'il en était besoin : les grandes fortunes sont diablement intéressées par la thésaurisation, sans doute nettement moins par le don. Mais, peut-être les personnes concernées ne connaissent-elles pas les travaux d'Elizabeth Dunn, de l'université de Colombie Britannique. Docteure en psychologie sociale, cette "chercheure sur le bonheur" (Happiness Resarcher) comme elle se présente sur Twitter, s'est employée à démontrer que dépenser son argent rend plus heureux quand on le débourse pour les autres que pour soi-même. Elle fonde cette assertion sur les nombreuses recherches scientifiques qu'elle a analysées avec son confrère Michael Norton, professeur de marketing à la Harvard Business School. Les deux spécialistes des sciences du comportement rendent compte de leurs observations dans Happy Money. The Science of Smarter Spending (Simon & Schuster 2013, non traduit).

Sylvie Chokron, directrice de recherches au CNRS et neuropsychologue, reprend les principaux enseignements de cet ouvrage dans une contribution au Monde du 15 novembre (supplément "Science et médecine"), judicieusement intitulée : "L'argent fait le bonheur... quand on le partage"  :

De fait, les études montrent que surcroît de richesse ne signifie pas nécessairement surcroît de bonheur. Pour augmenter son bien-être, rien n'est plus rentable que d'investir son argent dans les autres. Ainsi, une prime de 5000 dollars (4300 euros) rend des employés d'autant plus heureux qu'ils la consacrent à des activités à caractère social plutôt qu'à eux-mêmes. De la même manière, une étude menée sur plus de 600 foyers américains révèle que ceux qui dépensent le plus d'argent pour des causes à vocation sociale sont ceux qui éprouvent le sentiment de satisfaction quotidienne le plus intense, renchérit Thibaud Eigle, fondateur de l'Ecole des finances personnelles, qui s'est lui aussi passionné pour le travail de Dunn et Norton.

Ces constats ne sont pas propres aux seuls Etats-Unis. Une étude Gallup menée entre 2006 et 2008 dans 136 pays plus ou moins riches, en milieu rural ou urbain, est parvenue aux mêmes résultats. Dans 120 pays sur 136, les gens qui se montraient les plus généreux en matière de dons étaient aussi ceux qui se déclaraient le plus heureux - le plaisir suscité par le don s'avérant indépendant de la culture ou du niveau de ressources des donateurs . Et le sentiment de bonheur est d'autant plus fort que le sujet destine son don à une action à laquelle il croit. Autant d'informations à avoir en mémoire à l'heure où le baromètre de la générosité, publié le 4 décembre par l'association Recherches § Solidarités, établit qu'en France, le nombre de personnes ayant déclaré un don sur leur impôt sur le revenu en 2016 a reculé de 4,2% par rapport à l'année précédente : 5,28 millions de foyers fiscaux ont déclaré au moins un don aux associations contre 5,51 millions en 2015.

Pour en savoir plus
                                                                           Caroline  Helfter